La revue du projet

La revue du projet
Accueil
 
 
 
 

Renouvellement, reconquête : l’ANECR s’engage à former des équipes pour gagner, Entretien avec Patrice Bessac

Maire communiste de Montreuil depuis 2014, Patrice Bessac a été élu président de l’Association nationale des élus communistes et républicains (ANECR) lors de son dernier congrès à Saint-Etienne. Pour La Revue du projet, il livre son analyse de la situation politique et liste ses priorités au premier rang desquelles figure la formation.
 

Que retenez-vous des échanges qui ont eu lieu lors du XVIIIe congrès de l’ANECR ?

C’était un congrès motivant. D’abord parce que nous y étions très nombreux, réunis dans la diversité de nos mandats, représentants de la France entière, avec un objectif commun : comment travailler mieux tous ensemble. Ce congrès a démontré qu’il y a partout en France des femmes et des hommes élus, des élus militants qui mettent leur engagement au service du bien commun. Des élus combattants qui ne renoncent pas et qui agissent pour les services publics, pour leurs populations, pour l’avenir.

Notre association doit être au service de tous les élus communistes et partenaires, qui ont exprimé des attentes fortes à l’occasion de ce congrès, et puis un peu plus tard au moment de notre premier conseil national. Je pense notamment au besoin de mieux partager nos expériences et de l’aide mutuelle qui en découle. C’est une exigence légitime de leur part. Et c’est l’objectif même de la création de la coopérative des territoires, que nous allons mettre en place à l’ANECR. L’idée est très simple : tout travail réalisé dans une ville, dans un département, doit profiter à l’ensemble des élus. Le mot coopération n’a de sens que si elle s’exerce.

L’ANECR est un outil formidable, j’ai dans mon viseur les élections municipales de 2020 et je pense tout particulièrement aux territoires de conquête ou de reconquête. Nous devons consacrer beaucoup d’énergie à former et à accompagner les équipes sur le terrain. À transmettre les meilleures pratiques et les expériences les plus difficiles. J’ai l’habitude de dire que les défaites, comme les victoires, doivent être partagées.

L’ANECR, c’est aussi une ressource fondamentale et un véritable centre de formation. Avec sept mille cinq cents élus, femmes et hommes, nous sommes une force considérable, une force qui se doit d’être organisée pour exprimer tout son potentiel. Maintenant, il faut unir pour agir.

 

Vous parlez de la formation, quels sont les projets de l’ANECR dans ce domaine ?

Avec la nouvelle équipe, nous nous engageons dans la création du campus des élus. Fin août, nous voulons proposer aux élus un très bon programme de formation, évidemment sur le fond mais également en matière pratique.

Parallèlement à cet effort, nous lançons la coopérative des territoires avec une nouvelle plate-forme de partage, une boîte à outils pour l’activité des élus, un cycle de préparation du travail programmatique pour les élections municipales de 2020, ainsi qu’un nouvel élan pour le travail de notre journal, L’Élu d’aujourd’hui.

Un programme de formation plus pointu et nécessairement plus limité sera également lancé : « Former des équipes pour gagner ». Il s’agira de mettre en place une logique de formation pluriannuelle pour les équipes en situation de conquête ou de renouvellement.

Bref, nous avons du bon travail à faire ensemble ! Et je veux souligner dans les pages de La Revue du projet que nous avons besoin de collaborer avec l’excellente équipe de votre revue. Vous rassemblez une somme d’intelligences et de compétences. Votre travail est important. Nous avons besoin de votre aide.
 

Est-il possible de mettre un terme à la baisse des dotations de l’État, imposée aux collectivités, alors que les autres forces politiques les présentent comme inéluctable ?

Oui. Bien sûr que oui ! Sauf à sombrer dans le défaitisme. Il est possible de mettre un terme à l’austérité imposée aux communes, aux hôpitaux, aux régions, à l’État, bref au service public. Tout est une question de choix et de volonté politique.

« Faire face » est désormais notre devise pour remplir les missions de service public qui font de nos villes les derniers remparts contre les difficultés sociales et qui sont synonymes de mieux-vivre, d’égalité et de cohésion sociale.

La forte mobilisation depuis 2104 a d’ailleurs commencé à payer, puisque sous la pression des élus, le président de la République a réduit de moitié la dernière tranche. En tout cas facilement, car le gouvernement a triché et a enlevé d’une main ce qu’il rendait de l’autre.

Aujourd’hui, nous sommes tous face au mur budgétaire. Nous ne pouvons pas continuer ainsi. Ce serait prendre le risque de mettre en péril le bien le plus précieux d’une commune, le service public de proximité. Cette politique d’étranglement des communes est une fausse économie. Prises à la gorge, les villes limitent leurs investissements, elles ne passent plus commande auprès des PME et des entreprises de BTP. À l’arrivée nous sommes trois fois perdants : les communes y perdent, l’économie y perd et l’État y perd.

L’État met les communes au régime sec, mais dans le même temps, 150 milliards d’aides auront été attribués, cette année encore, aux entreprises, sans que la courbe du chômage se mette à chuter.

Il nous faut continuer à résister. Notre volonté commune d’agir pour l’intérêt général nous pousse à ne pas laisser cette baisse drastique et historique des dotations de l’État se reproduire. Cela signerait l’arrêt de mort des communes et du service public local.

C’est le sens du mouvement que nous avons lancé à l’issue de notre XVIIIe congrès « Communes debout », pour exiger que l’on redonne aux collectivités locales les moyens financiers et démocratiques de politiques publiques répondant aux besoins de nos populations. Ce mouvement prouve que nous ne renoncerons pas.
 

Comment faire comprendre l’importance des législatives dans un régime hyperprésidentialisé par l’inversion du calendrier électoral ?

Si les gens s’intéressent autant à l’élection présidentielle c’est parce qu’ils considèrent que son résultat va influencer directement leur vie. Les élections législatives venant désormais en second, elles leur apparaissent comme un complément d’objet direct de la première. C’était le but des initiateurs de l’inversion du calendrier électoral.

Cette mayonnaise électoraliste a pris, mais seulement en partie. Cela tient aux relations objectives qui lient encore les parlementaires au corps électoral. Cette situation rend notre tâche difficile. Nous soutenons à juste titre l’importance démocratique du parlement, bien que ses prérogatives soient très limitées, non seulement par l’usage du

49-3, mais également les très nombreuses autres armes constitutionnelles dont dispose à loisir le gouvernement contre le parlement.

Paradoxalement, nous avons vu et les Français aussi, lors de la dernière session, qu’un mouvement profond de la société pouvait bousculer les diktats du président. Cela a été le cas avec la loi El Khomri. La puissance du mouvement social a conduit les députés de la majorité à faire pression sur le gouvernement et le président, au point que celui-ci n’a pas trouvé de majorité pour soutenir cette loi clairement antisociale, comme elle n’avait pas trouvé de majorité parlementaire pour faire passer par le vote classique, la loi, tout aussi antisociale, de Monsieur Macron.

Ces événements parlementaires ont non seulement fait reculer le gouvernement, mais ils ont révélé les clivages, notamment au sein de la majorité, et précipité la crise du régime et l’avènement d’alternatives. Ces événements révèlent l’importance relative, mais réelle, du parlement. Actuellement, il y a une autre raison qui doit nous inviter à mener sans attendre et avec beaucoup de vigueur la campagne pour les législatives, c’est la folie actuelle de la présidentielle qui traduit une crise politique, une crise de régime, une crise institutionnelle.

La mauvaise émission de téléréalité à laquelle nous assistons décrédibilise la fonction présidentielle bien sûr, mais de surcroît, et c’est très important, elle rend cette désignation forcée presque inquiétante. Le peuple a pris conscience que l’élection présidentielle était devenue un jouet entre les mains des ambitieux, qui font passer leur soif du pouvoir et les intérêts privés, à commencer par les leurs, avant l’intérêt général. Nous devons savoir gré à Fillon d’avoir été le révélateur de cette situation. Une majorité des électeurs a désormais le sentiment sourd que, le 23 avril et le 7 mai, ils devront faire un choix par défaut. Dans ces conditions, nous devons dire à nos compatriotes que les députés sont le contrepoison à cette OPA antidémocratique, qu’ils tiennent là l’arme pour reprendre leurs affaires et leur avenir en mains. Il faut expliquer la nécessité d’un énorme barrage parlementaire de gauche. Une ou un député communiste ou soutenu par notre parti, c’est l’assurance de voir les intérêts des Français à l’Assemblée nationale.

Enfin, à l’inversion du calendrier électoral, s’ajoute évidemment le quinquennat, qui a changé la fonction du président de la République, du gouvernement, du parlement, ainsi que la capacité du peuple à s’exprimer au cours du mandat présidentiel. Pour moi, la chose est entendue : il faut redonner au gouvernement sa place, son autorité et sa responsabilité devant le parlement.
 

On a parlé par le passé de « communisme municipal ». Comment, aujourd’hui, l’action des élus communistes et républicains donne-t-elle à voir les valeurs qui fondent le projet communiste ?

Il faut d’abord bien comprendre l’avènement de ce « communisme municipal » et son déclin. L’avènement d’élus communistes à la direction des affaires communales dans les années 1930 a bouleversé la fonction des communes et le paysage politique français. Avec quatre-vingts ans d’avance, ils ont installé « l’humain d’abord » au cœur de leur gestion. Ils ont créé des centres de santé, qu’on appelait alors « les dispensaires », à un moment où être malade pouvait vous jeter dans la misère et que l’accès aux soins était un véritable sacrifice financier pour les couches populaires. Ils ont créé des centres de vacances pour des enfants qui ne quittaient jamais leur quartier, leur commune. Ils ont créé des caisses de secours municipales pour venir en aide aux miséreux. Ces mesures sociales, prises par des élus communistes issus des rangs mêmes du peuple ouvriers, employés, syndicalistes, ont répondu aux besoins des populations et ont amélioré, partiellement certes mais concrètement, leurs conditions de vie.

Elles ont contribué à renforcer la conscience du peuple, le libérant du carcan idéologique dans lequel le maintenait une bourgeoisie qui affirmait qu’elle seule était capable de gérer. « À l’insu de leur plein gré », les communistes ont inventé le We can à la française. La prise du pouvoir par les bolcheviques ayant mis la puce à l’oreille de la multitude. C’est à partir de cette confiance née dans l’avènement des communes populaires lors des élections municipales de 1935 et leur effet social immédiat, que fleurira 1936, et son Front populaire.

Des décennies durant, le communisme municipal conservera le leadership. Il s’effacera sous l’action conjuguée d’une droite qui s’est mise au diapason de ce mode de gestion tournée vers la population – adaptant leur politique à la nature sociologique de leur « majorité électorale » – la hausse du niveau de vie, satisfaction, même partielle, de besoins longtemps inaccessibles, l’individualisation de la société, la dégradation globale de l’image du communisme, et son affaiblissement électoral national. Retenons de ce constat, évidemment sommaire, que c’est la satisfaction des besoins ESSENTIELS d’une population typée et la prise de conscience par celle-ci qu’un We can et « autrement était possible », qui ont fait le succès du communisme municipal. Ces deux supports restent-ils d’actualité ? Oui. Mais leurs contours ont changé car la population ne se vit plus comme un collectif. La clef aujourd’hui, c’est d’être, dans nos villes, les artisans de l’autonomie. Dans nos responsabilités d’élus, nous devons mettre chaque individu en situation d’exercer une influence, afin de permettre à chaque citoyen de saisir sa capacité collective à gérer les affaires, dans son intérêt personnel et celui du collectif.

Chaque enfant doit être doté des clefs de compréhension, de la culture, des moyens qui lui permettront de faire face au monde qui l’entoure et à trouver sa place dans une société régie par la loi du plus fort.

Dans nos villes populaires, là où, il y a quarante ans, la solidarité était monnaie courante, nous faisons face aujourd’hui à un repli sur soi et au rejet de l’autre. Notre rôle est de limiter cette dérive. Cela légitime notre combat et ses finalités. 
 

*Patrice Bessac est maire (PCF) de Montreuil. Il est président de l’ANECR.

La Revue du projet, n°66/67 avril-mai 2017

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.