La revue du projet

La revue du projet
Accueil
 
 
 
 

Combattre la droite et l’extrême droite, argument contre argument,

Front national, l’imposture. Droite, le danger. C’est le titre de l’ouvrage cosigné par Pierre Laurent, Alain Hayot et Marc Brynhole publié aux éditions de l’Atelier. Membre de l’exécutif national du PCF chargé des relations avec les intellectuels, Marc Brynhole évoque pour La Revue du projet les objectifs de ce livre et analyse la situation politique.
 

À qui s’adresse le livre que vous cosignez avec Pierre Laurent et Alain Hayot ?

L’objet de ce livre est de décrypter les arguments et démasquer l’imposture du Front national mais aussi les dangers du projet de la droite. Sa lecture et les débats qui sont organisés doivent permettre de combattre ces idées, argument contre argument, point par point. C’est un livre-outil, un instrument de débat avec celles et ceux qui, dégoûtés des politiques des partis au pouvoir, sont dans la peur du déclassement social, se sentent oubliés de tous et sont tentés par le vote Le Pen, trompés qu’ils sont par sa posture de « recours social », ce qu’elle n’est en aucune façon. Notre livre s’emploie donc à montrer à la fois l’imposture et la nature précise des mensonges.

Pour la droite, il veut souligner l’ampleur des attaques contre ce qui fait encore la nature sociale de la France. Nous faisons aussi des démonstrations contre, par exemple, ses affirmations que le « redressement de la France » passerait par une austérité encore renforcée ou que les services publics ne seraient que des coûts ou encore que notre pays ne pourrait plus se « permettre » son système de protection sociale.

Nous montrons aussi que la victoire de la droite ne serait pas une « classique alternance » après le désastreux quinquennat de François Hollande mais un désastre social et sociétal considérable.

Ce livre s’adresse donc à toutes celles et ceux qui veulent débattre, échanger, afin de fournir des arguments, basés sur des faits, des déclarations, des chiffres. Voilà, pensons-nous d’où il tire son utilité.
 

Quelles distinctions et quels points de convergence faites-vous entre les projets de la droite et de l’extrême droite que vous dénoncez dans cet ouvrage ?

Les deux sont dans la même logique,  « celle, comme l’écrit Pierre Laurent dans la préface, qu’imposent les puissances du grand patronat, du CAC 40, ce système contre lequel la vie de millions de salariés, des gens du peuple, vient se fracasser ». 

Dans le programme de Marine Le Pen, on aura beaucoup de mal à trouver quoi que  ce soit de remise en cause des pouvoirs de la finance. Comme l’écrit Alain Hayot dans une entrevue dans L’Humanité : « La finance n’a rien à craindre de Le Pen. » En effet, aucune mesure ne vise le coût du capital et les syndicats sont sa bête noire. Au fond, Marine Le Pen pousse plus loin la logique de la droite en entretenant de manière permanente des divisions sans fin du peuple, notamment avec la préférence nationale, les salariés du privé contre ceux du public, les actifs contre les chômeurs, etc. Pour la droite, si son agression est frontale contre le monde du travail, elle le fait au nom du « pragmatisme ». François Fillon revendique le thatchérisme, la super-austérité et la mise en pièces de ce que certains ont appelé le « modèle social français ». Si les moyens d’y parvenir sont différents entre droite et extrême droite, l’objectif est semblable mais il faut, là encore, le démontrer.
 

Au fil de la rédaction, le titre a évolué, pour quelles raisons ?

Le programme des « Républicains » adopté lors de l’été 2016 est le socle sur lequel les candidats à la primaire de la droite ont engagé leur compétition interne. Évidemment, chacun a apporté sa propre touche, en suivant les divers courants historiques de la droite. François Fillon, vainqueur de la primaire, a sans doute incarné ce que j’appelle une contre-révolution sociale et conservatrice sur laquelle s’est rangée une majorité de l’électorat de la droite. Ce projet est fait de grandes violences contre les acquis sociaux, les services publics, les fonctionnaires, la protection sociale. Il est joint à des postures très conservatrices sur la centralisation des pouvoirs ou les droits de femmes, par exemple. Les affaires ont pu faire penser  que François Fillon n’allait pas aller jusqu’au bout de sa candidature. Cependant, le programme, même quelque peu édulcoré, serait resté identique à bien des égards. C’est pour cela que nous avons fait le choix de désigner les formations politiques plutôt que leurs dirigeants.
 

Diriez-vous que la polémique qui touche le candidat Fillon affaiblit le projet qu’il porte ?

Les affaires qui le touchent ont eu plusieurs conséquences. D’abord, après les tractations au sein de la droite, les exercices d’équilibre, le programme est sensiblement resté le même, à quelques nuances près. La droite n’a pas pu faire autrement que de trouver le chemin de son rassemblement malgré tout. Elle n’avait pas d’alternative de candidature à présenter et son électorat est plutôt acquis au programme Fillon, avec une grande mobilisation pour obtenir sa revanche et accéder au pouvoir.
 

Le projet d’Emmanuel Macron est-il moins dangereux pour les travailleurs ?

Bon élève des traités européens, Emmanuel Macron, c’est la promesse de l’austérité et des inégalités. Sa carrière parle pour lui : rapporteur de la commission Attali mise en place par Sarkozy, coordinateur du projet de Hollande en 2012, secrétaire général adjoint de l’Élysée jusqu’en 2014, puis ministre de l’Économie. Il est tout sauf un homme neuf, hors système, et son programme est très lié aux milieux d’affaires du CAC 40. Son credo, c’est l’Europe du marché, du libre-échange, des privatisations à tout va, du traité transatlantique et du CETA qu’il continue de défendre alors que personne n’en veut. C’est l’ubérisation de l’économie, et tout ce que nous avons déjà connu avec sa fameuse loi puisant son inspiration au MEDEF. Chacun s’en souvient : soixante articles déréglementant le code du travail, cassant le service public du transport, vendant les aéroports et les barrages publics aux spéculateurs, élargissant le travail du dimanche…

Ajoutons à cela la petite musique visant depuis quelques jours à le présenter comme le vote « utile » face à Marine Le Pen. Mais c’est le contraire, en vérité. Emmanuel Macron, c’est le candidat libéral de la finance mondialement soutenu par des personnalités venant de gauche comme de droite et qui porte la politique de cette Europe libérale : c’est justement tout cela qui fait grandir le Front national. Le piège est patent.
 

Comment faire valoir le programme des communistes, La France en commun, dans le débat public actuel ?

Notre livre est un instrument de dialogue qui dénonce et qui apporte les preuves que droite et extrême droite ne conduisent qu’à de graves déconvenues. Et Macron n’est au fond que la roue de secours des intérêts de la finance si la droite ne parvenait pas au pouvoir.

L’urgence est donc bel et bien à montrer que nulle fatalité ne préside au malheur et au désastre politique. Je dis souvent, dans les débats, que nos « vingt répliques » et La France en commun sont les deux tomes d’un même ouvrage : en effet, l’un dénonce et l’autre prouve.

Il prouve qu’une autre politique, de progrès, est possible, mieux, qu’elle est nécessaire. Il prouve que l’argent existe pour cela, que les forces politiques de changement, pour peu qu’elles trouvent le chemin de leur rassemblement, pourraient la mettre en œuvre.

Il y a tant besoin d’espoir et les urgences sont là. Tous nos efforts peuvent donc et doivent être tendus vers ces objectifs : d’un même pas faire reculer les projets ultralibéraux et conservateurs, et faire grandir la force d’une alternative de changement qui devienne incontournable parce que largement partagé et populaire.
 

La Revue du projet, n°66/67 avril-mai 2017

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.