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Enrayer la domination de classe, Davy Castel

à peine investi, le président fraîchement élu des États-Unis d’Amérique, Donald Trump, semble bien décidé à mettre en œuvre avec rage plutôt qu’avec raison ses menaces de campagne : construction du mur à la frontière mexi­caine, réou­verture de Guantanamo et discours favorable à la torture, sanctions interna­tionales unilatérales et politique isola­tionniste, suspension de l’entrée sur le territoire états-unien de ressortis­sants de « pays musulmans », menace de retrait de l’accord sur le climat, mesures anti-avortement… Il y a des moments comme celui-ci où l’on préférerait nettement qu’un homme politique élu s’affranchisse de ses promesses électorales. Mais celui-ci semble croire aux bêtises qu’il profère. Ce qui ne le rend que plus inquiétant encore.

 

Tout ceci augure d’heures sombres pour le monde que nous partageons. Quoi qu’en disent ceux qui, aux États-Unis ou ici en France, partagent les vues de Donald Trump, cela démontre, non sans une certaine ironie, que les frontières n’ont aucunement le pouvoir de nous protéger des remous qui secouent nos voisins : nous subirons toutes et tous dans les années à venir les consé­quences de cette élection états-unienne. Il n’est pas de démonstration plus claire du fait que, aujourd’hui encore plus qu’hier, les peuples du monde sont liés par un sort commun ; ce n’est donc qu’ensemble qu’ils peuvent influer sur leur sort. Ce n’est pas moins de contact avec l’Autre qu’il nous faut, mais davantage.

Ainsi, le repli sur soi, l’intolérance, l’indifférence, la violence et la domination sont élevés au rang de valeurs cardinales, assumées, portées et propa­gées par la première puissance mondiale par l’intermédiaire de son chef d’État. De plus, ce dernier n’est pas le seul à se faire l’ambassadeur de ces valeurs rétrogrades. La première ministre Britan­nique partage ses conférences de presse et beaucoup de ses prises de position. Poutine et Assad ne démarrent pas 2017 acculés, loin s’en faut. Daech et les autres organisations djihadistes ne sont pas réduits à l’impuissance (cf. notre dossier central sur le terrorisme). Et la liste n’est pas close, malheureu­sement…

 

La France ne doit pas s’engager sur le chemin, qu’incarnent par leurs discours les candidats de la droite extrême et de l’extrême droite à l’élection présidentielle, de l’autoritarisme et de la libération des pulsions de haine et de revanche. Et non, sur ce point, le combat n’est pas perdu d’avance : à travers la primaire du PS se manifeste un réel désir d’espérance ; la droite, si sûre d’elle d’habitude, connaît un coup d’arrêt, sur fond de petits arrangements entre amis ; et l’extrême droite ne progresse plus, même s’il reste encore un très grand nombre de nos concitoyens qu’il nous faut convaincre qu’ils se trompent de colère. Dans ce contexte, les communistes ne ratent pas le rendez-vous de l’histoire et prennent toutes leurs responsabilités en œuvrant au quotidien au rassemble­ment du peuple de France autour des valeurs d’émanci­pation, de dignité, d’espoir et de combativité. Quelle que soit l’issue des élections présidentielle et législatives à venir, ce travail de terrain, de conscien­tisation et de mobilisation, se révélera d’une importante capitale pour nourrir la nécessaire résilience de notre peuple face aux multiples dangers et défis qui le guettent. C’est incontestablement l’enjeu capital de la période : restaurer la conscience de classe pour faire naître des solidarités, distinguer le véritable adversaire du bouc émissaire et développer collectivement les moyens de résister et d’inventer.

 

Oui, les combats à mener risquent d’être encore plus nombreux, plus intenses, et plus périlleux dans les semaines, les mois et les années à venir. Oui, les risques de dérive fasciste et de recul socioculturel majeur semblent plus aigus que jamais. Mais nous avons le pouvoir et le devoir de faire naître un nouvel espoir. Comme nous y invite Jean-Louis Aubert : « N'oublions jamais qu'au bout d'une nuit. Qu'au bout de la nuit, qu'au bout de la nuit. Doucement, l'aube revient quand même. Même pâle, le jour se lève encore. » Préparons l’éclipse, et préparons l’aube.

Davy Castel

 

Rédacteur en chef

de La Revue du projet

 

La Revue du projet, n° 64, février 2017

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