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Le Paris d’Aragon, Olivier Barbarant

Éditions Alexandrines, 2015

Par Victor Blanc

Dans cette biographie urbaine, Olivier Barbarant peuple nos rues du fantôme d’Aragon, en quelques chapitres qui retracent l’itinéraire de l’écrivain. De l’enfance avenue Carnot au désespoir à Rungis dans La Valse des adieux, la vie d’Aragon aura su épouser toutes les couleurs de Paris, justifiant le vers « Arrachez-moi le cœur vous y verrez Paris ». Les déambulations surréalistes dans les passages qu’illustre Le Paysan de Paris, les grilles du jardin du Luxembourg devant lesquelles un certain soir Aragon et Breton jurèrent d’aller au bout de leur histoire, l’île Saint-Louis, les Halles de Desnos, les domiciles rue Campagne-Première ou rue de Varenne, le Paris rouge des ouvriers à l’est… Il serait peine perdue d’énumérer tous les lieux qu’Aragon a parcourus ou magnifiés par l’écriture. Olivier Barbarant en brosse éruditement les contours. Ainsi peut-on se promener rue Fontaine, non loin de chez Breton, danser au Zelli’s, le dancing du 16 bis, devenu le Lulli’s dans Aurélien, près de l’actuel Bus Palladium – comme si les lieux ne pouvaient totalement se dépêtrer de l’atmosphère de fête dans laquelle Aragon usa une partie des nuits de sa jeunesse. Ou alors suivre les migrations du Paris homosexuel à travers les sorties nocturnes d’Aragon dans les années 1970, de la rue Sainte-Anne vers le quartier des Halles et notamment le square Jean-XXIII dans les jupes de Notre-Dame.
Qu’on ne se trompe pas : Le Paris d’Aragon n’est pas – ou pas seulement ! – un ouvrage pour aragonien monomaniaque. Outre qu’on y voit l’auteur se risquer à des confessions, évoquer des souvenirs plus librement qu’un travail universitaire ne l’autorise, dévoilant ainsi le degré d’intimité auquel on arrive par la fréquentation littéraire d’Aragon, Le Paris d’Aragon témoigne de l’intérêt qu’Olivier Barbarant porte de longue date pour les pratiques poétiques de la ville et une géographie poétique – qu’il a déjà plus qu’approchées dans ses nombreuses publications sur Aragon ou sur d’autres écrivains. « Dès lors qu’elle s’incarne, fût-ce de fumée, l’Histoire change de goût aux lèvres de l’âme.» Olivier Barbarant s’emploie à parler aux papilles parisiennes de nos pas. La lecture des poètes, des romanciers, et pas seulement d’Aragon, mais aussi de Flaubert, de Balzac, d’Hugo, de Villon ou de tant d’autres, dote les lieux d’une profondeur qui les rehausse. C’est de ce tissu-là qu’est fait le territoire d’une ville. Quant à Paris, il s’agit d’une intrication de dimensions si riches, contradictoires et complémentaires, peut-être inouïe dans l’histoire. Aragon, fait exceptionnel, les englobe toutes ou presque, lui qui aura été, mieux même que Villon, comme en témoigne sa naissance fictive qu’il situe sur l’esplanade des Invalides, « né de Paris ».

La Revue du projet, n° 63, janvier 2017
 

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