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Créer de l’espoir en commun, Émilie Lecroq

Émilie Lecroq est membre du comité exécutif national du PCF, coordinatrice du pôle Vie du parti. Pour La Revue du projet elle tire les premiers enseignements du vote des communistes et expose les enjeux dans la séquence présidentielle-législatives. Rôle du PCF dans une gauche en plein bouleversement, mobilisation militante en 2017, liens avec la France insoumise, bataille contre le présidentialisme, Émilie Lecroq résume la feuille de route des communistes pour la période qui s’ouvre.

Que dit le vote des 24, 25 et 26 novembre de l’organisation du parti (participation, cotisants, etc.) ?
À la suite de débats locaux, départementaux et nationaux riches, les communistes ont répondu aux questions qui leur étaient posées par deux éléments :
• volonté de faire vivre notre conception d’un rassemblement populaire avec la résolution votée à près de 94 %
• nécessité de rendre notre parti utile dans une période politique, présente et à venir, complexe face aux dangers que chacun ressent.
Ils n’ont pas tous eu les mêmes arguments et n’ont pas tous fait le même choix pour donner force à ces deux éléments. Et c’est bien normal.
Cette consultation a également été marquée par une forte participation qui témoigne de l’intérêt important qu’ont eu les adhérents de notre parti pour répondre à ces questions. Le nombre de cotisants à jour, qui continue de représenter environ la moitié de nos adhérents, montre qu’un potentiel démocratique important reste sous-utilisé et c’est un sujet d’organisation qui mérite toute notre attention.
Nous le savons, le choix du candidat à la présidentielle est toujours un moment particulier dans la vie du parti. C’est un moment qui interroge un grand nombre de concitoyens, et donc un grand nombre de communistes. Et malgré tous nos efforts pour dénoncer l’hyper-présidentialisme, nous voyons que nous sommes complètement immergés dans cette situation politique comme le reste de la société.
Loin de nous flageller, il va falloir prendre le temps de la réflexion pour mieux mettre en adéquation nos discours et nos propositions avec nos actes.
Cependant, parce que rien n’est ni tout blanc ni tout noir, le nombre de participants à cette consultation (41 061) montre  également une grande disponibilité de notre parti. C’est un élément dans notre volonté de faire participer une part toujours plus importante des adhérents aux décisions et à l’activité de notre parti.
À tous les niveaux de direction, il va falloir prendre le temps de recontacter les adhérents qui ont participé à cette consultation, comme les autres, afin de les intégrer à notre activité, à nos campagnes dans la prochaine période pour faire connaître en grand, dans la proximité, nos propositions comme les sept axes de la grande consultation pour les législatives et la présidentielle.
Si nous savons tisser ou retisser du lien avec les adhérents les plus éloignés de nos cadres collectifs, et si nous savons leur donner des perspectives de débats et d’actions, sans nier les doutes et les questionnements qui persistent, nous serons en mesure de faire vivre une dynamique populaire.

La situation politique est très mouvante, l’avenir incertain… Comment le PCF entend-il peser en 2017 ? Quel rôle veut-il jouer ?
D’abord sur l’avenir incertain, chacun vient d’en prendre mieux conscience avec la désignation de François Fillon comme candidat de la droite : c’est bien de l’avenir de la France, de la société que nous allons laisser aux générations futures, du projet national dans ce qu’il a de plus fondamental, qu’il est question avec les échéances électorales de 2017. L’annonce de la non-candidature de Hollande vient jeter un peu plus de trouble dans cette situation politique dont le débouché semble de plus en plus incertain.
Face à cette situation et au scénario qui s’écrit sous nos yeux, une question persiste : les Français auront-ils réellement le choix, un choix sérieux, une possibilité crédible d’opposer au programme réactionnaire un projet progressiste ? Le danger qu’ils en soient tout simplement privés est réel.

Tout est fait pour cela, notamment en marginalisant les réponses réellement alternatives. Tout est mis en œuvre  depuis le début du quinquennat pour confisquer ce choix aux Français. Ils organisent une offre où seules les variantes du social-libéralisme à l’ultralibéralisme en passant par le national-libéralisme, ont le droit de cité au rang des favoris médiatiques. Toutes les réponses, même les pires, sont tolérées par les forces dominantes du capital du moment qu’elles ne touchent pas à leurs intérêts fondamentaux. Face à la montée des colères populaires contre les effets de ce système capitaliste et à la crise des réponses libérales, des alternatives piégées sont tendues aux peuples qui cherchent une issue. L’élection de Trump aux états-Unis en est un exemple, tout comme le Brexit en Grande-Bretagne.

Dans cette confusion savamment entretenue, le premier objectif de notre campagne doit être clair : permettre à la parole populaire progressiste, aux solutions qui s’attaquent réellement aux pouvoirs financiers, de faire irruption pour redonner de l’espace et de l’espoir aux forces démocratiques et progressistes. Nous devons travailler à rendre à nouveau possible, dans le débat public, la discussion sur les alternatives sociales et solidaires aux politiques d’austérité. L’espace d’un débat réellement démocratique, projet contre projet, où nos idées ont leur place, reste dans ces conditions à conquérir. Ce doit être l’objet de notre campagne.

Le choix majoritaire des adhérents (appel à voter Jean-Luc Mélenchon à 53,50 %) implique de mener une campagne autonome. Quel sera son contenu ? Quels seront ses contours ?
Une partie de la réponse est dans la résolution adoptée à l’issue du vote des communistes. Elle fixe le cap général de nos batailles pour 2017 en trois grands points :
• face aux dangereux projets de la droite et de l’extrême droite et à la faillite du quinquennat Hollande-Valls, porter un autre projet pour la France, un pacte d’engagements pour une nouvelle politique de progrès social, démocratique, écologique, à même de sortir notre pays de la crise dans laquelle il est plongé et de répondre à l’énorme attente de changements qu’exprime notre peuple ;
• pour faire avancer ce projet,  construire le rassemblement, le rassemblement du maximum de forces jusqu’à rendre possible une nouvelle majorité politique de gauche alternative à l’austérité ;
• nous engager dans l’élection présidentielle en portant ces objectifs et présenter ou soutenir, dans toutes les circonscriptions législatives de France, des candidates et candidats à la députation utiles pour faire progresser ce projet et cette démarche de rassemblement.
Le conseil national du 1er décembre a complété ces éléments avec de premiers matériels :
• l’édition à un million d’exemplaires d’une adresse nationale à notre peuple pour lui présenter les enjeux majeurs de la campagne qui s’annonce et déclarer le sens de notre engagement contre la droite et l’extrême droite, pour un véritable projet de progrès à gauche, pour le vote Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle et le vote pour nos candidats aux législatives ;
• une affiche nationale du Parti communiste, un bandeau du PCF appelant au vote Jean-Luc Mélenchon qui installera notre signature de campa­gne durant la présidentielle et les législatives : « 2017, pour l’humain d’abord. PCF-Front de gauche » ;
• une brochure vendue 2 euros : « La France en commun, sept axes pour un pacte d’engagements pour la France » pour faire connaître nos propositions.
Cette brochure devra être complétée de gestes forts afin de soumettre au pays un pacte d’engagements pour une nouvelle majorité. Nous ne voulons pas seulement distribuer ces propositions aux Français, nous voulons engager un grand débat et des mobilisations populaires de masse autour d’elles. Pour engager ce grand débat populaire, nous organiserons, durant le premier trimestre 2017, 577 débats, un par circonscription. Ces débats seront prolongés par la création d’ateliers législatifs, ou des actions sur un des thèmes de nos propositions en lien avec les préoccupations du terrain.
Pour être efficace et exister face au rouleau compresseur médiatique sur la présidentielle, notre campagne doit être une campagne de proximité, en lien avec les luttes. Nos moyens, notre communication, nos actes de campagne doivent permettre de tisser ou retisser des liens directs et de proximité durables avec la population. Le nombre d’adhérents que nous serons capables de lier à la dynamique sera déterminant dans ce combat. Alors profitons des éché­ances à venir pour lancer une grande campagne de renforcement. En 2012, plus de 7 200 adhésions ont été faites au PCF. Nous pouvons en faire beaucoup d’autres à l’occasion des campagnes à venir. Travaillons à définir des objectifs fédération par fédération, section par section. Un bulletin sera édité prochainement pour permettre de poser massivement la question de l’adhésion. Notre nombre sera un élément important pour les échéances à venir comme pour l’après-2017.

À ce jour, comment continuer à faire vivre notre conception du rassemblement ? Quel lien avec La France insoumise ?
Pour atteindre nos objectifs, c’est un très large mouvement de rassemblement qu’il convient de remettre en mouvement autour des idées que je viens d’énoncer. Le travail de reconstruction est immense tant les dégâts causés par le quinquennat de François Hollande dans les consciences et les repères politiques de millions de nos concitoyens sont considérables.

Face à la situation inédite que nous vivons, nous avons alerté et tenté de rassembler l’ensemble des forces d’alternative sans y parvenir à ce jour. Notre engagement dans la présidentielle a tenu compte de cet état de fait. Et c’est ce qui a fait débat entre nous : comment persévérer dans cette voie malgré les obstacles ?

Notre choix a donc été fait pour les deux élections d’un même mouvement. Dans l’élection présidentielle, nous appelons à voter Jean-Luc Mélenchon. Nous le faisons sans intégrer et sans signer la charte de La France insoumise. Nous le faisons en mettant notre autonomie de parole et d’initiative au service de l’élargissement de ce rassemblement. Nous continuons de nous adresser à toutes les forces qui ne nous ont pas rejoints dans cet effort de construction alternative, pour l’élargir encore. Pour les élections législatives, nous présentons ou soutenons partout des candidatures susceptibles de favoriser le rassemblement le plus large et le plus conforme à nos objectifs.
Malgré les obstacles, nous pensons que l’idée et l’exigence du rassemblement sur une politique de gauche alternative à l’austérité peuvent encore grandir dans l’électorat.

C’est pourquoi nous lançons le 10 décembre, avec d’autres, une invitation à la Bellevilloise, à Paris, à cent cinquante personnalités avec lesquelles nous avons eu l’occasion d’échanger depuis le début de l’année, pour continuer à évoquer la situation du pays, à lever les obstacles à l’unité de la gauche, sur les axes prioritaires d’une politique transformatrice, expliciter nos choix et entendre leurs propositions.

Dans le même esprit, nous nous adressons à tous les syndicalistes de France, en dialoguant avec eux sur le thème « Après la loi Travail, avec Fillon et Le Pen, on fait quoi ? », en construisant partout avec eux des débats et des appels au monde du travail sur les enjeux de 2017.

Au-delà, nous continuerons l’effort de dialogue avec toutes les forces que nous avons cherché à rassembler sur des bases alternatives depuis le début de l’année.
Tout ce travail doit évidemment se déployer, dans les conditions spécifiques de nos départements et des circonscriptions.
Il est même essentiel de considérer qu’aujourd’hui c’est localement que nous sommes en état d’aller le plus loin. Voilà pourquoi l’enracinement et la construction de nos campagnes présidentielle et législatives à l’échelle des circonscriptions sont essentiels. La bataille des législatives n’est pas pour nous la bataille d’après, mais elle est la bataille pour tout de suite.

Dans de nombreuses circonscriptions la campagne des législatives est déjà lancée. Quels sont les enjeux pour les communistes ?
Les enjeux sont clairs : nous voulons stopper la dérive présidentielle autoritaire de nos institutions. Le rôle du Parlement devient une question démocratique centrale avec la dérive de l’utilisation du 49-3 et la prétention de Fillon de gouverner par ordonnances. Il importe de faire de ces questions un débat populaire à part entière, un sujet de mobilisation démocratique. Il faut dès à présent en faire une question centrale. La constitution d’une nouvelle majorité politique en 2017 passe tout autant par les élections législatives que par l’élection présidentielle.

Il faut donc redonner aux législatives leur fonction politique et démocratique, celle d’élire des députés, représentants du peuple, chargés d’écrire et de voter les lois sous le contrôle et pour les citoyens.
Le danger est immense de voir élire une Assemblée nationale dominée par la droite et le FN. Si le scénario pronostiqué à l’élection présidentielle se confirme en juin 2017, la droite sera ultra-majoritaire à l’Assemblée. Le FN, quant à lui, pourrait espérer entre trente et cinquante députés, peut-être plus, se positionnant comme principale force d’opposition à la droite filloniste, tout en ouvrant la porte à des alliances avec la droite au sein de l’Assemblée.

Il est donc nécessaire de présenter partout des candidats qui donnent aux électeurs la possibilité de se doter de députés de gauche/PCF/FDG face à la droite et au FN et en faveur d’une gauche fière et respectueuse de ses valeurs. C’est un enjeu majeur.

Nous devons travailler partout à désigner la candidature la mieux à même de défendre les populations, d’écouter les citoyennes et les citoyens, de se battre avec eux, de créer de l’espoir en commun. En dialoguant avec toutes les forces disponibles, les communistes doivent décider de la candidature la plus apte à rassembler le plus largement sur ces objectifs.

Le 28 janvier, nous rassemblerons nos candidats devant l’Assemblée nationale pour une initiative de lancement public spectaculaire sur le thème : « Non à la monarchie présidentielle, démocratie citoyenne ! ».

La Revue du projet, n° 62, décembre 2016
 

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