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Recherche du politique perdu, Georges Balandier

Éditions Fayard, 2015

Par Yvette Lucas

« Nous sommes parvenus au temps du politique caché, effacé, impuissant. » Ainsi débute cet ouvrage écrit dans les mois qui ont suivi janvier 2015. Pour Georges Balandier cet effacement du politique est l’effet de deux changements majeurs intervenus dans la seconde moitié du XXe siècle : l’explosion informatique opérant la dématérialisation du monde ; la décolonisation, rupture de domination qui exerce un « effet de choc à l’intérieur même de la société qui l’a exercée en longue durée ». Ce n’est pas la fin de l’historicité mais le passage à une nouvelle ère, amorcée avant la fin du siècle, qui se passe dans un contexte de mondialisation où s’établit la mise en communication généralisée, avec une double conséquence : l’expansion du capitalisme financier où la marchandise atteint une valeur suprême, et la difficulté conjoncturelle des gouvernants à répondre à des situations inédites, surtout aux crises répétées qu’elles engendrent. Désormais, l’économique mange le politique dont l’espace devient confus, de moins en moins lisible, alors que s’impose le temps de l’immédiat, la pression de l’urgence.
C’est par le détour de l’anthropologie politique, familière des sociétés de la tradition qu’il a longuement étudiées, que Balandier développe son explication, analysant le cheminement de la démocratie et de ses avatars jusqu’à l’impuissance des gouvernants actuels. Le recours à l’anthropologie politique lui permet d’aborder la démocratie par les vicissitudes qui affectent le pouvoir symbolique durant les périodes où elle se constitue depuis la disparition de l’Ancien Régime jusqu’au moment de la rupture gaulliste qui redonne au président à la fois le pouvoir symbolique et le pouvoir gouvernant. Après quoi, la transition démocratique s’effectuera en utilisant la forme d’une monarchie républicaine héritée du gaullisme.
L’échec, la « perte » du politique réside dans la persistance à se maintenir dans des formes anciennes inadaptées, dans le refus de voir les mutations du monde et de chercher les voies nouvelles qu’une telle situation impose. La solution, très clairement exprimée par Balandier : « Vouloir neuf pour pouvoir mieux ». Aujourd’hui s’exprime un désir de démocratie, encore ambigu. « La démocratie ne s’exporte ni ne s’importe. Elle ne surgit pas immédiatement d’une révolte, elle se construit et résulte d’une histoire, d’une civilisation, non pas seulement d’un rejet du pouvoir établi. La démocratie advenue est alors une figure de la civilisation. » Ainsi le jeune chercheur de 95 ans conclut-il son propos : « Pour accéder à une démocratie partagée, il est surtout nécessaire de l’ouvrir aux différences afin de la fermer à la dynamique des dominations exclusives, puis funestes. »

La Revue du projet, n° 60, octobre 2016
 

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