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Un million de migrants entrés en Europe en 2015, Michaël Orand

Le prolongement des conflits au Moyen-Orient et le changement de politique d’accueil des réfugiés dans les pays de la région (notamment le Liban et la Jordanie) en 2014 ont provoqué en Europe un afflux de migrants inédit. Cet événement, parfois qualifié de crise migratoire, a alimenté l’actualité et les débats tout au long des deux dernières années, plus souvent sur le mode émotionnel que pour proposer une véritable analyse du phénomène. L’INED a publié en avril dernier un article offrant des éléments statistiques permettant de reposer quelques termes du débat : « Un million de migrants arrivés sans visa en Europe en 2015 : qui sont-ils ? », Population et sociétés, n° 532, INED, avril 2016.

Le fait le plus marquant dans les entrées de migrants en Europe en 2014 et 2015 est la place prépondérante qu’a prise la Méditerranée comme voie de passage. Alors qu’entre 1998 et 2013, le nombre de migrants arrivant en Europe par la mer était stable, autour de 50 000 par an, ils sont 200 000 en 2014 et près de 900 000 en 2015 à avoir traversé la Méditerranée (graphique 1). Cela représente près de 90 % des entrées en Europe, puisqu’on estime à 1 million le nombre de personnes entrées sans visa sur le territoire européen en 2015.

Un des éléments les plus mis en avant est la dangerosité de ces traversées. Il est évidemment très difficile de connaître précisément le nombre de morts survenues lors de telles traversées, mais des estimations relativement bonnes sont disponibles. Au regard de ces estimations, il apparaît que l’année 2015, avec près de 3 500 décès, est une des années les plus meurtrières (graphique 2). L’année 2011 l’a été cependant encore plus, avec plus de 4 000 décès. En rapportant au nombre de traversées, l’année 2015 a finalement été l’année où la létalité de la traversée a été la moins élevée depuis 2000, avec 3,7 décès pour 1 000 traversées, contre par exemple 83,4 décès pour 1 000 traversées en 2009. Cela est probablement dû en partie à la mise en place d’opérations de recherche spécifiques, mais aussi à un changement de trajet : la plupart des traversées se font désormais depuis la Turquie vers la Grèce, plutôt que depuis la Libye.

 

Il est également par nature difficile d’obtenir des éléments sur qui sont les migrants arrivés en Europe. Les sources grecques et italiennes, non exhaustives, permettent toutefois d’avoir une vision assez bonne de leurs origines démographiques. En 2015, les Syriens composent la majorité des migrants arrivés dans ces deux pays, avec plus de 450 000 personnes. Fait moins connu, ce sont les Afghans qui représentent la deuxième nationalité la plus nombreuse, avec près de 200 000 personnes, puis les Irakiens (65 000 environ) et les Érythréens (autour de 40 000). Les arrivées récentes concernent donc essentiellement des réfugiés originaires de régions en guerre, éligibles la plupart du temps au droit d’asile.

En France, les conséquences de ces nouvelles arrivées ont été plus limitées : le nombre de demandes d’asile a augmenté de 24 % entre 2014 et 2015, ce qui est important, mais sans commune mesure avec l’ampleur de l’afflux observé. Sur les 80 075 demandes d’asiles enregistrées en France en 2015, seulement 19 506 ont donné lieu à une attribution de l’asile, soit 24 %. 

La Revue du projet, n° 60, octobre 2016
 

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