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Europe, état d’urgence. La régression nationaliste, consécration de l’ordolibéralisme, Bruno Odent

Le Temps des Cerises, 2016

Par Denis Durand
Référendum sur le « Brexit », succès de l’extrême droite autrichienne à l’élection présidentielle, montée des nationalismes et des courants autoritaires, attitude indigne des États face à la tragédie des réfugiés, poursuite du bras de fer entre le gouvernement grec et ses créanciers… Europe, état d’urgence éclaire tout ce qu’il faut savoir sur les ressorts de la crise européenne.
Bruno Odent dispose de deux atouts décisifs : le talent de journaliste avec lequel il détaille avec une parfaite clarté une actualité foisonnante et complexe ; et sa connaissance approfondie de l’Allemagne.
Sur ce terrain, on pourra discuter le choix de la doctrine de l’« ordolibéralisme » comme clé d’interprétation du tour pris par la construction européenne ; on pourra être tenté de nuancer le diagnostic d’un abandon du modèle « banque-industrie » qui a fait la force de l’industrie allemande ; mais il est bien vrai que les choix décisifs pour l’ensemble de l’UE sont suspendus aux rapports de forces en Allemagne.
Bruno Odent revient ainsi sur les épisodes successifs de la crise grecque. Il rappelle de façon très documentée pourquoi le « Grexit », voulu par Wolfgang Schäuble, aurait été un désastre pour le peuple grec et pour la solidarité entre les peuples européens, mais il n’oublie pas que le gouvernement Tsipras, si inconfortable que soit sa position, fait partie d’un combat européen dans lequel il se trouve un peu moins seul depuis la montée de la gauche alternative en Espagne, la constitution d’une majorité parlementaire anti-austérité au Portugal et l’apparition de Jeremy Corbyn en Grande-Bretagne.
Bruno Odent s’attache donc à montrer par quelles voies les luttes sociales et politiques pourraient imposer une refondation de l’Union européenne, en agissant sur sa clé de voûte : le pouvoir monétaire de la BCE. Les euros qu’elle crée par centaines de milliards devraient être sélectivement orientés vers les investissements favorables à l’emploi, et ils devraient alimenter un Fonds de développement économique, social et environnemental pour les services publics. Bruno Odent signale combien les propositions du PCF dans ce domaine, celles qui figurent dans le programme du Front de gauche et du PGE, font écho aux prises de position du mouvement syndical allemand et à la campagne européenne « Quantitative Easing pour le peuple » qui est en train de prendre pied en France.
L’ouvrage devrait grandement intéresser les communistes au moment où les choix européens sont l’un des points en débat à leur congrès.

La Revue du projet, n° 58, juin 2016

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