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Avec la grande consultation nous voulons reconnecter les citoyens à la politique et inversement

Pierre Dharréville*, membre de la direction nationale du PCF est en charge du suivi de la grande consultation citoyenne lancée à l’échelle nationale jusqu’à la Fête de L’Humanité. Le congrès est l’occasion de faire un point d’étape de cette initiative structurante de l’activité communiste pour les prochains mois qui vise les 500 000 questionnaires remplis.

Entretien réalisé par Léo Purguette

Le PCF a lancé une grande consultation citoyenne. Quel est son but ?
Nous voulons provoquer un grand débat politique dans le pays, un débat sur les solutions face à la crise et à la régression sociale, un débat sur les préoccupations des gens et sur leurs aspirations, un débat sur les idées reçues dans la société, un débat sur nos propositions. Notre attitude est double. D’abord une attitude d’écoute attentive pour donner vraiment la parole aux hommes et aux femmes qui le souhaiteront. Nous voulons recueillir leur parole et la restituer à la société pour que la base du débat soit bien ce que vit et ce que veut notre peuple. Ensuite, une attitude de débat pour ouvrir des possibles et faire grandir la discussion. Nous voulons reconnecter les citoyennes et citoyens à la politique et inversement. Nous ne pouvons pas laisser le débat politique se dérouler ailleurs que dans la vie, avec toutes les manipulations qui se font jour.

500 000 c’est un chiffre considérable
C’est vrai, c’est un objectif élevé. Parce que notre ambition politique est élevée. Mais aussi parce que nous avons la force de cet objectif. Le Parti communiste est sans doute la seule force capable dans le pays de mener une discussion de cette ampleur, de rencontrer et d’échanger avec autant de monde. C’est notre force. C’est une façon pour nous de donner une efficacité renouvelée à notre force militante, d’être ce parti populaire, enraciné sur le terrain. Un peu partout, le mouvement est en train de prendre. Il faut s’en occuper. Nous ne sommes pas dans une logique de coup politique. Nous voulons frapper fort, c’est vrai, mais nous voulons aussi engager une relation durable avec des hommes et des femmes en beaucoup plus grand nombre. Ce n’est pas 500 000 tracts distribués que nous visons, mais 500 000 rencontres et discussions. À partir de là, nous pourrons renouveler notre relation avec des tas d’hommes et de femmes dans nos quartiers, nos entreprises, nos villes, nos villages, nos campagnes. Renouer le fil, c’est travailler à l’émergence une force capable de faire bouger les choses et d’influencer de façon beaucoup plus importante le climat politique et les décisions.

Comment s’organise cette consultation sur le terrain ?
Les formes de remplissage de l’enquête et de discussion sont multiples. Nous en avons listé un certain nombre et les communistes font preuve de créativité en intégrant la grande consultation citoyenne dans leur activité. Il y a tout d’abord ce que chacune et chacun pourra faire autour de lui, parmi ses collègues, amis, voisins, famille… C’est important que les militantes et militants puissent s’en saisir dans leur entourage proche là où ils sont le mieux connus et reconnus. Et à l’occasion des remises de cartes, on peut proposer à tout le monde, même à celles et ceux qui sont plus éloignés de l’activité du Parti de s’en emparer. Il y a ensuite la nécessité de provoquer un porte-à-porte géant dans tout le pays, en commençant par les endroits où nous avons des habitudes. Nous devons aussi rendre la grande consultation visible dans les lieux publics, les marchés, les endroits où nous allons régulièrement et où les gens passent. Un certain nombre de fédérations ont fait remplir l’enquête au départ des manifestations contre la Loi El Khomri… Nous pouvons aussi aller voir les responsables associatifs et syndicaux que nous connaissons, c’est une occasion d’élargir le débat avec eux et de l’approfondir. Il y a de nombreuses dispositions d’organisations à prendre et des objectifs à se fixer. Nous avons également mis en place un site internet dédié (www.lagrandeconsultationcitoyenne.fr) un dispositif sur les réseaux sociaux pour donner encore plus d’ampleur à notre démarche. Nous devons réussir ce défi, parce qu’il changera la donne pour la suite des événements.

Quelles sont les premières remontées ?
Tous ceux et celles qui ont essayé sont conquis. Et ils y retournent. Nous sommes très bien accueillis. Les gens sont contents qu’on leur demande leur avis et qu’on le prenne en considération. Ils ont tellement le sentiment que la politique se fait sans eux ! Pour peu qu’on le leur propose, beaucoup acceptent de nous laisser leurs coordonnées pour connaître la suite et rester en contact. Nous pensons que parmi celles et ceux que nous rencontrerons, un certain nombre vont avoir envie de s’en emparer eux-mêmes. Donc, la démarche plaît, elle réveille, elle interroge. Sur le fond, il est trop tôt pour donner des résultats. Ce que nous pouvons dire c’est que cela provoque l’échange. Certains discutent les formules, les idées et c’est cela qui nous intéresse. Il y a parfois plus de difficulté à énoncer ses propres propositions, mais nous voulons justement ouvrir l’espace à cela. Certains préfèrent le remplir tranquillement et revenir vers nous d’autres préfèrent que nous les accompagnions. Rien n’est figé, mais une chose est sûre, notre proposition rencontre une attente.

Votre enquête brasse beaucoup de sujets. Comment avez-vous déterminé les questions ?
Remplir ce questionnaire peut prendre un quart d’heure à vingt minutes selon les conditions et la personne. C’est un vrai moment politique parce que nous n’avons pas voulu être superficiels. Nous voulons permettre d’abord l’expression des aspirations de chacun depuis sa vie. Nous voulons ensuite interroger des idées reçues qui structurent les comportements et les représentations, pour mettre le doigt sur des choses parfois inconscientes et sur des contradictions. Cela oblige à se positionner, à discuter. Ce n’est pas la partie la plus facile mais il nous a semblé important de ne pas faire l’impasse. Ensuite, nous évoquons les propositions des citoyennes et des citoyens pour faire avancer les choses, avant de leur demander leur avis sur les nôtres. Parfois, il faut les expliquer, on ne peut pas tout dire en une phrase, mais nous donnons à voir d’un certain nombre de pistes. Enfin, il y a toute une partie de renseignements pour que nous puissions savoir au final qui aura été touché par notre démarche et pour pouvoir analyser les résultats. Si les personnes nous laissent leurs coordonnées, c’est mieux, pour garder le contact. Notre enquête s’adresse à toute la population sans distinctions d’opinions ou de catégories. Elle fonctionne très bien dans les quartiers populaires, comme dans différents milieux professionnels. Les militants savent s’adapter à celui ou celle qui est en face d’eux pour l’aider à exprimer au mieux son propre avis.

La Fête de l’humanité sera l’occasion d’une grande restitution. Quelle forme prendra-t-elle ? Quelle traduction aura-t-elle pour la suite ?
Notre congrès permettra de faire un point d’étape et de dynamiser notre campagne. Car il s’agit bien d’une campagne politique. Et d’une campagne de longue haleine. Cette enquête a un émetteur qui n’est pas neutre, le Parti communiste français. Et la Fête de l’Humanité sera effectivement l’occasion pour nous de restituer les résultats. Nous sommes accompagnés par l’institut Viavoice, qui attestera s’il le fallait du sérieux de notre démarche. Les résultats seront rendus publics et le Parti communiste aura à en tirer des enseignements pour lancer ses offensives à venir. il ne s’agit pas simplement de parler, mais aussi d’agir. D’ailleurs, sur le terrain, sans attendre la Fête de l’Humanité, des premières initiatives de dépouillement pourront se tenir avec la population pour discuter les résultats, s’interroger ensemble, collectivement et peut-être engager des actions communes sur les sujets qui auront le plus mobilisé les débats.

Vous parlez d’un mandat populaire. Mais qui pourra le porter ?
La grande consultation citoyenne met en discussion un certain nombre de propositions portées par le Parti communiste français. Ces propositions, nous voulons qu’elles fassent débat dans la société. Il y a par exemple un débat qui monte aussi parce que nous nous y sommes attelés depuis plusieurs années sur les écarts de rémunération. Nos parlementaires portent une proposition de loi, avec Gaby Charroux. Notre enquête comporte une proposition sur la question. Nous ne devons pas laisser les forces dominantes établir le calendrier et les thèmes du débat public et du débat populaire. À travers nos initiatives, nous voulons définir la base d’un mandat pour une alternative de gauche. Ce mandat doit être établi avec les gens eux-mêmes. Nous y versons notre contribution, mais nous voulons vraiment solliciter leur participation active. Il y en a assez de voir la politique s’affranchir de la volonté générale et des aspirations populaires. Donc, il faut faire monter le débat pour qu’émergent des aspirations majoritaires et qu’elles soient les plus progressistes possible. Nous ne sommes pas dans une logique de délégation de pouvoir où l’on dépossède les gens de leurs droits et pouvoirs de citoyens. C’est tout un peuple qui devra porter ce mandat et le faire vivre. Nous voyons bien avec ce qui est en train de se passer qu’il faut un mouvement populaire fort, et le Front populaire nous a enseigné ce que cela peut produire en actes politiques. Il y aura des élections présidentielles et législatives, auxquelles participeront des hommes et des femmes, parmi lesquels des candidats et des élus qui pourront s’appuyer sur la force collective, sur des aspirations réellement exprimées, discutées et portées. Alors ce ne seront pas des figues du même panier.

*Pierre Dharréville est secrétaire de la fédération des Bouches-du-Rhône du PCF.

La Revue du projet, n° 58, juin 2016
 

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