La revue du projet

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L’écologie, combien de divisions ? Fabrice Flipo, Christian Pilichovski

Éditions du Croquant. Espaces Marx, 2015

Par Luc Foulquier
La lecture de ce livre est intéressante à plus d’un titre. Il donne beaucoup d’informations sur des sujets aussi importants que les enjeux de l’usage de la terre, l’agriculture, l’habitat, les notions de production, de précarité et d’enrichissement. Ce sont des constats très utiles. Les réflexions sur le projet économique participent d’une volonté d’ouverture au débat.
Le document proposé par le PCF La France en commun va dans ce sens.
Le rappel fréquent de la justesse des positions de Marx remet les choses à leur place avec cette caricature de Marx productiviste affichée comme une évidence. On peut regretter le manque de référence au livre de John Bellamy Foster Marx écologiste. Les auteurs et Corinne Morel-Darleux reprennent à juste titre la polémique avec David Ricardo comme l’a fait Gérard Le Puill dans un récent ouvrage sur l’écologie et l’économie. On est bien dans une vision dialectique du capital qui exploite l’homme et la nature.
Au bilan ce qui est écrit contient beaucoup de points d’accords dans « la gauche antilibérale ». Mais le titre ne correspond pas au texte. De quelle écologie parle-t-on ? De l’écologie scientifique ? De l’écologisme ? De la position d’EELV ? Des « décroissants » ? Sans oublier de prendre en compte « l’écologie libérale et l’économie verte ». Il faut clarifier.
On ne peut que regretter le silence sur les travaux d’écologistes scientifiques, par exemple le récent ouvrage de François Ramade, Un monde sans famine, sur 172 références aucune ne concerne les travaux du PCF (en particulier dans Progressistes) ou les livres de Paul Sindic, André Chassaigne, Robert Charlionnet et Luc Foulquier, Xavier Compain, Louise Gaxie et Alain Obadia, etc. Cet « oubli » signifie-t-il que certains seraient hors débat ? Au lieu de poser la question « combien de divisions ? », ne faut-il pas poser celle de « combien de points communs ? ».
L’ouvrage permet aussi de réfléchir plus avant et de manière constructive aux points de désaccords.Sur le « mix énergétique » par exemple, le désaccord est clair, mais il faut argumenter et ne pas confondre énergie, électricité ou ne parler que des scénarios de « Négawatt », de l’ADEME et d’en oublier plusieurs autres dont « Négatep » ! À propos du climat, la bataille tourne autour de la baisse de production de CO2 avec une production énergétique décarbonée et dans un grand service public qui assure de manière égalitaire la réponse aux besoins. Ce qui n’est pas exclusivement un débat sur l’électricité. L’Allemagne est bien un pays capitaliste dont le bilan de la pollution atmosphérique est un des plus mauvais d’Europe, dû à son mix énergétique.
Dans tous les domaines, on est effectivement « dans la lutte des classes du XXIe siècle ». Il est possible de réindustrialiser sans polluer, de protéger la nature et nos réserves, tout en répondant aux besoins de l’humanité, de revoir la façon de produire et de consommer, de ne pas opposer ou hiérarchiser les luttes dans et hors des entreprises, de ne pas risquer d’opposer les « pauvres » et les « classes moyennes ». La menace de « séparation » des luttes écologiques et sociales peut diviser au lieu de rassembler. C’est dans la recherche de la bonne méthode de lutte et d’élaboration d’un projet qui ne gomme pas les différences comme le proposent les auteurs que nous nous opposons avec efficacité au capitalisme pour « bien vivre ». Amplifions un débat constructif.

La Revue du projet, n°52, décembre 2015
 

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