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La laïcité, base de liberté pour les individus, Jacques Bénézit*

Tout au long de son histoire l’engagement pour la laïcité a été indissociablement lié au combat pour l’émancipation humaine.

Aux « devoirs envers Dieu » de l’Ancien régime se sont progressivement substitués avec la Révolution française « les droits de l’homme et du citoyen » et les « devoirs envers l’humanité ». Dans son article premier, la Déclaration de 1789 fournit la base sur laquelle se construira l’œuvre de laïcité : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». L’idée de droits fondamentaux, qui ne tiennent pas à la couleur de peau, au sexe, à la classe sociale, à la religion ou aux origines ethniques découle donc de ce principe né en 1789, par delà même la conception que pouvaient s’en faire les citoyens de l’époque. Chaque individu est, de façon inaliénable, membre à part entière de l’espèce humaine.

La loi de séparation votée en 1905 repose sur trois articles essentiels : l’article premier, « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions » de « l’intérêt de l’ordre public » ; dans son article 2, elle « ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » tout en autorisant l’inscription dans les budgets de l’État, des départements et des communes des « dépenses relatives à des services d’aumôneries » ; et son article 4 implique que la République respecte les « règles d’organisation générale » de chaque culte.
Présentée trop souvent comme une somme d’interdits, la laïcité est constitutive de libertés pour les individus. Leur appartenance ou leur non-appartenance à des croyances relève de convictions personnelles, qui peuvent changer au cours de l’existence, et qui ne doivent leur valoir ni discriminations, ni avantages particuliers.

La souveraineté
du peuple

La séparation des religions et de l’État conforte l’idée que la légitimité du pouvoir réside désormais entièrement dans la souveraineté du peuple, d’où l’hostilité, franche ou cachée, qu’elle n’a cessé de rencontrer en France du côté des forces de droite et d’extrême droite.
Pour Jean Jaurès « la démocratie et la laïcité sont deux termes identiques » (L’Humanité, 2 août 1904) parce qu’il doit y avoir respect égal et mutuel de toutes les personnes. Dès 1889 il soulignait que « Le gouvernement représente les droits et les intérêts de tout le monde », alors que « dans les questions de religion, tout le monde n’est pas d’accord. » (La Dépêche, 16 juin 1889).
Dans cette conception, l’État, ses institutions et ses missions de service public sont au service de l’intérêt général et par conséquent ne doivent faire allégeance ou soutenir aucune conviction religieuse, politique ou philosophique.
Dans le même temps, les institutions publiques (politiques et judiciaires), les administrations, le service public, la fonction publique se doivent de respecter la liberté de conscience des usagers et de les accueillir à égalité de droits. Si le devoir de réserve exigé pour les services publics s’étend aux agents, qui ne doivent afficher aucun signe d’appartenance (religieuse, philosophique et politique) dans le cadre de l’exercice de leur profession car ils représentent l’État, l’usager, quant à lui, n’est soumis à aucun devoir de réserve car il ne représente que lui-même.
Une confusion est régulièrement entretenue entre les règles qui harmonisent le fonctionnement des services publics et les principes qui organisent l’espace public. La loi de séparation ne concerne pas cet espace public. Qu’entendre par espace public ? C’est l’espace de la rue, ou des lieux partagés (hors services publics) qui offrent à chacun la garantie de la libre expression de ses convictions personnelles. Un lieu d’échange indispensable qui nous permet de faire société entre croyants et non croyants. Un débat à mener sans compromission et sans recherche de prétendus accommodements raisonnables avec les communautarismes.

Émancipation des religions vis-à-vis
du pouvoir politique

L’acte de séparation marque également, de la part de ses auteurs, une volonté d’émancipation des religions vis-à-vis du pouvoir politique. Dans un article publié dans La Pensée (n° 353, 2008, p. 66), Émile Poulat rappelait que, le Conseil d’État « dès mars 1906, a établi que la majorité parlementaire avait écarté une loi de combat au profit d’une loi de liberté :
une liberté comme l’Église n’en avait jamais connu au cours de l’histoire de France ». L’Église catholique a pourtant bien mal accueilli cette avancée…
Aujourd’hui en France une majorité des croyants (pratiquants réguliers ou non) se déclare laïque, au sens où elle reconnaît la primauté des lois de la République sur les doctrines religieuses. Selon une étude réalisée en avril 2014 par l’observatoire privé Sociovision et en partenariat avec Faits religieux.com, la laïcité est « une valeur essentielle » et « positive » pour 78 % des catholiques, 73 % des protestants, 91 % des juifs et 74 % des musulmans.
Mais une autre partie de croyants et de leur hiérarchie, n’accepte toujours pas la séparation, la liberté de conscience et l’égalité des droits. Ces réactionnaires et/ou intégristes de toutes confessions manifestent ainsi régulièrement leur hostilité à la contraception, à l’avortement, à l’égalité entre hommes et femmes…
L’engagement pour la laïcité est un point d’appui pour rassembler, dans la diversité des origines et des croyances, celles et ceux qui entendent s’opposer à toutes les dominations.

*Jacques Bénézit est membre du comité de rédaction de La Pensée.

La Revue du projet, n°52, décembre 2015
 

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