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Construire un nouveau modèle productif social et écologique, Alain Obadia*

Le combat pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et se donner ainsi les moyens de contenir le réchauffement climatique dans des proportions gérables par l’humanité est inséparable d’une transformation en profondeur des modèles de production et de consommation.

Rompre tout à la fois avec le consumérisme et le productivisme n’est pas qu’une incantation théorique. C’est une bataille de grande portée pour notre présent et notre avenir.

Consumérisme et productivisme, des dérives catastrophiques
Il est, tout d’abord, important de comprendre ce que signifient les mots. Consumérisme n’est pas synonyme de consommation. De même, productivisme n’est pas synonyme de production. La consommation comme la production sont indispensables pour répondre aux besoins sociaux. Nous devons être clairs sur ce point faute de quoi nous quitterions le monde du réel et des aspirations populaires les plus légitimes. En revanche le consumérisme comme le productivisme sont des dérives catastrophiques induites par le régime de suraccumulation financière qui domine le monde. Ils sont le résultat de la logique capitaliste contemporaine en crise structurelle aujourd’hui.
Consumérisme et productivisme sont les deux faces d’une même médaille. Le modèle consumériste est fondé sur la recherche d’un turn-over aussi rapide que possible des produits pour soutenir les ventes et les profits. Ainsi, dans la logique consumériste/ productiviste le moteur n’est pas la satisfaction des besoins mais la rentabilité maximale…
C’est tellement vrai que depuis des années ce modèle est structuré par les pratiques de l’obsolescence programmée qui poussent à la surconsommation par nécessité de remplacer les produits et aux gâchis de matières et d’énergie. C’est pourquoi, le développement de cette gabegie nuit à la bataille climatique. C’est pourquoi il est vital de rompre avec cette logique et de faire émerger un nouveau paradigme fondé sur la réponse aux besoins.

Des citoyens « consomacteurs »
Dans cette approche nouvelle qui est déjà à l’œuvre – de manière contradictoire mais d’ores et déjà très perceptible – la prise de conscience et la
responsabilité de chacun sont évidemment essentielles. La notion de citoyens « consomacteurs » est précieuse et permet déjà de modifier les comportements. C’est une pression positive sur l’organisation du système productif. En même temps, la responsabilité majeure de ce dernier ne doit jamais être sous estimée. Pour que les comportements puissent se modifier en profondeur encore faut-il qu’une offre alternative existe, qu’elle soit à la dimension des enjeux et qu’elle soit accessible au plus grand nombre.
Les entreprises coopératives, les formes alternatives d’agriculture, les circuits courts entre production et consommation ou encore les fab-labs associatifs constituent la pointe avancée de cette évolution si nécessaire. Nous devons les soutenir et contribuer à leur développement. Simultané­ment, nous devons avoir conscience que c’est à la transformation de l’ensemble du système productif que nous devons travailler.

Les enjeux sont connus :
– Décarboner au maximum le mix énergétique et les processus de fabrication.
– Fabriquer des produits conçus pour durer tout en étant susceptibles d’être réparés à coût acceptable et d’intégrer des améliorations technologiques retardant leur obsolescence.
– Économiser au maximum les ma­tières premières, en recherchant des substituts efficaces à celles d’entre elles qui sont en voie d’épuisement ;
– Envisager dès leur origine les processus de recyclage des matériaux et composants des produits.
– Favoriser de manière systématique la relocalisation des productions pour éviter le développement parasitaire de transports sur des milliers de kilomètres.
Au plan des technologies comme au plan de l’organisation, l’industrie d’aujourd’hui est capable de répondre à ces défis.

L’écoconception
Le concept d’économie circulaire peut être développé. L’écoconception des produits est un processus connu permettant la réparabilité ainsi que la modularité autorisant les adaptations comme le recyclage d’une part grandissante des composants. La maîtrise des émissions fait des progrès considérables.
En revanche, les blocages sont économiques et politiques car ce nouveau modèle va à l’encontre de la maximisation du profit. Le pouvoir financier qui contrôle les entreprises industrielles préfère le marché des quotas d’émission à leur limitation obligatoire. Il préfère les délocalisations et le dumping social, fiscal et environnemental au rapprochement production/consommation. Il résiste face à la remise en cause de l’obsolescence programmée.
Il préfère repeindre en vert ses mêmes orientations sans rien y changer
d’essentiel.
C’est une bataille politique majeure. Nous pouvons la gagner car les enjeux sont vitaux pour l’humanité. Elle passe notamment par la conquête de nouveaux pouvoirs pour les salariés dans les entreprises. Elle passe aussi par la transformation des critères de gestion pour que les décisions intègrent enfin les dimensions écologiques et sociales. 

*Alain Obadia est membre du comité de pilotage du projet. Il est responsable du secteur Production, industrie et services du Conseil national du PCF.

La Revue du projet, n° 51, Novembre 2015
 

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