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La réussite de la COP21 est entre les mains des pays les plus riches, Lydia Samarbakhsh*

Mettre en place des solutions solidaires qui apportent plus de soutien à ceux qui en ont le plus besoin et mettent plus à contribution ceux qui ont le plus de moyens.

À la veille du dernier Forum économique mondial de Davos (janvier 2015), l’ONG Oxfam publiait son rapport sur les inégalités qui mérite d’être relu dans ces semaines qui nous séparent de la prochaine COP21 : « Les inégalités économiques s’amplifient rapidement dans la plupart des pays. Les richesses du monde sont divisées en deux : près de la moitié est entre les mains des 1 % les plus riches, tandis que 99 % de la population mondiale se partagent l’autre moitié. » L’Observatoire des inégalités précise pour sa part que 83,4 % des richesses accumulées dans le monde sont détenues par 8,4 % de la population mondiale. Les inégalités s’aggravent dans chaque pays mais aussi entre chaque pays, entre régions du monde, et même dans chaque région elle-même.

Sortir de l’orthodoxie financière
Si le dérèglement climatique affecte durement toutes les régions du monde, il est plus dramatique pour 67 pays particulièrement vulnérables aux effets de ce changement sensible et qui représenteront, en 2025, 31 % du PIB mondial selon une étude du cabinet Maplecroft réalisée en 2008. Parmi ces 67 États, les dix pays les plus exposés sont parmi les plus pauvres du monde.
Autrement dit, l’enjeu central de la COP21 est de parvenir à un accord global contraignant sur le plan juridique, mais différencié quant aux responsabilités, permettant ainsi d’amorcer sérieusement l’inversion radicale des mécanismes de transfert entre pays industrialisés et pays en développement au profit de ces derniers, en particulier en matière de transferts de connaissances et de technologies.
À l’approche de la tenue de la Confé­rence, les chances sérieuses d’aboutir à un tel accord doté d’engagements effectifs et à la hauteur des enjeux diminuent. Les annonces sur les niveaux d’engagement de réduction des émissions de gaz à effets de serre (GES) qui ont émaillé les semaines d’août jouent pour la plupart sur les années de référence et/ou les échéances. La part de responsabilité sociale et climatique des transnationales et entreprises tend à passer quant à elle au second plan.
Ainsi que le soulignait sans détours Nicolas Hulot, le 24 août dernier : « La réussite de la COP21 est entre les mains des pays les plus riches. [...] Si on ne sort pas de l’orthodoxie financière, comment voulez-vous répondre aux besoins d’adaptation et de développement des pays les plus vulnérables, qui payent les effets pervers de notre modèle de croissance ? »

Garantir le droit universel à l’énergie
La Conférence va se dérouler après une année de « guerre des prix du pétrole » engagée par l’Arabie saoudite, qui a provoqué en six mois un effondrement de 55 % des cours du baril mettant en difficulté des économies nationales comme celle du Venezuela ou de la Russie. Ceci alors que les énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) captent 500 milliards de dollars par an de subventions des États et gouvernements, États-Unis en tête selon une étude de l’OCDE publiée le 21 septembre 2015. Ce sont les mêmes qui rechignent à abonder le Fonds vert pour le climat mis en place par l’ONU, visant 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour réaliser les transferts de fonds des pays les plus riches vers les pays les plus vulnérables, et qui reste sous doté depuis sa création (10,2 milliards de dollars). L’avenir assez proche nous dira quelles conséquences auront la récente découverte de gisements gaziers dans la Méditer­ranée, mais aussi l’accord sur le nucléaire civil iranien et la perspective de levée des sanctions contre l’Iran ainsi que la relance de la compétition pour le contrôle et l’exploitation des ressources pétrolières et gazières de l’Arctique lequel souffre gravement d’ailleurs du réchauffement climatique.

La responsabilité des transnationales
La dette climatique n’est pas celle des pays émergents mais bien d’abord celle de pays les plus industrialisés et les plus riches. Le troisième débiteur en est le secteur marchand, financier et industriel ; en particulier les transnationales qui non seulement saccagent les écosystèmes pour accroître leurs profits, empoisonnant au passage les populations, mais foulent aux pieds les droits humains et sociaux, organisent des délocalisations qui transfèrent les industries les plus polluantes au Sud en même temps qu’elles obstruent le développement des capacités productives des pays émergents et à la maîtrise de leurs richesses et ressources.
La lutte contre le réchauffement climatique passe par la bataille pour l’égalité dotée de stratégies environnementales et écologiques novatrices centrées sur la satisfaction des besoins humains et sociaux et le développement, et sur la garantie du droit universel à l’énergie ; des solutions solidaires qui apportent plus de soutien à ceux qui en ont le plus besoin, qui mettent plus à contribution ceux qui ont le plus de moyens. Des solutions, enfin, qui devraient remettre en cause les logiques dominantes et les modèles de développement, de croissance et de production capitalistes.
Les dirigeants capitalistes savent eux déjà bien que là se situe le cœur de l’affrontement.

*Lydia Samarbakhsh est membre de l’exécutif national du PCF. Elle est responsable du secteur International du PCF.
La Revue du projet, n° 51, Novembre 2015
 

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