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La République comme bien commun, Pierre Dharréville*

Alors que certains instrumentalisent la théorie du choc des civilisations pour entretenir replis identitaires et communautarismes, il n’est pas inutile de rappeler le sens de nos fondements républicains.

«Les hommes naissent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. » C’est sur cette affirmation que commence la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en 1789. Elle se poursuit un peu plus loin : « Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. » Nous sommes ainsi au cœur d’une affirmation laïque. La volonté générale ne se divise pas et la Nation ne résulte pas d’une addition de communautés. Chaque citoyen est considéré à égalité de droits, et « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses ». Aussi, à la naissance de la République, en 1792, l’affirmation est presque immédiate : « La République est une et indivisible ». Elle défend l’intérêt général et affiche un projet commun. Il s’agit d’une rupture avec les régimes précédents, où la prééminence des uns soumettait les autres au bon vouloir de leur accorder des droits de minorités.
Le communautarisme ne se définit pas par l’existence de communautés, c’est-à-dire d’hommes et de femmes qui se rassemblent autour d’intérêts partagés. La tentation a d’ailleurs pu exister de supprimer tout ce qui pourrait exister entre l’État et le citoyen. Le citoyen seul face à l’État, ou encore, seul face au marché, seul face au patron, on voit bien où peut conduire la logique. Elle s’est d’ailleurs traduite dans la loi le Chapelier en 1791 interdisant les corporations de métiers et les regroupements d’ouvriers et de paysans. La République était là, et la Nation le seul corps social auquel on était censé pouvoir appartenir. Or la vie s’organise tout autrement, avec des hommes et des femmes qui se reconnaissent, qui s’organisent, qui aiment à se retrouver… La Répu­blique se nourrit aussi de la richesse qui se construit quand des hommes et des femmes se rassemblent en son sein, allant parfois jusqu’à tenter de faire valoir un point de vue commun en le soumettant à la souveraineté populaire.

La liberté de conscience
Le communautarisme recouvre une réalité plus problématique, celle où se créent des « sociétés » dans la société, avec des règles propres et des revendications particulières qui contestent l’idée que la loi, écrite pour le bien commun, doit s’appliquer également pour toutes et tous. Le communautarisme traduit un refus de vivre ensemble, un refus de l’autre différent, un refus du projet républicain dans ce qu’il a de meilleur. Il réduit la vie sociale à la coexistence de communautés étanches — c’est ce qui guette, d’une certaine façon, le modèle « multiculturel » à l’anglo-saxonne. Un tel projet est contraire à ce que Jean Jaurès affichait comme but au combat des siens dans le premier éditorial de L’Humanité : « la réalisation de l’humanité ». Il consiste à diviser, à morceler, voire à opposer là où il faudrait unir et rassembler dans la reconnaissance de la diversité.
On entend parfois l’idée selon laquelle la présence de croyants dans la société ne serait pas gênante, mais l’existence de communauté de croyants, elle, le serait. On voudrait que les croyants se contentent d’une foi muette et solitaire. Or, il s’agit d’une pratique sociale et c’est leur liberté que de partager leurs convictions et leur culte, renvoyant au droit d’association. La confrontation de ses idées et de ses convictions avec celles des autres comme avec le réel est sans doute la voie la plus efficace pour la liberté de conscience. En revanche, lorsqu’elles revendiquent un pouvoir politique et entendent imposer à tous une organisation et des pratiques sociales au nom de leur conviction religieuse, cherchant à contourner la souveraineté du peuple (à laquelle chacune ou chacun a sa part à égalité), les communautés religieuses franchissent le pas vers l’intégrisme qui constitue une mise en cause radicale de la laïcité et de la République en tant que bien et que projet commun.
Il faut donc réaffirmer la laïcité comme principe politique fondateur.

*Pierre Dharréville est membre
du comité du projet, animateur
du secteur République, démocratie et institutions du Conseil national
du PCF.

La Revue du projet, n° 49, septembre 2015
 

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