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La religion, une question privée, Marina Albiol

Entretien avec Marina Albiol*

Y a-t-il une obsession contre les musulmans dans le débat politique en Espagne ?

Sans aucun doute, le racisme et la xénophobie ont augmenté des dernières années dans l’État espagnol, mais ce n’est pas tant une question de haine vis-à-vis d’une autre religion que de haine de l’étranger. Et ce sont les pouvoirs économiques en lien avec les différents gouvernements que nous avons eus, que ce soit le PP (Parti populaire, droite) comme le PSOE (Parti socialiste), qui donnent des ailes à ces attitudes. Leurs politiques et discours nourrissent le racisme : lois sur l’immigration qui divisent les personnes entre légaux et illégaux, les raids, les centres de détention pour étrangers, les clôtures avec des lames de rasoir… sont des éléments qui présentent l’immigrant comme celui de qui on doit se protéger.

Il s’agit d’opposer travailleurs et travailleuses entre eux, de faire porter au voisin la responsabilité des problèmes des centres de santé ou du manque de bourses d’études dans les collèges, quand sans aucun doute les responsables sont nos gouvernements qui ont fait des coupes dans la santé et l’éducation publique dans le seul but d’allouer cet argent à des banques privées.

En Espagne, bien que l’extrême droite ait en effet renforcé sa présence dans les rues, elle n’a pas atteint des niveaux importants de représentation institutionnelle car le PP récupère d’une certaine manière son discours.

 

Que faites-vous contre ça ? Quels sont vos arguments, actions contre ce racisme et ces discriminations ?

Assurément, un des objectifs des militants et militantes d’Izquierda Unida [littéralement « Gauche unie » NDLR] et du PCE [Parti communiste espagnol, membre d’IU NDLR] est de combattre l’extrême droite et, surtout, ses idées. Il s’agit de démasquer tous ceux qui tiennent ce discours de haine. Par exemple, au parlement européen, la délégation d’Izquierda Unida a demandé des sanctions contre les députés du Front national ou de la Ligue du Nord qui utilisent l’hémicycle pour fomenter le racisme et la xénophobie.

Exiger la fermeture des centres de détention pour étrangers, travailler au démantèlement de l’Europe-forteresse ou pour une Europe laïque constitue aussi notre manière de combattre le racisme.

 

Quel est votre projet en matière de la laïcité ? Comment définissez-vous la laïcité ?

Nous comprenons la religion comme une question privée et donc qui devrait être de ce domaine. Ni les écoles, ni les édifices gouvernementaux ne sont une place pour les doctrines religieuses. Le parlement européen n’est pas non plus une place pour des sermons et, de ce fait, la délégation d’IU a quitté l’hémicycle à Strasbourg le jour de la venue du pape, comme une revendication de la séparation qui doit exister entre les institutions publiques et la hiérarchie catholique.

Chacun doit être libre de professer sa religion ou son athéisme dans des conditions de liberté et d’égalité. Mais ceci est loin d’être le cas aujourd’hui : la pression de la hiérarchie catholique sur les gouvernements espagnols fait qu’on légifère continuellement en faveur de cette croyance et de cette doctrine.

Ce que nous dénonçons c’est qu’en Espagne, la séparation entre l’État et l’Église reste en suspens comme conséquence de notre soi-disant « transition », ce moment marqué par la signature des accords du Saint-Siège de 1979, et qu’aucun gouvernement du PP ou du PSOE n’a rompu.

Loin de freiner la montée en puissance économique et l’influence politique décisive de cette organisation religieuse en Espagne, les gouvernements du PP et du PSOE n’ont fait que renforcer et assurer sa position. Les évêques continuent leur ingérence dans les affaires publiques, que ce soit sur le droit des femmes à disposer de leur corps, sur le mariage entre personnes du même sexe ou sur les questions de la mémoire démocratique. Ils continuent d’endoctriner avec leurs cours de religion, y compris dans les écoles publiques.

Les gouvernements espagnols successifs ont augmenté le financement de la Conférence épiscopale espagnole. Face à une crise comme celle que nous connaissons actuellement, exploitée par la classe dirigeante et utilisée pour précariser les relations de travail et dépouiller d’une grande partie de nos droits la classe laborieuse, les ressources de l’État ont été mises au service du pouvoir financier et l’Église espagnole a continué à profiter d’énormes privilèges dont elle jouit depuis des siècles..

 

*Marina Albiol  est députée européenne (Izquierda Unida).

 

Propos recueillis par Charlotte Balavoine.

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