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Internationalisme : un nouveau chapitre s'ouvre, Lydia Samarbakhsh

Sur la base des expériences vécues ces dernières années s’ébauche une nouvelle solidarité internationaliste à consolider.

 

Par Lydia Samarbakhsh*

La victoire de Syriza en Grèce le 25 janvier 2015 et la constitution d’un gouvernement de « salut national », refusant de se soumettre au contrôle de la Troïka (Banque centrale européenne, Com­mission européenne, Fonds monétaire international) et déterminé à rompre avec les politiques d’austérité européennes, a ouvert au cœur de l’Union européenne une nouvelle perspective : celle d’un processus de rupture avec l’ordre néolibéral et de la construction d’un espace de coopération régionale entre les peuples, de justice et de progrès social. Étienne Balibar résumait dans un débat publié par l’Humanité le 30 janvier 2015 l’impératif de solidarité qui doit nous animer : « L’enjeu n’est pas de commencer un “printemps rouge européen’’. C’est de créer un rapport de forces sur des lignes claires. Il faut renforcer l’Europe des peuples au détriment de l’Europe des banques. » C’est, rapporté au cas européen, le moteur de l’internationalisme dont les forces émancipatrices et de transformation sociale du XXIe siècle sont appelées à écrire ensemble, par-delà leurs différences et divisions du passé, une nouvelle page.

 

Inventer un nouvel internationalisme

Il s’agit, en intégrant les expériences, d’inventer les nouveaux contours et les nouveaux outils d’une solidarité internationaliste renforçant les capacités émancipatrices des peuples dans leur combat contre les dominations et l’exploitation – sans chercher à hiérarchiser entre eux ces combats, ni à imposer une philosophie par rapport aux autres. Il s’agit d’un internationalisme qui soutient les mouvements émancipateurs dans leurs luttes – celles du peuple palestinien pour ses droits, la reconnaissance de son État ; celles des Kurdes pour leurs droits politiques et culturels partout où ils vivent ; celles du peuple sahraoui... – et qui aide à les unir mondialement, et ce malgré leurs différences, sur les enjeux internationaux – les droits des femmes, le droit à l’énergie, la souveraineté alimentaire, la réappropriation sociale des ressources, richesses et moyens de production, la souveraineté populaire, la paix... – et les mobilisations contre la domination du capitalisme financier. Des cadres d’action commune comme le Parti de la gauche européenne (PGE) en Europe ou le Forum de Sao Paulo en Amérique latine préfigurent cette recherche.

« Le ciment de la solidarité internationaliste n’est pas l’existence d’un ennemi commun mais le partage de valeurs communes et la volonté de les faire avancer » (M. Rogalski, 2010). L’internationalisme est consubstantiel au mouvement ouvrier et révolutionnaire, et s’est structuré de la fin du XIXe siècle au XXe siècle. La Révolution d’Octobre en Russie, la Guerre d’Espagne et les luttes pour l’indépendance en Afrique et en Asie en constituèrent trois étapes majeures sans pour autant échapper aux différences fondamentales d’approche et de visions de la visée internationaliste, et de la visée révolutionnaire. Le développement de Forums sociaux mondiaux, à partir de 2001, sur l’affirmation qu’un « autre monde est possible » marque une quatrième et distincte étape. Sur les gravats de l’effondrement des pays socialistes, s’est développé un mouvement « citoyen » anticapitaliste (excluant d’emblée les partis politiques de ce processus) cherchant dans les convergences d’idées et d’actions au plan international à conforter la résistance et la riposte à la mondialisation capitaliste. À l’aune de l’expérience des dernières décennies, il s’agit sans doute pour toutes les forces d’aborder une nouvelle étape de la solidarité internationaliste capable d’opérer une synthèse de nos approches et de nos pratiques.

 

S’unir pour renverser le rapport de forces

Aujourd’hui, au moment où la crise du capitalisme culmine, les forces réactionnaires et obscurantistes sont dominantes ; qu’il s’agisse des progrès de l’extrême droite en Europe, des fondamentalismes religieux sur tous les continents, de la violence armée de ces forces fondamentalistes dans des régions où les États se sont effondrés ou sont en passe de subir le même sort. Les forces émancipatrices, par contre, souffrent partout dans le monde de leur éclatement international, de leurs divisions et de leur affaiblissement dans le plus grand nombre de régions. La multiplication des efforts de convergences et de construction de fronts et d’alliances dans les contextes nationaux montre que ces forces de gauche ont conscience de la nécessité de s’unir par-delà les clivages idéologiques et politiques pour renverser ce rapport de forces.

 

Un contexte nouveau

Outre l’expérience accumulée au cours du XXe siècle, il y a la nécessité de tenir compte des réalités du moment et du contexte nouveau. En Amérique latine et en Asie, ces forces – d’ailleurs rassemblées dans les cas latino-américains – exercent les responsabilités. En près de vingt ans, l’Amérique latine a réussi à mettre en échec la domination états-unienne sur le continent. Certaines forces, en Chine, au Vietnam, à Cuba par exemple demeurent attachées à poursuivre la construction d’une société qu’elles nomment socialiste sans toutefois s’ériger en modèle, et tout en cherchant les voies de leur développement dans un contexte de mondialisation dont ces pays refusent d’être exclus sans pour autant la subir. Ces pays y travaillent soit dans le cadre de constructions régionales, soit au moyen du renforcement des liens internationaux entre pays émergents dans la perspective de la mise en place d’instruments de soutien aux politiques de développement (telle que la Banque de développement des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) par exemple, qui ne constituent pas pour autant un « bloc » homogène face à « l’Occident »). Pour toutes les forces d’émancipation sociale et révolutionnaire, il est nécessaire de tenir compte de ces conditions nouvelles qui cherchent dans la situation concrète, et non sans contradictions, à renverser le rapport de forces présent.

La solidarité internationaliste du XXIe siècle aux formes désormais diversifiées se développe sur trois axes intimement liés : la lutte pour le dépassement du capitalisme mondial financiarisé et ses artisans que sont les institutions de Bretton Woods, les marchés financiers, les trans- et multinationales qui ont soumis à leur domination le pouvoir politique, les souverainetés populaires, citoyennes et nationales ; la lutte pour l’émancipation humaine et sociale, les droits humains et sociaux, la démocratie, les droits des femmes et des travailleurs de toutes catégories, l’égalité entre les peuples et entre les citoyens ; la lutte pour de nouveaux modes de développement et de production, la réappropriation sociale des richesses, ressources et moyens de production, l’instauration des biens communs universels, le droit à l’énergie, pour la paix, le désarmement, la dénucléarisation et contre le commerce des armes, et la lutte pour la préservation de l’environnement et l’écologie.  

 

*Lydia Samarbakhsh est membre de la coordination nationale du PCF. Elle est responsable du secteur international du Conseil national du PCF.

 

Mourid al-Barghouti, Fondements

 Coca-cola, Chase Manhattan, General Motors, Christian Dior, MacDonald, Shell,Dynasty, Hilton International, Sangam, Kentucky Fried Chicken, gaz lacrymogène matraques, police secrète

Ibn Khaldoun a dit : Ce sont là les fondements de l’ÉTAT chez les Arabes.

Traduit de l’arabe (Palestine) par Abdellatif Laâbi

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