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« Max Frisch, Ludwig Hohl »

 

Europe - janvier-février 2015

Par François Polomé

C’est en Suisse germanophone que nous emmène cette fois la revue Europe, en évoquant la vie et l’œuvre de deux auteurs majeurs de ce pays. Si Max Frisch (1911-1991) est considéré comme un classique contemporain, au point d’être entré dans les manuels scolaires d’outre-Rhin, Ludwig Hohl (1904-1980) est resté jusqu’ici presque méconnu du public. Pourtant leurs œuvres d’une même exigence présentent plus d’un point commun, justifiant leur réunion dans cette livraison.

« Ses personnages ont conscience d’un malaise existentiel. Ils cherchent une vie sans faux-semblants, la vraie vie, et s’interrogent sur une telle possibilité. » Dans son introduction, Régine Battiston, spécialiste de Max Frisch, désigne d’emblée l’enjeu de son écriture. Cette passion de la vérité, recherchée sans fléchir, avec les moyens de l’écriture, dans le réel du rapport à soi et à l’autre (i. e. aux femmes), contre l’hypocrisie sociale et les formes d’exploitation de l’homme par l’homme, est aussi celle qui anima Hohl au point d’avoir refusé toute sa vie un autre travail, vivant de peu, du soutien de quelques admirateurs. Pourtant le travail est au cœur de ses préoccupations : « Non pas le travail que vous impose la société et que vous accomplissez pour gagner des sous, ”cet immense effort que font les hommes pour ne pas faire d’effort ”, mais le travail choisi, voulu, fait d’obstination, d’attention, de rigueur et de lucidité. »

 

Car cet idéal exigeant, poursuivi dans le travail solitaire de l’écriture, n’est pas une reddition aux facilités de l’individualisme. Dans Au bout des Lumières, il y a le veau d’or, discours prononcé par Frisch lors de son soixante-dixième anniversaire et reproduit intégralement, on l’entend bien concerné au plus haut point par la marche maladroite du monde, dessinant avec discernement où nous en sommes en nos démocraties libérales essoufflées, notamment dans son propre pays, qu’il jugeait petit, et pas uniquement par l’étendue du territoire. Son compatriote Hohl n’a pas la réputation d’un auteur engagé. Pourtant, de manière plus subliminale, son œuvre fait apparaître un citoyen antifasciste, discutant de l’opposition entre communisme et socialisme, les autres courants d’emblée mis hors sujet des affaires publiques.

Notons enfin, dans la section des « Chroniques », entre autres découvertes stimulantes, une lecture étonnante des Illuminations de Rimbaud, sans doute plus matérialiste qu’il n’y paraît.

 

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