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L’anatomie politique 2 Usage, déréliction et résilience des femmes

 

Éditions La Dispute, « Le genre du monde », 2014

Nicole-Claude Mathieu

Par Morane Chavanon

C’est une collection des différentes interventions publiques et contributions écrites de Nicole-Claude Mathieu qui constitue la chair de cette Anatomie politique 2. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le titre de l’ouvrage révèle à la perfection son contenu ! Au fil des pages, le regard de l’anthropologue scanne le paysage intellectuel et politique international, non sans humour et avec un ton parfois acide, afin de mettre en lumière la place qui est faite aux femmes.

Des hommes qui parlent à la place des femmes. Des femmes qui parlent d’autres femmes, en proie à une violence qu’elles ne connaissent pas, à l’aune d’une position académique et non d’une compréhension profonde du vécu de ces dernières : « il m’apparaît que si c’est au nom des droits humains que les femmes luttent contre l’excision, c’est au nom des droits de l’homme (le respect des autres hommes) que les relativistes culturels acceptent le laisser-faire en ce domaine. » Nicole-Claude Mathieu décortique à partir de l’étude de différentes sociétés, dont la société occidentale contemporaine, les mécanismes de l’oppression des femmes, qui se doublent d’une confiscation de leur parole. Exploitation des corps et mise sous scellé des mots.

Quelques mois après la polémique sur la « théorie du genre » et le fantasme de son pouvoir de destruction civilisationnelle qui s’instillerait doucement via les salles de classe, L’anatomie politique 2 apparaît comme la preuve (s’il en fallait une) de son absurdité. Le féminisme n’est pas un dogme mais un domaine de recherche et de réflexion militante complexe, pluriel et travaillé par ses propres controverses. Si les gender studies, portés par des auteurs comme Judith Butler, remettent l’individu au centre de sa construction personnelle, valorisant ses choix et le sentiment de ce qu’il est, contre les déterminismes biologiques, c’est ce caractère individualiste que Nicole-Claude Mathieu va critiquer. Pour elle, ce qu’il faut réinterroger, outre la possibilité de s’émanciper et de composer avec les différents attributs sexués (travestissement, transsexualisme etc.), c’est la hiérarchisation des sexes et la dévalorisation perpétuelle de ce qui est dit « féminin ». Elle en appelle à une réflexion collective et matérialiste sur les « rapports de classes de sexe », colonne vertébrale de l’organisation sociale via la « division socio-sexuée du travail » et la « division sexuelle du travail de reproduction ». Cette « anatomie » a donc le mérite d’écarter la question du genre du seul chemin de la psychologie et de l’individu, pour la remettre au cœur d’un projet politique collectif qui questionne les rapports de force sociaux et économiques en vue de les transformer. 

La Revue du projet n°43, janvier 2015. 

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