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Le capitalisme a-t-il un avenir ?

La Découverte, 2014

Immanuel Wallerstein, Randall Collins, Michael Mann, Georgi Derluguian et Craig Calhoun

Par Yann Le Pollotec

Ce livre, par son titre même, pose une question devenue taboue dans le paysage intellectuel des grands média dominants. En effet, affirmer comme le fait Wallerstein que le capitalisme est un système historique, non-naturel et que comme tous les systèmes historiques, il est mortel, relève du blasphème dans le débat politique français contemporain.

Les cinq auteurs sont d’accord pour diagnostiquer que « le monde est entré dans une période historique sombre et orageuse » et que le « système monde » capitaliste, tel que nous le connaissons, est en passe d’atteindre ses limites historiques – qu’il n’est plus soutenable y compris pour lui-même. Ils se placent tous dans une perspective macro-historique de moyen et de long terme. Ils refusent tout déterminisme mécanique et tout prophétisme. Par contre, les uns et les autres répondent de manières différentes, voire opposées à la question de l’avenir du capitalisme. Ainsi Wallerstein ne voit pas d’avenir au capitalisme parce qu’il considère que les capitalistes ne sont plus aujourd’hui en mesure « d’accumuler sans fin du capital ». Pour lui, du chaos actuel, conséquence de l’épuisement du capitalisme, va naître un nouveau système-monde, fruit de l’affrontement du camp de « l’esprit de Porto Alegre » avec le camp de « l’esprit de Davos ».

Pour Collins la montée exponentielle du « chômage technologique » (robotique, automatisation…) de la classe moyenne entraînera l’effondrement du capitalisme à l’horizon 2030-2050.

Georgi Derlugian revient sur la faillite politique et intellectuelle de la nomenklatura et l’effondrement du système soviétique diagnostiqué dès les années 1970 par Wallerstein et Collins.

Mann conteste l’analyse de Wallerstein présentant le capitalisme comme un système-monde. Mann pense qu’on se dirige vers un « capitalisme stable, prospère mais à faible croissance » avec tout de même une minorité d’exclus rassemblant entre 10 et 20 % de la population (sic). Seul un conflit nucléaire ou une brusque accélération du changement climatique représenteraient une menace pour l’avenir du capitalisme.

Calhoun considère que le risque de crise systémique est fortement accru par l’externalisation sans frein des coûts sociaux, sanitaires et environnementaux des entreprises vers l’ensemble de la société. Cependant il ne croit pas à un effondrement du capitalisme, mais plutôt à un déclin et à une marginalisation progressive au profit de l’émergence d’autres formes d’organisation économique.

Même si nombre d’analyses de ce livre mériteraient d’être discutées, nuancées et approfondies, il n’en demeure pas moins que cet ouvrage collectif permet de repenser notre époque dans une perspective de temps long chère à Fernand Braudel. 

La Revue du projet n°43, janvier 2015. 

 

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