La revue du projet

La revue du projet
Accueil
 
 
 
 

Europe, Maria Zambrano

novembre-décembre 2014

Par Vincent Metzger

Ce mois-ci Europe nous invite en Espagne, ce qui implique contradiction et, s’agissant de Maria Zambrano, héroïne de ce numéro, usage de l’oxymore.

Tension entre le passé et le futur dès les premières pages dans le beau texte de la philosophe sur les ruines ; elles sont aussi bien le lieu de « l’absence, l’absence pure » et celui de « l’espérance libérée, soudain mise à découvert ». C’est aussi la tension vive à l’intérieur de cette Espagne  que Maria Zambrano a parcourue avec les Missions pédagogiques du gouvernement républicain, « protoplasme hispanique, marqué de mille empreintes, mais également bouillonnant de nouveaux germes ». Et les exemples sont multiples, conduisant à cette exigence « il faudrait un nouvel usage de la raison, plus complexe et plus délicat, qui porterait en lui sa critique constante ».

Peut-être comprend-on alors que parmi les figures féminines qui hantent son œuvre, Maria Zambrano fasse une place de choix à Antigone, et Laurence Breysse-Chanet consacre une belle étude à La Tombe d’Antigone, œuvre de longue gestation et proche de son auteur, écrite pendant les années d’exil : entre Paris (elle avait traversé la frontière en compagnie de Machado), La Havane, Rome et ce hameau du Jura, La Pièce, où elle a survécu jusqu’à la mort de sa sœur avant de revenir, après 1980 seulement, à Madrid. On ne s’étonnera pas de voir apparaître Walter Benjamin, à côté des écrivains espagnols, ou d’Amérique latine avec une place particulière accordée à José Lezama Lima. Mais on lira avec plus de surprise peut-être et de plaisir aussi, le rapprochement fait, grâce pour une part à Louis Massignon et  Henry Corbin, avec la mystique iranienne.

Vient ensuite un dossier rendant justice à la prose allègre et riche de Frederick Tristan. Et ceci pour  Dieu, L’Univers et Madame Berthe (comment résister à un titre de Tristan ?) : « D’histoires d’amour en rencontres historiques, d’apparitions incongrues en disparitions inexpliquées, de mariage heureux en revers de fortune, le narrateur perdu dans ce labyrinthe aussi prometteur que délirant explore l’immense continent des possibles soudain découvert devant une maison anodine ».

Puisqu’il n’est pas possible de nommer toutes les Chroniques qui ponctuent chaque numéro, arrêtons-nous cette fois sur l’événement que constitue la publication en français de L’Œuvre poétique de Giorgio Caproni. 

La Revue du projet, n°42, décembre 2014.

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.