La revue du projet

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Synthèse des débats, Françoise Chardin

Difficile de rendre compte de la richesse d’une trentaine d’interventions faites devant une assemblée de 200 personnes par des participants d’expériences professionnelles et militantes très diverses.

Faute d’en restituer ici l’intégralité, on s’est attaché à les retisser en dialogues, qu’un fil linéaire risquait de faire perdre.

 

Création, culture, savoirs : violentes attaques, forte exigence d’égalité

Plusieurs interventions ont mis en lumière la brutalité de la politique d’austérité encore aggravée dans les municipalités passées à droite : dans le Lot, 50 % d’écoles primaires ou maternelles vont fermer ; à Saint-Ouen, le budget de la culture baisse de 82 % ; à Paris I, 92 heures de Travaux dirigés en droit sont supprimées…

Conséquence principale de ces attaques, le creusement des écarts qui mettent à mal l’exigence d’égalité. La réforme des collectivités territoriales, la dénationalisation des missions accentuent les disparités entre zones urbaines et zones rurales, entre communes qui peuvent assurer des activités artistiques périscolaires de qualité, tandis qu’à Bagnolet l’action culturelle c’est un « goûter pédagogique ». Le désengagement de l’État, la fusion des régions, soumettent bien souvent les formations universitaires ou professionnelles aux intérêts étroits du patronat local, en des « formations Mac Do » maison.

Face à cela, de nombreuses luttes affirment le refus de voir s’opposer une école et une culture des riches à une école et une culture des pauvres et portent, avec l’exigence de l’égalité devant les savoirs et la culture, celle d’une démocratie des choix opérés. Dans l’articulation des missions confiées à l’État ou aux régions, la question n’est pas seulement celle du partage, mais celle de la souveraineté démocratique.

 

Création, culture, savoirs, sources d’émancipation

Plusieurs interventions ont tenté de donner à notre « culture émancipatrice » une définition faisant image et sens. Elle permet d’aller au-delà de ses horizons personnels, développant une pensée rationnelle et critique. Elle ne se contente pas d’intégrer à la société telle qu’elle est, mais permet de la transformer. Elle tire vers le haut la « flèche de notre pensée », au rebours de « l’horizon de caniveau » intellectuel et culturel qu’on veut parfois aujourd’hui imposer. Dans le domaine de l’art, elle fait apparaître ce qui n’existe pas encore.

Émerge alors un débat : arts et savoirs portent-ils en eux-mêmes une valeur émancipatrice ? Cette valeur n’est-elle pas ajoutée par leurs modes de transmission et de pratiques ? Si l’on veut dépasser le stade du simple accès à la culture et aux savoirs – sans oublier que cette conquête n’est pas encore partout atteinte – il faut être vigilant et exigeant quant à leur appropriation réelle.

Le temps accordé est capital : l’appropriation suppose la durée d’un processus complexe et l’espace de la réflexion. Un temps souvent confisqué par l’exigence du résultat immédiat assignée à la recherche, par les économies réalisées sur la durée des apprentissages. Un espace parasité parce que l’attention humaine devient elle-même un marché : elle est détournée vers ce qui se vend bien, vite et au moindre coût, loin d’un effort exigeant. C’est un enjeu économique qui détourne l’œuvre en produit et la réflexion en panier d’achat. La ministre de la Culture s’affiche en chef d’entreprise qui se vante de ne pas lire…

 

Une culture partagée, fondement pour nous de la laïcité

Comment articuler école et culture de chacun, école et culture pour tous ?

Cela a été dit fortement : le partage d’identités et d’histoires culturelles diverses est un marqueur du sens que nous donnons à la laïcité aujourd’hui – sans oublier les combats toujours actuels contre l’emprise des églises, qui ne sont pas des partenaires éducatifs. La laïcité n’est pas pour nous une valeur parmi d’autres qui peut servir à rejeter ceux qui ne la partageraient pas en excluant et faisant peur : elle est le fondement éthique d’une culture commune.

Qui dit culture commune doit penser lieux d’échange. Il a été rappelé que l’école n’a pas le monopole de la culture et que la question des rythmes scolaires a au moins le mérite de poser celle des lieux de rencontre et d’échanges, du rapport entre enseignements artistiques et pratiques artistiques.

 

Cultures, création, savoirs, éléments moteurs et fondateurs du projet communiste

De nombreux intervenants l’ont dit, la droite et l’extrême droite mènent un combat idéologique d’une ampleur sans précédent. Elles proposent une lecture du monde suscitant peurs et rejets, visant à reconstruire un ordre moral réactionnaire.

Quel récit émancipateur et porteur d’espoir pouvons-nous construire et leur opposer ? Culture, enseignement, recherche, création, ne sont pas de simples domaines de notre projet, mais en irriguent la lecture d’ensemble, comme on l’a vu dans ce débat à propos de la famille par exemple, et en sont un véritable moteur politique, ouvrant des luttes et des perspectives nouvelles. 

La Revue du projet, n°42, décembre 2014.

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