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L’État, le pouvoir, le socialisme, Nicos Poulantzas

Les prairies ordinaires, 2013
Nicos Poulantzas
Par Patrick Coulon
Les Prairies ordinaires ont pris l’excellente initiative de rééditer ce classique de la théorie politique dont la première édition remonte à 1978. Surtout dans une période historique qui voit les débats s’intensifier autour des crises simultanées de l’Union européenne, du néolibéralisme et du capitalisme en général.
Comme le fait très justement remarquer Razmig Keucheyan (auteur – entre autres d’Hemisphère gauche : une cartographie des nouvelles pensées critiques) dans la préface : ce livre n’a pas fini de révéler son potentiel critique. Il doit être lu par une nouvelle génération de militants et d’intellectuels radicaux. La crise du capitalisme que nous traversons, dont on fait en général remonter l’origine à la faillite de la banque Lehman Brothers en septembre 2008, n’est pas une crise purement financière. Il s’agit, comme dirait Gramsci, d’une « crise de l’État dans son ensemble », qui a contaminé l’ensemble des sphères sociales, et en particulier les institutions politiques. La force de la théorie marxiste de l’État, celle de Poulantzas en tête, est de nous aider à comprendre la façon dont les différentes dimensions de la crise interagissent les unes avec les autres. Elle nous permet aussi de concevoir des scénarios de sortie de crise… Au vu des dévastations sociales et écologiques que génère le capitalisme, il n’y a pas de tâche plus importante à l’heure actuelle que d’explorer cette voie à nouveaux frais.
Rappelons que ce texte fut produit par Poulantzas à la fin des années 1970 dans une conjoncture marquée par le coup d’État de Pinochet au Chili contre le président Allende élu par le suffrage universel, le renversement des dictatures d’Europe du Sud, le « compromis historique » prôné par le Parti communiste italien sous la houlette d’Enrico Berlinguer, ou encore les progrès de l’Union de la gauche en France.
Le lecteur sera particulièrement intéressé par l’intuition de Poulantzas concernant l’évolution, du développement de « l’étatisme autoritaire » et par son analyse affirmant que « toutes les actions de l’État ne se réduisent pas à la domination politique, mais n’en sont pas moins constitutivement marquées ». C’est d’ailleurs dans cet ouvrage qu’il développera sa fameuse définition de l’État « comme condensation matérielle d’un rapport de forces entre classes et fractions de classes, tel qu’il s’exprime, de façon spécifique toujours, au sein de l’État ».
Bref, une lecture stimulante à un moment ou le débat autour du rôle de l’État ou de son dépassement est dans bien des têtes.

La Revue du projet, n° 40, octobre 2014
 

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