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Féminismes islamiques, Zahra Ali

La fabrique
Par Lorène Barillot
Le titre peut en faire sursauter beaucoup, alors que l’association d’idées entre un islam fantasmé après des siècles de colonisation et d’orientalisme, et l’oppression de la femme, est souvent faite. Ce recueil d’articles et d’entretiens offre de nouvelles pistes pour poser des liens entre femme, féminisme et islam, en rupture avec l’ethnocentrisme, l’essentialisme et le conservatisme qui caractérisent la manière dont on aborde en général ces sujets, montre que, dans les pays où l’islam est la religion dominante, des croyantes luttent pour les droits des femmes, la justice et l’égalité, en retournant les textes sacrés contre le patriarcat, en posant des remises en question fondamentales à la fois dans le champ musulman et dans le champ féministe.
Le livre s’ouvre sur un verset du Coran, ce qui peut surprendre celles et ceux qui considèrent la religion en général, et particulièrement l’islam, comme contradictoire avec l’émancipation des femmes et selon lesquels la lutte pour l’égalité des sexes passerait par une mise à distance de tout religieux. Mais se plonger dans le féminisme islamique c’est se plonger, forcément, dans l’historiographie musulmane. Car ce féminisme, dont les différentes postures et les différentes définitions sont confrontées dans le livre de Zahra Ali, et dont la première figure serait une épouse du prophète, naît au sein ou en même temps qu’une réflexion développée par les réformistes musulmans : les femmes ont cherché à faire entendre leur voix en utilisant la religion comme un outil, avec un retour à une lecture des premiers textes. Le féminisme islamique passe d’abord par une appropriation du savoir religieux et l’on passe souvent, d’ailleurs, d’un discours féminin de défense de l’islam à un discours féministe à l’intérieur de l’islam.
Ce livre s’attaque à la définition du féminisme compris comme un concept occidental figé, car les femmes qui écrivent ont toutes en commun de défendre à la fois les droits des femmes et l’islam. Dans sa dernière partie, qui traite notamment de pratiques militantes en France, le féminisme classique, qualifié de bourgeois, est remis en question, car laissant de côté toute une catégorie de femmes, dont les musulmanes disent faire partie.
 

 

La Revue du projet, n° 39, septembre 2014
 

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