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PIB et criminalité : une occasion de relancer le débat

Faut-il intégrer les produits financiers d’activités criminelles dans le calcul du Produit intérieur brut (PIB) ? C’est la question qui s’est posée avant l’été aux instituts statistiques nationaux de l’Union européenne, à l’occasion de la mise en place d’un nouveau mode de calcul et d’une harmonisation au plan européen. L’idée sous-jacente à ces nouvelles recommandations d’Eurostat est que tout échange économique, pourvu que les parties soient consentantes, doit être considéré de la même façon quel que soit son contenu. L’achat et la vente de drogue, du point de vue économique, ne sont pas différents de l’achat et de la vente de pain. En ce qui concerne la France, l’Insee a décidé de ne pas inclure le produit économique des activités illicites dans le calcul du PIB en France, notamment sur la considération que pour la prostitution et le trafic de drogue, le consentement des parties était difficile à prouver. Cependant, l’institut se conformera aux recommandations en ce qui concerne les données envoyées à Eurostat, qui servent notamment à des comparaisons intereuropéennes.
Car l’enjeu, au-delà des questions morales, est loin d’être négligeable du point de vue économique. La raison principale en est que l’intégration de la nouvelle méthode de calcul pèsera de façon sensiblement différente d’un pays à l’autre (voir carte). Ainsi, pour la Suède ou la Finlande, le gain de PIB est de plus de 4 %, alors qu’il est de moins de 1 % pour la Pologne ou la Roumanie. Outre le fait que le PIB est l’indicateur principalement utilisé pour comparer la puissance économique des pays, gonfler ainsi artificiellement son PIB présente quelques avantages pour les pays européens, et notamment de gagner un peu de marge en matière de politique budgétaire, les calculs du déficit toléré par la Commission européenne se fondant sur cet indicateur. Par ailleurs, le nouveau mode de calcul peut avoir des conséquences très positives pour certains pays : l’Italie s’attend ainsi à une croissance qui passerait de 1,3 à 2,4 % !

Le débat que relancent ces nouvelles recommandations européennes est surtout celui de la pertinence du PIB, indicateur toujours plébiscité mais dont les limites sont de plus en plus évidentes. Mettre sur un pied d’égalité toutes les activités pourvu qu’elles produisent de la valeur financière, mais continuer à exclure les activités dites « improductives » comme le travail domestique ou le bénévolat pour construire l’indicateur sur lequel se fondera presque entièrement la politique d’un pays n’est évidemment pas sans conséquences. Les changements récents ont également prouvé que le PIB, comme la plupart des grandeurs économiques imposées dans le débat public, n’est pas une donnée magique calculée ex-nihilo, mais bien le produit de choix. Repenser en profondeur celles-ci et la place qu’on leur accorde sera une étape indispensable pour peser dans la direction d’un changement de politique économique, dans l’optique de véritables transformations, sous peine de reproduire des mascarades telles que la commission Stiglitz, dont on attend toujours les premières conséquences concrètes sur la vie économique française.

Évolution du PIB en incluant
la nouvelle méthodologie (estimations)

 

La Revue du projet, n° 39, septembre 2014
 

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