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Financer un projet progressiste, Denis Durand

Avec sa riche histoire politique et sociale, son poids dans l’économie mondiale et dans les échanges internationaux, sa prise de conscience précoce des enjeux écologiques, ses possibilités de coopération avec les voisins du Sud et de l’Est, l’Europe pourrait être à l’avant-garde dans la construction d’une nouvelle civilisation, où les ressources serviraient en priorité au développement des êtres humains et non à la rentabilité des capitaux, et où « le libre développement de chacun serait la condition du libre développement de tous ».
Ces potentialités se heurtent à la domination des marchés financiers. L’Union économique et monétaire, fondée sur une banque centrale indépendante de tout pouvoir démocratique et sur une austérité budgétaire obsessionnelle, est un échec total. Non seulement la zone euro est devenue durablement une zone de dépression dans l’économie mondiale mais, entre 2010 et 2012, c’est contre elle que s’est déchaînée la spéculation née, aux États-Unis, de la crise des subprimes !

Un Fonds de développement économique, social et écologique européen
Pour sauver l’existence même de l’euro, la BCE a été contrainte de mobiliser son pouvoir de création monétaire de façon tout à fait inusitée. L’annonce qu’elle pourrait procéder de façon illimitée à des rachats de titres publics a joué un rôle important pour calmer provisoirement les marchés, témoignant de la puissance que confère l’émission de la deuxième monnaie du monde. Mais tant que ce pouvoir servira à sauver la mise de la finance, il continuera de nous enfoncer dans la crise. Il faudrait au contraire l’utiliser pour libérer l’économie européenne de la dictature des marchés.
La BCE ne devrait pas se contenter d’annoncer son intention de racheter des titres publics ; elle devrait procéder massivement à de tels rachats pour réduire la dépendance des États européens envers leurs créanciers privés.
Mais c’est surtout pour financer la création de richesses futures qu’on a besoin de son soutien. C’est l’objet du Fonds de développement économique, social et écologique européen proposé par le programme L’humain d’abord ! du Front de gauche. Ce fonds serait strictement réservé à deux usages : financer le développement des services publics et participer au financement d’investissements, publics et privés, répondant à des critères bien définis en matière économique (création de valeur ajoutée dans les territoires), sociaux (emploi, formation, salaires) et écologiques (économies d’énergie et de matières premières). Ses ressources seraient apportées par des titres acquis, dès leur émission, par la BCE. Cette pratique est interdite par les traités européens actuels : il est donc urgent de rendre irrésistible l’exigence d’une refondation de la construction européenne. Dès aujourd’hui, on peut exiger qu’un Fonds européen de ce type soit financé par la Banque européenne d’Investissements qui, elle-même, peut se refinancer auprès de la BCE.
Changer la politique monétaire européenne viserait, en combinaison avec d’autres instruments (modulation des cotisations sociales patronales et de l’impôt sur les sociétés en fonction de la politique d’emploi et de formation des entreprises…), à désintoxiquer en profondeur la société des critères de gestion capitalistes. C’est en effet dans chaque entreprise et dans chaque service public que les citoyens doivent conquérir des pouvoirs d’intervention pour mobiliser les moyens financiers – crédit bancaire, profits des entreprises, et argent public comme outil d’incitation à une autre utilisation de l’argent privé – au service d’objectifs sociaux.

Des luttes se développent
Cela commence aujourd’hui. En France, des syndicalistes exigent le financement par les banques des investissements nécessaires au redémarrage de leur entreprise, et interpellent la Banque de France pour que ces crédits soient refinancés à 0 % par la BCE. Des élus locaux émettent des revendications analogues pour le financement de leurs équipements collectifs et de leurs services à la population. Ils se prononcent pour la constitution d’un pôle financier public, mettant en œuvre de tout autres ressources et de tout autres critères que ceux de la Banque publique d’investissements actuelle, en liaison avec des fonds régionaux et nationaux pour l’emploi et la formation.
Des voix convergentes s’élèvent en Europe, qu’il s’agisse des foules dénonçant la Troïka  dans les rues de Lisbonne ou de Madrid, de la Confédération européenne des syndicats, du DGB allemand, ou encore de Syriza.
Ainsi, non seulement les moyens de financer un projet progressiste en Europe existent mais aussi les forces pour en imposer la mise en œuvre.

Par Denis Durand, économiste,
membre du Conseil national du PCF.
La Revue du projet, n° 36, avril 2014
 

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