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Quelle droitisation du vote ? Yann Le Pollotec

Même si la droite perd depuis le début du siècle des positions électives, on observe une domination relativement constante du vote de droite et d’extrême droite.

Depuis le début du siècle, la droite a connu un recul important de ses positions électives. Elle a perdu la majorité des grandes villes des conseils généraux, des régions, du sénat et de l’assemblée nationale. La droite ne contrôle plus que 30% des villes de plus 100.000 habitants.  41% des conseils généraux de France métropolitaine ont un président de droite. En métropole, la droite ne dirige que l’Alsace. Mais, si l’on ajoute les voix du FN aux voix se portant sur l’UMP et les autres partis de droite, cette hémorragie de positions électives ne se double pas d’un effondrement électoral.
En effet, si l’on compare depuis 2001, toutes élections confondues, la courbe des votes de droite et d’extrême droite en % par rapport aux inscrits et la courbe des votes de l’ensemble de la gauche, on observe que la courbe du total des droites a tendance à dominer celle de la gauche. Les périodes de recul de l’abstention profitent plus au vote pour les droites qu’au vote pour les formations de gauche. Si on élargit la focale à l’ensemble des élections législatives et présidentielles depuis 1958, on constate le même phénomène.

Cette domination du vote de droite et d’extrême droite est donc relativement constante depuis le début de la Ve République, tout en étant régulée par des moments d’abstention de l’électorat de droite et d’extrême droite. Après l’installation du FN dans le paysage électoral, l’essentiel des pertes de position élective de la droite coïncide avec son incapacité à rassembler au deuxième tour l’ensemble des électorats de toutes les droites, des centristes à l’extrême droite. Depuis 1984, la part de l’extrême droite dans l’ensemble de l’électorat total des droites oscille entre 16 % et 35 % avec une exception lors des présidentielles de 2007 où cette part est réduite à 8 %.

Porosité de plus en plus forte entre les électorats de droite et d’extrême droite
Depuis juin 2012, les électeurs de l’UMP sont de plus en plus nombreux à souhaiter une alliance entre leur parti et le FN aux élections locales. Du point de vue des opinions on remarque une porosité de plus en plus forte entre les électorats de droite et d’extrême droite en particulier sur les questions de l’immigration, de l’insécurité, de la justice, de l’Islam, et de l’assistanat.
Mais quatre sujets importants clivent ces électorats : l’Europe, la mondialisation, le libéralisme économique et l’intervention de l’État. Ces clivages renvoient à un électorat FN plus populaire et plus ouvrier que celui de l’UMP. Ils révèlent aussi les contradictions de ces ouvriers qui votent FN ; qui disent n’appartenir à aucune classe sociale si ce n’est la classe moyenne et qui vivent dans l’angoisse du déclassement.
Lors des élections partielles, la droite, sans véritablement progresser en matière de vote, reconquiert des élus, souvent dans le cadre de duel de deuxième tour avec le FN. Elle profite à peu de frais de l’effondrement du PS au profit de l’abstention. Le FN est le seul parti à véritablement progresser lors de ces élections partielles.

La droite aborde les échéances municipales en déployant une stratégie à deux niveaux. Au niveau national elle appelle au vote sanction du gouvernement en mettant l’accent sur la fiscalité, ce qui correspond à l’état d’esprit de son électorat. Au niveau local elle dépolitise le débat, ses candidats déployant une stratégie de service clientéliste.
Le FN appelle lui aussi à la sanction mais en élargissant son champ à l’UMP-PS, à l’Europe et au système (sic). Cette posture entre, elle aussi, en résonance avec l’attente de son électorat. Le FN est sur une ligne de politisation nationale des élections municipales. Ses axes programmatiques mélangent le fonds de commerce xénophobe traditionnel du FN modernisé aux couleurs d’une « laïcité musulmanophobe » (sic), des thèmes classiques de droite sur la fiscalité et l’assistanat et des couper-coller de certaines mesures économiques et sociales du Front de Gauche. L’objectif du FN étant d’assurer son hégémonie sur l’électorat le plus populaire de la droite.
Certes, il n’existe pas de mouvement général vers une droitisation de l’ensemble du corps électoral français, mais on peut cependant constater une droitisation des milieux populaires ayant perdu leurs repères de classe et une droitisation des électorats de droite, au profit du FN. 

*Yann Le Pollotec est responsable adjoint du secteur Élections du Conseil national du PCF.
La Revue du projet, n° 35, mars 2014
 

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