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Rapprochements à droite, de fâcheux précédents, Igor Martinache*

Révélateurs du programme idéologique profond de la droite, ces rapprochements sont le fruit d’un opportunisme électoral qui doit être resitué dans les règles de fonctionnement du champ politique. Ils ne sont pas le signe d’une dérive à droite de l’ensemble de la société française.

Face aux déboires de leur parti, et sans doute surtout dans l’espoir de profiter de l’image « anti-système » que le Front national cultive en dépit de toutes les évidences, de nombreux responsables de l’UMP ont entrepris des rapprochements avec la formation d’extrême droite, pouvant aller jusqu’à la conclusion d’alliances électorales. Et les menaces d’exclusion prises à leur égard ne suffisent pas à couper court à la tentation, surtout quand les dirigeants du parti dit « gaulliste » ne sont pas les derniers à y succomber. Il ne s’agit surtout pas de banaliser la chose, mais celle-ci ne doit pas masquer des enjeux politiques plus profonds, notamment sur le plan économique et social.

Des rapprochements
en 1983, 1986, 1988...

Il importe ainsi de se souvenir de la fusion de la liste RPR-UDF – ancêtres des actuels UMP et MODEM – avec celle du Front national au deuxième tour des élections municipales à Dreux en 1983 afin d’éviter une triangulaire avec l’approbation des appareils partisans et un Jacques Chirac déclarant alors qu’il n’aurait « pas du tout été gêné de voter pour la liste RPR-FN au second tour. Cela n’a aucune espèce d’importance d’avoir quatre pèlerins du FN à Dreux comparé aux quatre ministres communistes au conseil des ministres ». L’Union de la gauche sert alors en effet de justification aux caciques de la droite de gouvernement, qui n’hésitent pas à former de nouveaux accords électoraux lors des élections régionales de 1986 afin de constituer des majorités dans certains conseils, ou encore en appelant au report des voix lors des élections de 1988. Cette même année, comme il l’a avoué récemment dans ses mémoires, Jacques Chirac rencontre secrètement Jean-Marie Le Pen entre les deux tours de l’élection présidentielle, mais aucun accord n’en ressort finalement. Et lors des élections municipales de mars 1989, le RPR accueille des membres du FN sur ses listes dans au moins 28 villes de plus 9 000 habitants. Plus structurellement, les partis de droite et du centre n’ont jamais rechigné à accueillir dans leurs rangs d’anciens notables du FN, comme Yann Piat hier ou Guillaume Peltier aujourd’hui – les passerelles marchant d’ailleurs dans les deux sens…

La stigmatisation
des immigrés

À ces rapprochements électoraux et personnels, il faut ajouter le plan idéologique et programmatique. Il n’a pas fallu attendre les « dérapages » très contrôlés de Jean-François Copé, François Fillon ou Christian Estrosi, entre bien d’autres, pour voir le principal parti de droite puiser dans le vieux fonds de commerce du Front national, à savoir la stigmatisation des immigrés et étrangers ou la promotion d’une intransigeance sécuritaire à l’égard des classes populaires – mais surtout pas des délinquants en col blanc. On se contentera de rappeler le discours prononcé par Jacques Chirac à Orléans le 19 juin 1991 où celui-ci explique que : « notre problème, ce n’est pas les étrangers, c’est qu’il y a overdose. C’est peut-être vrai qu’il n’y a pas plus d’étrangers qu’avant la guerre, mais ce n’est pas les mêmes et ça fait une différence [...] Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d’or où je me promenais avec Alain Juppé il y a trois ou quatre jours, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! [applaudissements] si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur [rires], eh bien le travailleur français sur le palier devient fou ». Difficile d’imaginer que le même apparaît aujourd’hui comme un repère des républicains et modérés de l’UMP. 

*Igor Martinache est politiste. Il est professeur agrégé de sciences économiques et sociales.

La Revue du projet, n° 35, mars 2014
 

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