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Un instituteur communiste en Algérie. L’engagement et le combat (1936-1965), Alexis Sempé

La Louve Éditions, 2013

Par Stève Bessac
Alors que la position du PCF par rapport à la guerre d’Algérie a fait l’objet de nombreuses études, l’histoire du Parti communiste algérien (PCA) est, elle, peu connue. Cet ouvrage qui présente des documents se rapportant à Gaston Revel permet de commencer à combler ce vide. Alexis Sempé propose d’explorer la vie du PCA à Bougie à partir de la correspondance, des carnets et de photographies prises par G. Revel. En dépit de lacunes et de tris, ces sources, riches, permettent d’appréhender la vie politique dans l’Algérie coloniale de 1940 à 1965.
Né à 20 km de Carcassonne en 1915, Gaston Revel devient un républicain convaincu, laïque, qui se destine à l’enseignement. En septembre 1936, il intègre l’École normale de Bouzaréah, dans la banlieue d’Alger. Le premier contact de ce jeune homme avec l’Algérie n’est pas exempt de condescendance, convaincu de la « mission civilisatrice » de la France. C’est d’abord d’Afrique du Nord que Gaston Revel suit avec attention l’expérience du Front Populaire, qu’il soutient, ainsi que la guerre civile espagnole. Complétant sa formation politique par des lectures de Marx et de Lénine, il se rapproche du PCF vers 1937-1938 alors qu’il fait son service militaire à Paris. Pacifiste convaincu, il se trouve sous les drapeaux au moment de la déclaration de guerre en 1939. Après l’armistice, il retourne en Algérie, nommé enseignant à Aïn-Tabia. La période de la guerre est moins développée, « faute de sources » précise Alexis Sempé. Gaston Revel, dont la correspondance montre un certain antisémitisme et une incompréhension de ce qu’est réellement le nazisme qu’il perçoit comme un simple nationalisme, adhère un temps aux idées de la Révolution nationale très présentes parmi les colons d’Algérie. En septembre 1941, il participe à l’École des cadres, organisation pétainiste. Toutefois, cette proximité avec les idées de Vichy ne dure pas puisqu’en décembre 1942, il est incorporé à l’Armée d’Afrique où il côtoie des soldats « indigènes » et participe à la campagne de Libération. Après guerre, il redevient instituteur à Aïn-Tabia, puis à Bougie, et adhère au PCA et à la CGT. D’après Alexis Sempé, cette double affiliation s’explique car Revel « ne conçoit pas la lutte politique sans la lutte syndicale ». Revel affermit encore sa culture politique par des lectures et voyages comme à l’été 1947 lorsqu’il se rend en Europe de l’Est. L’engagement de Revel est multiforme : délégué de la CGT avec laquelle il soutient la grève des mineurs de Timezrit en 1948 et 1953, correspondant local d’Alger républicain, mais aussi élu municipal à partir de 1953. Revel se présente dans le deuxième collège, celui « réservé » aux « Français musulmans », et le PCA fait campagne à côté de l’Union démocratique du manifeste algérien de Ferhat Abbas. Alexis Sempé souligne toutes les difficultés rencontrées par les membres du PCA qui voient la répression s’abattre sur eux, avec la « drôle de justice » (S. Thénault) puis avec l’interdiction du Parti en septembre 1955. Le mois suivant, Gaston Revel est expulsé du Constantinois. Il rentre enseigner dans sa commune natale dans l’Aude. À l’indépendance de l’Algérie, il retrouve son poste à Bougie et y demeure jusqu’au coup d’État de Boumédiène en 1965.
Si les historiens de l’enseignement regretteront que la vie professionnelle de Revel passe au second plan, cet ouvrage permet d’appréhender l’engagement d’un Français au sein du PCA. En attendant un tel ouvrage sur des militants algériens du PCA…

La Revue du projet, N° 33, janvier 2014

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