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Le camp des oliviers. Parcours d’un communiste algérien, William Sportisse

Presse Universitaire de Rennes, 2012

Entretiens avec Pierre-Jean
Le Foll-Luciani  
Par Augustin Paillière
Depuis la période coloniale jusqu’à l’aube de la « décennie noire » de la guerre civile, ce témoignage sur le « parcours d’un communiste algérien » est passionnant pour nous, communistes français, à plus d’un titre.
Son plus grand mérite est de faire sortir de l’ombre l’histoire des communistes algériens. Dans une société que la colonisation avait construite sur des bases racistes, plusieurs générations de juifs, d’Européens et de musulmans se sont battu ensemble contre le fascisme, le colonialisme et le capitalisme, presque toujours dans la clandestinité. À l’heure où, même en France, la lecture raciale des crises sociales et économiques regagne du terrain, l’histoire de l’engagement de ces militants, et on pense évidemment aussi à Henri Alleg, constitue un héritage précieux pour les communistes du siècle présent.
William Sportisse, lui, a suivi l’exemple de son grand frère Lucien, communiste également, résistant et assassiné à Lyon par la Gestapo. Témoignage dans le témoignage, un long chapitre est dédié à la lutte contre le nazisme, histoire que partage les communistes des deux côtés de la Méditerranée. Dans les années qui suivent la victoire contre l’Allemagne nazie, en jouant à fond la carte « ethnique », les colonialistes, mais également certains nationalistes algériens, ont enfermé la lutte des algériens pour leur indépendance dans une guerre des « musulmans » contre les « Européens ». Pour les communistes, l’émancipation des Algériens, sans distinction de race ni de religion, passaient d’abord par la lutte contre le colonialisme. Mais ils avaient l’ambition de défendre les intérêts des travailleurs et des paysans contre les capitalistes sans distinction de race ni de religion non plus. William Sportisse analyse, sans complaisance, la contribution des communistes à la guerre d’indépendance et explique la difficulté à maintenir l’union des Algériens sans mettre de côté leurs positions en tant que communistes. Cela aussi pourrait évoquer des choses aux communistes français du XXIe siècle.

À l’indépendance, le PCA a payé cher cette position. D’abord toléré, il est formellement interdit dès 1964 et ses militants sont réprimés, y compris physiquement. Malgré la prison, malgré la torture (infligée à des Algériens par des Algériens) et malgré vingt ans passés en résidence surveillée, William Sportisse continue d’analyser les orientations contradictoires prises par le FLN en fonction des progrès réels ou des reculs qu’elles ont représentés pour la grande majorité des ouvriers et des paysans algériens. Cela force le respect.

La Revue du projet, N° 33, janvier 2014
 

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