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Le combat environnemental et celui pour la justice sociale se mènent dans un même mouvement

Secrétaire de la fédération communiste de Seine-Saint-Denis, Hervé Bramy est le responsable national du PCF chargé de l'écologie. Transition écologique, contribution énergie-climat, conférence environnementale, eau, il aborde les grands débats en cours et insiste sur la place donnée aux préoccupations environnementales dans le projet communiste du XXIe siècle.

Philippe Martin, le nouveau ministre de l'écologie a annoncé pendant l'été la création d'une contribution énergie-climat. Qu'en pensez-vous ?
Sur la forme, nous sommes assez étonnés que cette annonce qui concerne tous les Français ait été faite aux Journées d'été d'EELV (Europe écologie les Verts). Sur le fond, nous y sommes d'autant plus opposés qu'elle ressemble furieusement à la taxe carbone de Nicolas Sarkozy que nous avions combattue avec le PS. Pour l'heure, nous n'en connaissons pas le périmètre exact mais elle ne devrait pas manquer de peser sur les consommateurs-captifs. Ce qui est injuste et risque une nouvelle fois de renforcer les inégalités. Je pense par exemple à ceux qui se chauffent au fioul. Ils vont devoir s'acquitter d'une nouvelle taxe sans pour autant être accompagnés vers une rénovation thermique de leur logement.

Cela vaut-il opposition au principe même de fiscalité écologique ?
Non, la fiscalité écologique peut être un moyen d'agir sur les comportements. Pour cela, il ne faut pas ajouter de taxes aux taxes et elle ne doit pas être punitive. Elle doit, au contraire, être incitative en prenant en compte les enjeux du réchauffement climatique pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, par exemple. On nous présente la chose avec l’intention d'envoyer un signal-prix énergétique, comme si les consommateurs n'avaient pas conscience de son prix ! Sans consommer plus, leur facture ne cesse pas d’augmenter. Je me félicite d'ailleurs que la loi Brottes ait été censurée sur l'idée d'une tarification incluant un bonus-malus, contraire au principe constitutionnel d'égalité devant les charges publiques. Nous défendons une fiscalité incitative qui permette notamment les investissements individuels et collectifs pour économiser l’énergie tout en maintenant un bon niveau de confort de vie. Cela suppose une remise à plat globale de la fiscalité affectée à l’environnement en intégrant aussi toutes les taxes.
Prenons un exemple, chaque consommateur d’électricité paye sur sa facture la contribution au service public de l'énergie (CSPE). Elle augmente régulièrement même si le prix de l’énergie de bouge pas. Instituée, dans un premier temps pour lutter contre la précarité énergétique, elle est aujourd’hui détournée pour financer les obligations de service public en faveur du renouvelable. En effet, EDF est contrainte d’acheter l’électricité produite par le photovoltaïque à un prix très élevé pour soutenir le développement de la filière. Est-ce normal ? Nous ne le pensons pas. Cet aspect et bien d’autres doivent donc être pris en compte afin de bâtir une autre fiscalité, plus juste.

Vous affirmez que la transition écologique est incompatible avec l'austérité, mais ne se rejoignent-elles pas dans la notion de sobriété ?
Absolument pas. Entendons-nous sur le terme. Pour nous, la sobriété c’est moins de consommation pour des usages identiques. Si l'on veut engager la transition nécessaire sans fermer la porte au progrès, en assurant un développement humain durable et en préservant les écosystèmes, la biosphère, il faudra mobiliser des milliards et des milliards d'euros. C'est nécessaire pour la recherche, pour le développement de filières industrielles et professionnelles nouvelles notamment dans les transports et l'habitat. Un plan ambitieux de rénovation thermique des logements est par exemple indispensable mais il suppose d'importants moyens financiers pour être réalisé. C’est pourquoi nous soutenons également la démarche de planification écologique. La planification écologique est une méthode de travail démocratique à l’échelle du pays qui doit permettre de faire des choix, des priorités et de définir les moyens pour atteindre les objectifs fixés pour la société. C’est dans cette perspective que nous militons pour une appropriation publique et sociale des biens communs de l’humanité : eau, énergie, air, terre…

Le maintien du budget de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) en 2014 vous semble-t-il donc insuffisant ?
Cette agence joue un rôle important mais ne nous y trompons pas, l'annonce sur son budget vise à masquer le recul global de 7 % du budget du ministère qui avait donné lieu aux protestations de Delphine Batho et finalement à son limogeage. Il est nécessaire de se situer à une autre échelle d'engagement public pour créer une dynamique forte et des passages à l'acte. Se donner des objectifs ne suffit pas. Quand j'apprends que le pouvoir d'achat des plus fortunés a grimpé de 25 % en un an, qu'on ne me dise pas que l'argent manque. Pour les communistes, le combat contre les inégalités environnementales et celui pour la justice sociale se mènent dans un même mouvement. Le gouvernement est englué dans des critères d'austérité qui l'empêche d'agir. La rigueur budgétaire est au rendez-vous, pas la volonté politique.

Le PCF s'oppose à la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim annoncée avant la fin du mandat de François Hollande. Pourquoi ?
Nous avons regretté qu'avant même l'ouverture du débat public sur la transition énergétique, le président de la République annonce la fermeture de Fessenheim. Nous considérons qu'il s'agit d'une décision politique aucunement justifiée d'un point de vue technique. L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) ne l'a pas recommandé à la suite de l'évaluation complémentaire des installations françaises après Fukushima. Il s'agit d'un gage donné aux antinucléaires qui n'a aucun sens. Le PS semble très embarrassé par la question et avance la formule ambiguë des « 50 % de part du nucléaire en 2025 » sans dire si, pour y arriver, on va réduire la production nucléaire ou augmenter celle des autres énergies. Dans le cadre de la lutte pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre, nous estimons que le nucléaire est incontournable au sein d'un mixte énergétique pour répondre aux besoins des populations. La décision de suspendre le projet d'EPR à Penly est en contradiction avec cette ambition.

De quelle manière avez-vous pris part aux débats soulevés par la conférence environnementale des 20 et 21 septembre ?
Son thème majeur, l'eau, est un sujet sur lequel nous avons beaucoup travaillé. Nous venons d’ éditer une plaquette :  L'eau, un besoin, un droit, un combat qui est la contribution du PCF au débat citoyen. Nous y réaffirmons deux convictions : le mode de financement de l’eau en France qui repose sur le principe « l'eau paye l'eau », – c’est-à-dire essentiellement par le seul usager domestique –, est dépassé et deuxièmement, nous nous prononçons pour une gestion publique de l'eau du local au national. L’eau est une compétence communale et elle doit le rester. Toutefois, aujourd’hui, pour satisfaire à toutes les obligations normatives européennes et à la juste ambition du bon état écologique de la ressource, il n’est pas normal que cela soit supporté par les seules factures des usagers domestiques. La nécessité d’un financement adapté aux réalités actuelles s’impose pour payer, au-delà de la consommation individuelle, la qualité du milieu aquatique ou la gestion des eaux pluviales qui sont, de notre point de vue, du ressort de la Nation. Dans ces domaines la solidarité nationale et européenne doit donc s’exprimer. C’est pour cela, entre autres, qu’il faut créer un service public national de l'eau « décentralisé » pour accompagner les collectivités locales et les citoyens dans la conquête publique de la gestion de l’eau.
Il a également été question, lors de la conférence environnementale, de « l'économie circulaire ». Nous y sommes très favorables. L'idée que l'on peut transformer un déchet en un produit implique un changement de cap très important en matière de développement économique et industriel. C'est un chantier énorme qui, pour être mené à bien, doit être impulsé sur le plan local en constituant des ensembles d'entreprises dans lesquels les déchets des unes seraient incorporés à la production des autres. C’est une contribution exemplaire aux enjeux de la relocalisation des activités économiques et industrielles.

La mobilisation internationale contre le changement climatique peine à obtenir des résultats. Comment changer la donne ?
La prochaine conférence sur le climat aura lieu à Varsovie en novembre. La France a, quant à elle, postulé pour l'organisation de la conférence des chefs d’État en 2015, au Bourget. Cela confère une responsabilité particulière au peuple français pour que cette conférence soit enfin celle des décisions concrètes et efficaces. L’objectif, c’est de déboucher sur un accord international juridiquement contraignant de réduction massive des émissions de gaz à effet de serre. Les communistes vont prendre toute leur place dans ce combat afin d’amplifier la mobilisation mondiale sur le sujet et sur notre continent, avec le Parti de la gauche européenne notamment. Nous voulons faire en sorte que les partis et les citoyens aussi se mêlent des débats pour contraindre les États à passer aux actes.

Quelle place les communistes accordent-ils aujourd'hui dans leur projet aux préoccupations écologiques qu'ils ont longtemps été accusés de négliger ?
C'est une perception personnelle, je pense que nous avons bien sûr été des productivistes – dans le sens de la promotion d’un système productif industriel — mais dans la même période les élus communistes, dans leurs actes de gestion, ont toujours réalisé d'importantes innovations dans le domaine de l'environnement. Je pense par exemple au parc départemental Georges-Valbon à La Courneuve, créé il y a 40 ans en milieu urbain dans un département dirigé par les communistes. Classé Natura 2000, il permet le développement d’une biodiversité de grande richesse, étudiée par les chercheurs du Muséum national d'histoire naturelle. De plus, cela a dynamisé la réalisation d’espaces verts dans toutes les communes si bien qu’aujourd'hui en Seine-Saint-Denis le nombre de m2/habitant est supérieur aux normes européennes.
Pour autant, je crois que nous avons trop longtemps délégué à des associations proches le combat environnemental, ce qui a été préjudiciable à l'investissement des militants communistes sur cet enjeu déterminant. Si on lit attentivement le texte de notre 36e congrès, on peut constater que la préoccupation écologique est devenue une dimension structurante à part entière du projet communiste. Pierre Laurent, dans le prolongement de ce qu'avait engagé Marie-George Buffet, a décidé de faire de l'écologie aussi un champ de lutte prioritaire des militants communistes. Dans le discours qu'il a tenu à Lille pendant la préparation de notre dernier congrès, il fait la démonstration des nouveaux rapports que nous souhaitons voir s'établir entre industrie et environnement. Les désaccords existants au sein du Front de gauche en matière d'écologie n'ont à mon sens pas inhibé les communistes. Ils ont stimulé leur réflexion, l'organisation d'une centaine de débats en témoigne. Notre engagement pour l'environnement se confond avec notre lutte pour la transformation sociale.

Qu'est-ce à dire ?
Il n'y a pas de crise écologique. Il y a une crise du capitalisme qui produit ses effets sur l'environnement. La recherche permanente de profits entre en contradiction avec les temps longs des écosystèmes. Toutes les tentatives de repeindre en vert les processus d'exploitation des ressources naturelles et des Hommes sont vouées à l'échec. C'est en dépassant les contradictions du système capitaliste que l'Humanité pourra se frayer un chemin vers un avenir non-destructeur pour la planète et donc pour elle-même. 

 

Entretien réalisé par Léo Purguette
 

La Revue du projet, n°30-31, octobre-novembre 2013

 

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