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Le combat contre les expulsions locatives, un exemple à venissieux

Depuis 1990, la ville de Vénissieux prend chaque année des arrêtés interdisant sur sa commune les expulsions locatives, les coupures d’eau et d’énergie et les saisies mobilières. Devant le tribunal administratif, la maire assure elle-même une partie de la défense en développant des axes différents chaque année en fonction de l’actualité et de la situation des habitants. Cet acte n’a rien d’une formalité : c’est un acte de résistance, une bataille pour la dignité humaine. Aujourd’hui, 8,6 millions de personnes vivent au-dessous du seuil de pauvreté et, parmi eux, 50 % disposent de moins de 780 euros par mois. De plus en plus de personnes sont privées des droits les plus fondamentaux et vitaux : se loger, se nourrir, se chauffer et se soigner. Alors que la France traverse une crise du logement qui touche un Français sur six, on continue d’expulser des familles en grande précarité.

Vénissieux, ville populaire qui compte plus de 50 % de logements sociaux, est particulièrement touchée. Selon une étude de 2012, 32 % de la population vivait en 2009, au-dessous du seuil de pauvreté. L’an dernier, 12 000 personnes ont sollicité les services sociaux de la ville, toutes demandes confondues, soit 20 % de plus par rapport à l’année précédente. Nous sommes, comme de nombreuses villes, confrontés à la paupérisation de la société. Nous côtoyons au quotidien la détresse humaine, celle qui conduit des Vénissians dans un véritable cercle vicieux de la précarité, un désespoir qui peut mener à l’irréparable. Le 25 avril 2013, alors que le tribunal venait de casser ses arrêtés, une Vénissiane septuagénaire, lors de son expulsion s’est pendue dans son appartement. Une situation insupportable qui ne cesse d’interpeller les pouvoirs publics, de dénoncer des pratiques indignes et inhumaines qui ne règlent rien, et qui ne font que rajouter de la misère à la misère.

Prendre des arrêtés contre les expulsions locatives, c’est donc un acte responsable des maires qui n’acceptent pas que leurs administrés, sous pression, puissent mettre leur vie ou celle de leurs voisins en danger. La pauvreté, l’exclusion ne sont pas une fatalité. L’État doit répondre à l’urgence sociale. Il doit assurer toutes ses missions régaliennes, la sûreté de l’emploi, du logement, l’accès aux soins, et à l’éducation ; des droits inscrits dans notre Constitution. Alors que nous traversons une grave crise du logement, l’État ne cesse de se désengager du logement social : baisse de l’aide à la pierre et des APL, racket sur le 1 % logement réduit aujourd’hui à 0,45 %. La loi SRU modifiée a fait passer l’obligation de construction de logements sociaux de 20 à 25 %, sans toutefois prévoir de sanctions pour le tiers des maires qui ne respectent pas leurs obligations. Aujourd’hui, la loi de Droit au logement opposable (DALO) n’est toujours pas appliquée : 20 000 ménages reconnus prioritaires n’ont toujours pas reçu de propositions de logement. Pire, certains ont mêmes été expulsés !

Seule la création d’un véritable pôle public du logement permettra de répondre à cet enjeu de société, de garantir à chacun le droit à un toit.

 

La Revue du projet, n°29, septembre 2013
 

 

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