La revue du projet

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Prendre ses responsabilités, Frédéric Cherasco*

Alors, que la nationalisation a permis la relance d’entreprises, même aux Etats-Unis, pourquoi ne serait-elle pas une solution ?

C’ est la fin de la raffinerie de Petit Couronne ! Aucune offre n’a été jugée satisfaisante par le tribunal de commerce. Et on fait quoi maintenant ? On s’assoit et on regarde la destruction de l’emploi, d’une ville, de notre économie ? Où va-t-on aller chercher notre gasoil ? On va construire des bacs sur nos ports pour recevoir les produits dont nous avons besoin, que nous savions produire mais dont nous avons laissé détruire l’outil de fabrication ?

Le combat syndical
Dès l’annonce de la cessation de paiement et durant plus de 18 mois, l’intersyndicale de Petroplus s’est fortement engagée pour sauver le site de Petit-Couronne. Afin de construire le rapport de forces, et dans un moment difficile, ils ont de haute lutte réussi à bloquer les stocks de carburant. Cela a permis de signer un accord commercial avec Shell, précédente société mère, afin de relancer l’activité de raffinage jusqu’à fin 2012. Ainsi les salariés ont maintenu en sécurité et de façon autonome l’activité d’un site « Seveso seuil haut » durant un an. Leur lutte a également entraîné l’adoption par le parlement d’une « loi Petroplus » destinée à empêcher le détournement d’actifs de l’entreprise défaillante. Enfin, ce travail syndical a permis de démarcher de nombreux candidats à la reprise de la raffinerie et de préparer les dossiers afin de les présenter au tribunal de commerce. Le combat syndical a été mené et de la meilleure des manières.

Nationaliser les activités clés pour notre économie
Maintenant c’est un combat politique qui doit être mené. Nos élus peuvent et doivent agir. Nous ne voulons pas de combat de petites phrases dont se nourrissent les média. Ceux-ci les auront digérées à peine ingurgitées. Nous ne voulons pas non plus de la politique de l’autruche. Nous ne pouvons pas en même temps ne plus vouloir d’usine devant chez nous et déplorer la hausse du chômage.
Ce dont nous avons besoin, ce sont des élus qui travaillent à faire converger les luttes, afin d’empêcher le retour du thatchérisme trente ans après. Florange LyondellBasell, Kem one, Petit-Couronne : la liste est longue. Après les promesses il faut des actions. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités. Les solutions existent : nationaliser les activités clés pour notre économie, contraindre ceux qui veulent vendre des produits à avoir une activité de production locale…
Sur ce dernier point, des expériences ont été menées avec succès dans d’autres pays : le Brésil a contraint Apple à construire une usine dans son pays s’il souhaitait y vendre ses produits. Le gouvernement chinois a indiqué l’an passé qu’il retirait son soutien à l’investissement étranger dans l’industrie automobile afin de réserver les nouveaux projets aux marques locales. De plus, les importations mais aussi les productions locales des entreprises non-chinoises sont contrôlées et régulées.
Quant à l’Amérique du Sud, elle cumule les exemples de nationalisations réussies. L’Argentine avec un des distributeurs de carburant, une compagnie aérienne et un fonds de pension. Le Venezuela avec le pétrole afin de financer leurs programmes sociaux contre l’illettrisme ou la malnutrition. La Bolivie avec la production de pétrole et de gaz. (Voir la contribution d’Obey Ament, dans ce numéro ndlr).

Nationalisation de General Motors et de AIG aux États-Unis
Même les États-Unis ont nationalisé General Motors en 2009. Cette histoire pourrait être celle de tant d’autres entreprises. Les actionnaires ont fait la preuve de leur incompétence dans la gestion de l’entreprise : surendettement en raison du désinvestissement au profit de retours sur capitaux tout à fait délirants. Un tribunal a alors exproprié les actionnaires et les créanciers. L’entreprise au bord du gouffre a dû supprimer un tiers des effectifs et supprimer quatre de ses marques. Passé cette période difficile de sauvetage, la nationalisation s’est avérée une réussite. Deux ans après, l’entreprise a recommencé à embaucher. Depuis, elle est redevenue première entreprise de production automobile au monde.
Un autre grand symbole de la nationalisation américaine, celle de l’assureur AIG. L’entreprise mal gérée en était arrivée à perdre 49 milliards d’euros en un trimestre. Jugée société trop grosse pour faire faillite, elle est nationalisée. Quatre ans après la nationalisation, qui nécessita l’apport de 182 milliards de dollars, l’entreprise est redevenue bénéficiaire et l’État a récupéré plus qu’il n’a injecté.
Plus localement le département de l’Eure a « départementalisé » sa papeterie d’Alizay. Après le licenciement de
plusieurs centaines de salariés et la fermeture programmée du site, la « départementalisation » et le soutien du département ont permis de redémarrer le site et de réembaucher une grande part des salariés. Ce que l’État n’a pas voulu faire avec Florange, un conseil général l’a réalisé.
La démonstration de réussites d’expériences de nationalisations a été faite y compris dans des États considérés comme chantres du capitalisme.
Alors, un peu de courage, et à défaut d’innover, copiez les recettes qui marchent ! 

*Frédéric Cherasco est syndicaliste. Il est délégué central Shell.

La Revue du projet, n° 27, mai 2013
 

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