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Quelle politique industrielle dans les Pays-de-la-Loire ? Aymeric Seassau*

Le mot nationalisation revient sous forme de question, au passé ou au présent, et le plus souvent à l’échelle d’une entreprise ou d’un site : faut-il… fallait-il nationaliser ?

Avec la violence de la crise, la faiblesse voire l’absence des solutions proposées a fait revenir le mot « nationalisation » dans le vocabulaire des luttes, des articles de presse, et même parfois dans les rapports ministériels.
En Loire-Atlantique, au cœur de la troisième région industrielle de France, nos fleurons industriels sont menacés. À Arcelor Basse-Indre, c’est l’affaiblissement du site par le transfert de ses activités principales qui a été préféré à la « solution nationale » pour Florange, pourtant préconisée par le rapport Faure remis à Arnaud Montebourg.
La navale, elle, vit au chantier STX de Saint-Nazaire au rythme des errements du marché des paquebots de luxe et des choix financiers de l’actionnaire coréen, au rythme donc, du chômage partiel et de l’affaiblissement du nombre d’emplois et des savoir-faire.
La solution résiderait-elle dans la nationalisation des sites ? Répondre ne peut s’extraire de deux problématiques majeures : l’ampleur de la crise financière et l’absence de politique nationale industrielle cohérente et efficiente.

La crise de l’industrie est aussi une crise du financement
L’exemple de l’entreprise STX est criant : il concerne les 2 200 salariés du chantier et plus du double de salariés chez les sous-traitants. En janvier 2010, Sarkozy annonçait triomphalement une « bonne nouvelle imminente ». Il aura fallu attendre juillet 2010 pour le voir arriver à Saint-Nazaire signer en grande pompe une commande avec l’armateur MSC, partenaire historique du chantier nazairien. Six mois, dans les cycles longs de la navale, ce sont des dizaines de milliers d’heures de chômage partiel… Et la direction de STX s’est attachée dans la période à supprimer près de 300 emplois. En réalité, la compagnie italo-suisse MSC, aux reins pourtant solides, ne parvenait pas à boucler son tour de table financier sur quelque 5 % d’une commande s’élevant à pas moins de 500 millions d’euros.
En 2011, avec le conseil régional des Pays de la Loire, nous sommes venus en aide au Chantier Baudet, un agenceur historique de la navale bénéficiant d’un savoir-faire reconnu. Il aura fallu une opération immobilière de rachat des murs de l’entreprise par la collectivité locale et lorsque nous avons voulu mobiliser un « prêt régional de redéveloppement industriel » (P2RI, mesure défensive destinée aux entreprises en difficulté), nous n’avons trouvé aucun partenaire bancaire alors que le crédit était garanti à 70 %.
En 2012, deux contrats signés aux chantiers de Saint-Nazaire par l’armateur Viking Cruise ont été « cassés » par défaut de financement en France ; ils seront construits en Italie, dans les chantiers Ficantieri… nationalisés à 100 %.
Autant d’exemples pour un seul constat : la défaillance de la place bancaire aux besoins de financement précipite la crise industrielle. L’urgence première est donc à nationaliser des banques regroupées dans un pôle public, avec des crédits sélectifs pour l’industrie, seul capable d’engager l’effet de levier nécessaire pour entraîner l’ensemble des banques à financer l’industrie. Une Banque publique d’investissement sous-dotée (et du reste limitée à un regroupement et à une amélioration de dispositifs existants) ne pourra qu’agir à la marge.

La crise de l’industrie est aussi une crise politique
Navale toujours et un autre cas d’école : fruit de la bataille des salariés et de nombreux élus locaux, communistes en tête, Sarkozy était revenu au capital de STX France à hauteur de 33,3 % via le Fonds stratégique d’investissement (FSI) pour disposer d’une minorité de blocage. Si l’actionnaire coréen devient défaillant, comme une série de mauvais indicateurs peuvent l’annoncer, l’État devra s’engager à nouveau pour défendre et développer le dernier chantier naval de France. Pas uniquement parce que des milliers d’emplois sont en jeu, mais parce qu’une politique industrielle nationale doit pouvoir s’appuyer sur des filières stratégiques parmi lesquelles une filière maritime cohérente, de la construction à la déconstruction.
D’une part, l’État possède déjà un capital lui permettant d’agir ; d’autre part, s’il s’agit de conduire la même politique industrielle refusant la diversification et prolongeant la dépendance de la monoproduction de paquebots qui mène le chantier de crises en crises, la nationalisation serait sans effet. Voilà pourquoi nous ne sommes pas favorables aux « nationalisations provisoires » qui entendent socialiser les difficultés avant de privatiser à nouveau lorsque l’entreprise redevient viable.

La nationalisation, à elle seule, ne répond pas à la problématique dans son ensemble
Il faut donc lever l’hypothèque de la « concurrence libre et non faussée » qui entrave toute construction nationale en engageant les rapports de forces nécessaires, sur tout le territoire pour gagner les coopérations industrielles nationales, à commencer par les entreprises à capitaux publics.
C’est ce que nous faisons, de Bastia à Saint-Nazaire en passant par Marseille en menant de front la bataille pour la SNCM, pour la défense et la qualité du service public de continuité territoriale entre la Corse et le continent… Et jusqu’aux commandes de renouvellement de la flotte qui doivent aller à Saint-Nazaire.
La SNCM doit commander des Car-Ferries, GDF des gaziers, France Telecom des câbliers, une quinzaine de bateaux de tourisme affrétés pour beaucoup par des collectivités locales ont plus de trente ans… Et nous ne pourrions pas les construire à Saint-Nazaire ? Ce serait une insulte de plus faite aux travailleurs du pays au nom du libre-échange.
Les organisations syndicales sont porteuses de propositions alternatives concrètes et responsables. C’est le cas à Arcelor avec les salariés de Basse-Indre qui ont gagné dans la lutte un audit indépendant démontrant les dangers de l’accord Mittal/gouvernement. Avec la sidérurgie c’est toute l’industrie française qui est concernée et la solution doit aller bien au-delà d’une « nationalisation provisoire » du site de Florange
La « nationalisation » n’est ni un gros mot, ni un slogan, ni la solution miracle s’appliquant à tous les sites et toutes les situations. Pourquoi ne pas pousser les débats, jusqu’à parler de circuits courts de la production, jusqu’à dresser des pistes concrètes à ce que nous appelons « planification écologique » ?
Pour desserrer l’étau financier qui étrangle nos industries et gagner dans la lutte et dans l’action, la politique industrielle nationale nécessaire au pays, il y aura besoin de nouveaux pouvoirs pour les salariés et leurs organisations, de pôles publics sous contrôle citoyen, il y aura besoin, donc, de prises de capital public et de nationalisations.

*Aymeric Seassau est secrétaire de la fédération du PCF de Loire-Atlantique, membre du Conseil national du PCF, conseiller régional des Pays-de-la-Loire.

La Revue du projet, n° 27, mai 2013
 

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