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Avoir le courage de nationaliser

Entretien avec Jacky Hénin*

Léo Purguette : Les salariés de Petroplus revendiquent la nationalisation de leur entreprise. Les règles de l’Union européenne l’interdisent-elles ?
Jacky Henin : D’abord, ce que les salariés réclament est une très bonne chose. Ils proposent ni plus ni moins de rendre à la France sa capacité à être en permanence indépendante. Dans la situation actuelle, c’est tout le contraire : le raffinage dans notre pays est entièrement tributaire du privé. Les salariés savent que face aux décisions des grands groupes déconnectés des intérêts de la population et du pays, des nationalisations doivent intervenir. Quant à l’Europe qu’elle soit d’accord ou pas, le fond du problème n’est pas là. Serait-elle prête à engager un bras de fer avec la France, pays fondateur, important contributeur, peuplé de 65 millions d’habitants ? Il faut avoir du courage et de l’ambition pour notre peuple !

L. P. : Selon vous, l’Union européenne serait donc l’alibi d’une gauche timorée ?
J. H. : C’est plus qu’un alibi puisque la gauche social-démocrate tout en prétendant arrondir les angles, admet, prolonge, renforce les logiques d’austérité prônées sur le plan européen. Cette gauche-là doit comprendre qu’elle mène la France dans le mur en poursuivant sur cette lancée. L’Europe telle qu’elle a été conçue permet un double profit aux capitalistes : en délocalisant les productions hors du continent où elles seront finalement consommées et en domiciliant leur siège dans un pays de l’Union à la fiscalité minime. Résultat : chômage, perte des savoir-faire, dégradation du pouvoir d’achat, désertification industrielle… C’est cela qu’il faut combattre de front, cela implique d’en avoir l’ambition et de s’en donner les moyens. Les nationalisations en font partie.

L. P. : Cela suppose-t-il de changer les statuts de la Banque centrale européenne (BCE) pour mobiliser l’argent au service d’une nouvelle politique ?
J. H. : Il ne s’agit pas de modifier quelques méthodes de travail à la marge. Il faut mettre complètement à plat les règles qui régissent la BCE, à commencer par son indépendance. C’est une fumisterie de ceux qui veulent utiliser l’Europe comme une garantie de leurs politiques libérales. La BCE doit être placée sous la responsabilité des politiques et l’ensemble de son action tournée vers l’objectif de soutenir un développement porteur de justice sociale, fiscale et environnementale.

L. P. : Comment imaginez-vous les relations entre les secteurs nationalisés de chaque pays dans une Europe profondément transformée ? Coopération ? Mise en réseau ? Intégration ? Y a-t-il des secteurs qu’il faudrait « européaniser » ?
J. H. : Le secret de la réussite réside dans le principe de coopération. Travaillons, réfléchissons ensemble, c’est ça la clef. Airbus, Ariane Espace, tout ce que l’Europe a produit de mieux c’est dans la coopération qu’elle l’a fait. Si on veut – non pas faire un maximum de fric – mais satisfaire les besoins de 500 millions d’hommes et de femmes qui habitent ce continent, c’est, me semble-t-il, la seule voie.
Assurer à chacune et chacun une vie digne et sortir nos peuples de la crise actuelle qui est celle du système capitaliste, cela passe par la prise de contrôle, dans l’industrie notamment, d’entreprises stratégiques.
Nous sommes dans une situation comparable d’une certaine façon à 1789. Il est temps d’abolir les privilèges qui existent aujourd’hui. n

*Jacky Hénin est député européen (PCF), membre de la commission Industrie, recherche et énergie du parlement européen.

La Revue du projet, n° 27, mai 2013
 

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