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Yvon Quniou, Retour à Marx, Pour une société post-capitaliste

Buchet Chastel, 2013.
Par Florian Gulli
On connaît l’argument de François Furet et de ses épigones, inlassablement repris depuis 20 ans par tous ceux que le statu quo social intéresse : l’idée communiste s’est incarnée en URSS ; l’URSS a tragiquement échoué ; le communisme a donc été définitivement invalidé par l’histoire. Yvon Quiniou, dans le sillage du grand livre Le siècle soviétique de Moshe Lewin, voit dans cet argument devenu sens commun l’imposture sémantique du siècle. La thèse est simple mais forte : l’idée communiste ne s’est pas réalisée en URSS. La révolution d’Octobre 1917 fut une révolution « plébéienne » ou encore « populaire » mais elle ne fut pas communiste. Cette thèse n’a rien à voir avec « l’autophobie » de certains communistes, justement critiquée par Domenico Losurdo. D’abord parce que l’ouvrage reconnaît aussi les avancées dans certains domaines de ces régimes plébéiens (avancées qui ne sauraient cependant compenser le sang versé). Ensuite, parce que l’auteur essaie de proposer une explication historico-sociale de l’absence de l’idée de communisme en URSS. Deux explications faciles sont ainsi écartées : la trahison de la révolution par les bureaucrates et l’encerclement impérialiste. Ces deux explications s’accordent sur un point : il y aurait eu une révolution communiste, mais elle aurait dégénéré ensuite. Pour Yvon Quiniou, il n’y a pas eu de révolution communiste du tout en URSS pour cette raison que les conditions économiques, sociales et politiques d’une telle révolution n’étaient pas réunies. Marx avait en son temps théorisé ces conditions. Il avait très lucidement compris que, sans elles, aucune révolution communiste n’aurait lieu et que s’il y avait révolution malgré tout, alors elle ne serait pas communiste.
Conclusion de l’ouvrage : l’histoire n’a pas invalidé l’idée communiste. Reste à réunir les conditions de son avènement. La social-démocratie ayant partout explicitement tourné le dos à l’idée d’une rupture avec le capitalisme, « c’est aux seules forces qui se réclament encore d’une identité communiste forte de prendre désormais en charge le programme d’une société post-capitaliste ». Communisme ou Barbarie.

La Revue du projet, n° 26, avril 2013
 

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