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L'accord Medef-CFDT adopté par les média, Alain Vermeersch

Depuis la signature sur la réforme du marché du travail en janvier dernier, une déferlante médiatique applaudit et accompagne les campagnes du Medef et du gouvernement.

« Plus de souplesse aux entreprises, plus de protection aux salariés »
Tel est le leitmotiv répété à longueur de pages et d’antennes. Les éditorialistes ont un credo unanime : « l’accord a l’imperfection de tous les compromis, mais il est équilibré, gagnant-gagnant » (Le Monde, 12 janvier). Pour Libération (12 janvier), « cette négociation apporte une bouffée d’air au dialogue social ». Le Point et Franz-Olivier Giesbert (10/01) écrit « L’accord n’est certes pas parfait, mais il a au moins le mérite de sortir la France du formol social, avec les résultats que l’on sait en matière de chômage ». Pédagogue, Christophe Barbier (L’Express, 11 janvier) explique « la flexibilité, c’est la sécurité ! » Les Échos (14/01) le suit « au lieu de parler de flexisécurité, il convient d’évoquer la sécuflexibilité ».

Interdire toutes divergences
Le Monde (12/01) s’inquiète « Le plus dur est à venir : obtenir des élus socialistes le même respect de la démocratie sociale ». Libération (11/01) feint d’ignorer que les signataires, en matière de représentativités sont minoritaires, « les partenaires sociaux, au moins une majorité d’entre eux, s’accordent sur une première négociation sociale ». Même élan pour le Nouvel Observateur (11/01), « une majorité de partenaires sociaux a donné un avis positif sur la signature de l’accord tant attendu sur la sécurisation de l’emploi ». Haro contre la CGT : « Le secrétaire général de la CGT, dont la succession a affaibli l’organisation, est soucieux de montrer les muscles » (Nouvel Observateur 11/01). Pour Le Monde (10/01), « ce compromis va légitimer le syndicalisme réformiste et le dialogue social, si bien que la stratégie de la CGT et de FO pourrait s’avérer perdante ». Les Échos (14/01) assène « Il faut donc une nouvelle fois constater que la principale organisation syndicale française s’est mise hors jeu de la négociation. C’est condamnable ? »

La transposition de l’accord et la journée d’action syndicale
Le projet de loi gouvernemental présenté le 5 mars permet à la machine médiatique de poursuivre sa campagne « d’explications ». Nicolas Demorand (Libération, 6 mars) i ndique ainsi : Les raisons, nous les connaissons toutes : un enchaînement rapide de crises, bancaire, financière, monétaire, économique, qui plongent les États en quasi-banqueroute, dans le marasme et la récession. En attendant, dans la panade, il faut travailler à sauver le travail. Ou ce qu’il en reste. Oui, pour cela, il faudra rendre des droits chèrement acquis et des protections sociales. » « La flexisécurité à la française, c’est parti ! » s’exclame Le Parisien (06/03), « le projet de loi sur la sécurisation de l’emploi “entrera en vigueur début mai”, a promis Michel Sapin. Un calendrier que la démonstration de force ratée hier par la CGT et FO ne devrait pas perturber. » Plus direct, Gaëtan de Capèle (Le Figaro 06/03) se réjouit « On ne peut pas dire que la CGT et ses comparses de la gauche rose-rouge aient soulevé les foules. La loi sur la sécurisation de l’emploi, qui reprend l’accord signé entre le patronat et les syndicats, ne déclenchera visiblement pas de révolution. Tant mieux ! Puisque la voie est libre, voici à présent le gouvernement face à ses responsabilités pour faire passer son projet tel quel, en refusant à ses turbulents parlementaires la faculté de le dénaturer. Plus prudente Cécile Cornudet (Les Échos 06/03) écrit « La mobilisation d’hier contre l’accord sur la sécurisation de l’emploi est restée limitée. Il ne semble pas vraiment être à l’Assemblée non plus seule une poignée de députés de l’aile gauche du PS veulent batailler pour l’amender. Le danger est ailleurs. Il est dans l’idée que le front CGT-FO-PC-gauche du PS a fait fructifier ces derniers temps, selon laquelle l’exécutif s’est servi du dialogue social pour mener une réforme qu’il n’aurait jamais pu mener sans lui. Une réforme « made in Medef .
Dominique Quinio, faussement naïve, s’interroge « Certains s’offusquent de ce que la négociation sociale puisse tenir lieu de débat démocratique : ils entendent faire valoir la responsabilité première des politiques dans l’élaboration des lois. La future loi veut rendre le cadre juridique de l’emploi plus souple, dans les moments de crise, en assurant aux salariés une certaine sécurité tout au long de leur vie professionnelle. Une centaine de parlementaires du PS ont d’ailleurs tenu à saluer, dans une tribune, ce nouveau modèle de coopération à l’intérieur de l’entreprise. Et des syndicats, comme la CFDT ou la CFTC, ont choisi d’accompagner le mouvement. Car, pour eux, l’urgence, c’est l’emploi, c’est d’accepter des concessions pour éviter des licenciements. » Opportunément, un sondage BVA publié par l’Expansion (08/03) indique que « six Français sur dix (62 %) ayant entendu parler de l’accord sur la sécurisation de l’emploi, transposé en projet de loi par le gouvernement, le trouvent bon, sympathisants de droite en tête, selon un sondage BVA pour iTélé publié ce vendredi. Les sympathisants de gauche sont beaucoup moins nombreux que les sympathisants de droite à trouver qu’il s’agit d’un bon accord (54 %, contre 70 %). Parmi les sympathisants de la gauche de la gauche, 75 % jugent mauvais cet accord. »

Des critiques apparaissent cependant
Le Monde (08/03) rapporte les propos d’Emmanuel Maurel, membre de l’aile gauche du PS, qui estime que l’accord sur l’emploi signé en janvier par les partenaires sociaux « reprend les fameux accords compétitivité-emploi de Sarkozy, que François Hollande avait condamnés ». Pour Éric Dupin, « les socialistes ne savent plus débattre ». Il analyse : « Pleins d’humilité, cent parlementaires du PS ont signé un texte appelant à retranscrire « dans la loi, sans en modifier l’équilibre, l’accord » conclu sur l’emploi en janvier entre certains partenaires sociaux. Quelque peu grandiloquente, leur prose appelle à « dépasser les débats du XXe siècle entre lutte des classes et compromis réformiste » tout en se gardant de détailler le fond de cet accord auquel s’oppose vivement l’aile gauche du parti.
Là encore, les socialistes n’en ont pas débattu. » Le Figaro (06/03) titre : « Les trublions de l’aile gauche du PS font de la résistance ». Solenn de Royer remarque : « Ils se sont affichés à la manifestation… sans manifester. La sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, le député Jérôme Guedj et le conseiller régional Emmanuel Maurel, figures de proue du courant Maintenant la gauche (l’aile gauche du PS) et éternels trublions de la majorité (lire ci-contre), ont tenu à saluer mardi syndicats et manifestants qui s’opposent à l’accord du 11 janvier sur la sécurisation de l’emploi ». Guy Groux (Le Parisien 05/03) alerte : « À la CGT et à FO, beaucoup pensent que Hollande, même s’il ne tient pas toutes ses promesses, c’est mieux que Sarkozy. Je ne crois pas à une généralisation des conflits. Mais, attention, la colère sociale se mesure assez mal, elle peut être latente et d’un seul coup exploser. Aujourd’hui, il existe à la fois un désappointement face à la crise et une sorte de hantise qui peut se transformer en colère durable. Et les conflits qui durent comme ça, ne sont pas bons. »

La Revue du projet, n° 26, avril 2013
 

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