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Le droit à l'information est le pilier de la démocratie, Jean-François Téaldi

Rapport alarmant du CSA, crise de la presse, lourdes menaces sur sa distribution, les sujets d'inquiétudes pour l'avenir du pluralisme sont nombreux. Jean-François Téaldi, journaliste et syndicaliste dans l'audiovisuel public, est le responsable média du conseil national du PCF mais aussi le coordinateur du Front de gauche média. En passant en revue l'actualité du secteur, il avance des propositions concrètes pour faire respecter le droit à l'information.

 

Entretien réalisé par Léo Purguette

Après la publication d’un rapport du CSA sur des temps de parole pendant la présidentielle, vous craignez que le principe d’égalité soit abandonné. Pourquoi ?

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel a publié fin 2012 son Rapport sur l’élection présidentielle de 2012  dans lequel il dresse le bilan du traitement médiatique de cette élection, mais fait aussi état de propositions concernant les échéances présidentielles à venir, l’une étant particulièrement dangereuse pour le pluralisme – déjà malmené avec les règles actuelles – à savoir supprimer durant trois semaines le principe d’égalité de traitement des candidats pour le remplacer par celui d’équité.
Lors de la couverture de la campagne, trois périodes se succèdent : jusqu’à la publication de la liste des candidats par le Conseil constitutionnel, ceux-ci doivent bénéficier d’un accès équitable aux média ; puis durant les trois semaines précédant l’ouverture de la campagne, dite période intermédiaire, ils doivent bénéficier d’un temps de parole égal et d’un temps d’antenne équitable (c’est cette période de temps égal qui est visée) ; enfin durant les quatre semaines précédant le premier tour ils doivent bénéficier d’un temps de parole et d’un temps d’antenne égaux. Afin de comprendre pourquoi la proposition du CSA de remplacer, durant trois semaines, l’égalité par l’équité, terme subjectif et ouvert à toutes les interprétations, est attentatoire au pluralisme, appuyons-nous sur son rapport. Malgré cinq interventions du CSA les déséquilibres et manquements aux règles  qu’il relève lui-même, ont perduré durant quarante-cinq jours régis par le principe d’équité.
Le CSA le reconnaît, la principale victime a été Jean-Luc Mélenchon « l’exposition importante de Nicolas Sarkozy (33 %) et François Hollande (32,50 %) a eu lieu au détriment de Marine Le Pen (9 %), François Bayrou (9 %) et Jean-Luc Mélenchon (5,60 %). »
Ce n’est donc que durant la période « d’égalité »  que le CSA a pu faire respecter le pluralisme, à travers plusieurs mises en garde ou rappels à l’ordre, ce qu’il n’avait pu obtenir durant les périodes d’équité . Malgré ce constat édifiant, le CSA et le Conseil constitutionnel préconisent de « supprimer la période intermédiaire », autrement dit de raccourcir la période « d’égalité » de trois semaines ! De qui se moque le CSA ? Face à cette volonté de restreindre encore plus le pluralisme, il faut mener campagne pour empêcher cette nouvelle tentative d’atteinte à la démocratie et transformer cette institution qui n’a jamais joué son rôle.

Précisément, vous proposez de transformer le CSA en Conseil supérieur des média. Dans quel but ?

C’est une proposition qui remonte à 2003 avec la publication par le collectif média du PCF de la plaquette Pour une appropriation populaire des média. Elle partait d’un constat : avec la nomination des membres du CSA par le président de la République, le président de l’Assemblée nationale et du Sénat, nous avons une institution monocolore, rendant avis et rapports mais incapable de faire respecter le pluralisme. On l’a vu depuis la campagne référendaire de 2005, puis des présidentielles et législatives. Le Front de gauche média propose de le transformer en Conseil supérieur des média, composé d’un tiers de représentants des forces politiques à proportion de leur poids au parlement, un tiers de professionnels représentés par leurs syndicats, un tiers de citoyens usagers. Ce dernier collège est le plus difficile à définir, les associations dans ce domaine n’en étant qu’à leurs balbutiements.
Pour une cohérence d’ensemble, nous proposons de confier au Conseil supérieur des média, les compétences du CSA mais aussi de l’ARCEP (autorité des régulations des communications électroniques et des postes) qui distribue notamment les fréquences. Il semblerait que le gouvernement qui y réfléchissait, s’éloigne de cette idée.
À côté du Conseil supérieur des média, nous proposons de créer des États généraux des média, qui seraient composés de professionnels, parlementaires, associations, ayant un rôle de suivi des média et un pouvoir d’interpellation du Conseil supérieur des média et des conseils d’administration des chaînes.

 

Le PCF puis le Front de gauche soutiennent l’idée d’un pôle public des média. Quels en seraient les contours et le rôle ?
La commission Front de gauche média travaille avec la CGT, le SNJ/Solidaires et la CFDT pour une nouvelle loi sur l’audiovisuel public. Aujourd’hui, l’audiovisuel public est éclaté en quatre entités : Radio France, France Télévisions, l’Audiovisuel extérieur de la France qui regroupe RFI et France 24 et l’INA. Chacune avec sa stratégie et des droits sociaux différents. Cet éclatement empêche, face au privé, un développement puissant fait de synergies, alors qu’ensemble ces entités ont la même force de frappe que la BBC. Nous proposons de les regrouper dans un pôle public. C’est une idée initiée par la CGT de France 3 et qui aujourd’hui est partagée par les intersyndicales de France Télévisions, de l’Audiovisuel extérieur de la France, de l’INA et par la CGT de Radio France.
Du côté du gouvernement, le discours sur la rigueur est inquiétant. Le projet du PS adopté en 2011 évoquait la possibilité de revoir le périmètre de France Télévisions. Patrick Bloche, en charge de la question, siège aujourd’hui au conseil d’administration de France Télévisions. Pour notre part, nous voulons faire avancer notre proposition de pôle public avec des modalités de financement pérennes et dynamiques. Si les salariés se mobilisent, ils trouveront les élus du Front de gauche à leurs côtés comme au moment du vote du budget.

Avec le plan de restructuration de Presstalis, le groupe de distribution coopérative de la presse, cet autre fait d’actualité fait craindre pour le pluralisme. Quelles sont vos propositions pour éviter un effondrement d’un système mis en place à la Libération ?

1 250 emplois sur les 2 500 du groupe sont menacés de suppression par le plan de restructuration. Marie-George Buffet notamment a participé à plusieurs rassemblements des salariés pour exiger son retrait. Elle a déposé le 22 février une proposition de loi « visant au redressement du secteur de la presse et de sa distribution au service du pluralisme et de l’intérêt général ». Ce texte est le fruit de deux ans de travail de la commission du Front de gauche média avec les syndicats du secteur et les parlementaires des deux groupes. Il répond aux attentes des salariés et propose de renforcer le principe coopératif inscrit dans la loi Bichet qui régit la distribution de la presse depuis la Libération. Notre proposition de loi prévoit la mise en place d’une coopérative unique de messageries et une réforme du système de régulation dans lequel l’État et les représentants des salariés trouveraient toute leur place. Nous tiendrons prochainement des forums, à Marseille, Paris, Nice et Toulouse pour la faire connaître, l’enrichir et obtenir par les mobilisations son inscription à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.

Dans cette loi vous proposez de refondre le système des aides à la presse. Qu’est-ce à dire ?

Aujourd’hui les aides vont aussi bien aux titres d’information générale qui contribuent à former l’opinion des citoyens qu’aux journaux de divertissement. Nous souhaitons que les aides soient concentrées sur les premiers et nous proposons également la mise en place de taux de TVA différenciés (5,5 % et 0 %) pour les journaux à caractère éducatif, d’information générale et politique. Nous proposons de nouvelles dispositions fiscales en direction des contribuables qui soutiennent financièrement des titres. Après l’accord  Google  insatisfaisant, nous voulons maintenir la pression pour obtenir une vraie taxe sur la publicité en ligne permettant de soutenir le secteur.

Les expériences « socialistes » du XXe siècle ont fait peu de cas du droit à l’information. Quelle place lui donnez-vous dans le projet communiste ?

Pour nous, le droit à l’information est un des piliers de la démocratie. C’est un droit affirmé dans le programme du Front de gauche l’Humain d’abord et dans le projet communiste adopté au dernier congrès. Nous nous engageons pour le pluralisme, mais comment parler de pluralisme avec un seul quotidien par région ? Des titres comme La Croix ou Politis doivent avoir les moyens d’exister et de se développer. Pour changer la société, il faut des citoyens conscients du monde tel qu’il ne va pas. Il leur faut également tous les éléments en main pour juger du type de société que l’on propose. Dans cet objectif, L’Humanité joue un rôle irremplaçable comme elle l’a montré au moment du traité constitutionnel européen, ou de façon plus actuelle avec l’accord scélérat du 11 janvier. De même, nous sommes attachés au pluralisme dans l’audiovisuel public et sur les sites d’information en ligne. Pour nous, communistes, la promotion du droit à l’information est une condition de l’intervention citoyenne.

 

 

La Revue du projet, n° 26, avril 2013
 

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