La revue du projet

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La grange-aux-Belles Maison des syndicats, Danielle Tartakowsky, Joël Biard

Éditions Créaphis, 2012
Par Nina Léger
Retracer toute l'expérience de la CGT depuis 1906 dans le but de se loger et de se financer : c'est là l'objet du livre de Danielle Tartakowsky et de Joël Biard. Une des conditions de l'émancipation des travailleurs, c'est un syndicalisme indépendant. L'expérience de la Bourse du travail, sous autorité du préfet, a été de ce point de vue peu concluante pour la CGT, exclue en 1906. La commission désignée pour trouver une solution de relogement va louer une usine désaffectée sise au 33 de la rue de la Grange-Aux-Belles. Les travaux – considérables – à peine terminés, la propriétaire meurt : l'immeuble doit être vendu. La CGT contourne la loi de 1884 interdisant l'accès à la propriété aux syndicats en créant une société en nom collectif, et c'est ainsi qu'en novembre 1907, la CGT devient propriétaire. De l'expulsion de la CGT de la Bourse à la construction de la Bourse du travail de Montreuil en 1989, l'idée d'une construction ambitieuse, d'un espace où l'on est « chez soi », polyvalent, lieu de culture et de lutte, de travail et de loisir est récurrente. Les différents achats sont toujours pensés comme provisoires dans l'attente de cette construction désirée mais hypothétique. La constitution en juin 1914 d'une société anonyme dont les actionnaires sont des délégués des syndicats marque la fin de l'amateurisme qui prévalait auparavant. La bonne gestion du patrimoine durant la guerre, associée à la forte syndicalisation des années 1920 vont permettre d'acheter d'autres bâtiments dont le 211, rue LaFayette, mais aussi ce qu'on appelle alors « le triangle sacré » : l'angle de l'avenue Mathurin Moreau et du boulevard de la Villette où on trouve aujourd'hui le siège du PCF. Les auteurs, à partir de sources très majoritairement administratives, nous montrent comment se traduisent les ambitions, les oppositions et les luttes d'influences politiques dans la gestion pratique d'un patrimoine constitué de haute lutte. Si l'on devine ce que pouvait être ce « triangle sacré » où se trouvaient le PCF, des syndicats, la Ligue contre l'oppression coloniale et l'impérialisme, puis, pendant les années fastes du syndicalisme que furent celles de l'après 1936, toute la nébuleuse antifasciste ; on aspire, une fois l'ouvrage fermé, à en savoir plus sur les modes d'occupation des lieux. Les auteurs en conviennent par ailleurs, et disent leur déception de ne pas avoir trouvé d'autres types de sources. Ils l'expliquent notamment par le caractère provisoire de la Maison des syndicats. Voici un ouvrage qui permet de découvrir un aspect méconnu du syndicalisme et qui, après avoir ouvert une voie, appelle à s'y engouffrer pour creuser encore la recherche.

La Revue du projet, n° 25, mars 2013
 

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