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Répondre aux besoins humains, c'est notre ambition agricole, André Chassaigne*

Il y a urgence en plein débat sur la nouvelle Politique agricole commune à faire bouger toute l’Europe sur cette politique essentielle aux Européens.

Si l’on refuse clairement l’austérité pour l’Europe, alors il faut également refuser l’austérité pour l’agriculture et le monde rural en Europe. Cela tombe bien. Nous sommes en plein débat sur la nouvelle Politique agricole commune pour la période 2014-2020. Mais le projet de la commission européenne et l’accord intervenu entre les chefs d’État et de gouvernement sur le budget européen entendent continuer sur la voie de l’ouverture des marchés et du désengagement des politiques publiques agricoles. Il s’agit d’une véritable provocation, alors que la question alimentaire hante à nouveau les 500 millions d’Européens et que 25 % des exploitations agricoles de l’Union ont disparu en seulement dix ans.

Tout reste donc à faire pour que, dans quelques semaines, le parlement européen donne autre chose à voir qu’un budget de la PAC amputé de plus de 60 milliards d’euros sur six ans, et un lot de « mesurettes » sans effet sur la dérégulation du secteur. Notre tâche est donc bien de faire bouger toute l’Europe sur cette politique essentielle aux Européens. Comment conduire notre travail ?

Se défaire des chaînes de la pensée libérale

En expliquant que les parlementaires du Front de gauche, au parlement européen, comme au parlement français, mettront en avant des propositions essentielles pour l’avenir de l’agriculture européenne. Ils défendront un droit à l’alimentation de qualité pour tous les citoyens européens et, dans le même temps, un droit au revenu pour tous les agriculteurs et notamment pour les petites et moyennes structures, avec un véritable rééquilibrage et une dégressivité des aides compensatrices, en primant les premiers hectares et en les plafonnant de façon juste et efficace. Ils affirmeront le besoin de soutiens publics tournés vers le développement de l’emploi agricole et agroalimentaire, et la réorientation des pratiques agricoles pour favoriser une plus grande autonomie des exploitations. Ils agiront pour lancer de vrais programmes à l’échelle communautaire pour se libérer de la dépendance protéique et des importations abusives.
À l’opposé des orientations qui se dessinent, une majorité de gauche en France doit porter l’ambition d’une politique agricole et alimentaire d’une tout autre dimension avec une politique agricole commune renouvelée et renforcée, qui ose se défaire des chaînes de la pensée libérale.

Des outils immédiatement applicables

Nous avons à notre disposition des outils immédiatement applicables, concrets et efficaces, qu’une majorité de gauche peut adopter pour concrétiser le changement en agriculture.
Sans être exhaustif, je pense en premier lieu, à l’encadrement des prix des produits alimentaires et à la détermination de prix indicatifs au niveau européen. Avec l’instauration d’un coefficient multiplicateur entre le prix d’achat au producteur et le prix de vente au consommateur, sous la forme d’un taux plafond, nous avons un levier pour contraindre à mieux payer les producteurs et permettre aux consommateurs d’accéder aux produits alimentaires à des prix raisonnables. Pour une efficacité optimale, cette mesure s’appliquerait évidemment à toute la chaîne des intermédiaires et aux productions importées. Disons-le à nos interlocuteurs : une gauche courageuse doit s’attaquer dès maintenant aux intérêts particuliers de la distribution, qui se bâtissent en vidant les poches des plus pauvres de nos concitoyens.
Je pense également à la question de la spéculation sur les matières agricoles. Ces pratiques prédatrices ont des effets directs sur le quotidien des éleveurs. Elles créent les conditions de véritables crises alimentaires mondiales comme en 2007-2008. Il faut stopper la course de vitesse des investisseurs financiers vers les marchés de produits dérivés agricoles en interdisant la spéculation sur les contrats à terme et les produits bancaires structurés sur une matière première agricole. Il faut dans ce domaine des réponses législatives extrêmement rapides et fortes. C’est ce que nous proposons dans le cadre des débats sur le projet de loi de séparation des activités bancaires et sous la forme d’une proposition de loi.
Je pense aussi à l’information des consommateurs et des producteurs français et européens, en imposant l’obligation d’origine des produits alimentaires pour tous les produits bruts ou transformés. C’est une exigence indispensable pour défaire l’opacité qui règne dans les échanges, alors que « l’affaire Findus » vient d’éclater.
Je pense enfin à l’indispensable mobilisation pour renforcer la protection sociale et sanitaire des agriculteurs, comme la solidarité à l’égard des retraités agricoles, avec l’exigence d’une retraite au moins égale à 85 % du SMIC assise sur de nouvelles contributions du secteur bancaire et de l’assurance, et de la grande distribution. Ce sont là aussi des mesures de justice sociale très attendues, que nous porterons dans le débat agricole en France.

*André Chassaigne est député PCF du Puy-de-Dôme. Il préside le groupe GDR (Gauche démocrate et républicaine) à l’Assemblée nationale.

La Revue du projet, n° 25, mars 2013
 

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