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Le combat pour l’égalité des couples c’est du communisme à l’état pur , Richard Sanchez

Manifestations pour et contre, débordements homophobes, l'égalité des droits pour tous les couples déchaîne les passions. En marge du tumulte, Richard Sanchez, président du collectif Fièr-e-s et révolutionnaires, responsable national aux questions lesbiennes, gaies, bi et trans (LGBT) développe pour La Revue du projet les positions du Parti communiste.

Mariage et adoption pour les couples homosexuels. Le PCF y est favorable. Pour quelles raisons ?

Nous sommes pour l’égalité des droits pour tous les couples. Pour nous, le mariage n’est pas une institution avec tout ce que cela peut comporter de sacramentel, mais un droit. Un droit qui a été peu à peu conquis par ceux qui en étaient privés. Dans l’Antiquité il a d’abord été accaparé par les patriciens, puis ouvert aux plébéiens et ensuite aux esclaves. Il est grand temps que tous les couples d’aujourd’hui aient ce droit, quelles que soient leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. Il en va de même pour le droit à l’adoption qui y est lié. Le projet du gouvernement prévoit d’ouvrir l’adoption à tous les couples mais si aucune disposition diplomatique n’est prise en direction des pays d’où sont issus la majorité des enfants adoptés, il y a fort à craindre que ce droit demeure théorique. Nous ne l’acceptons pas. De même, en excluant le droit à la procréation médicalement assistée de son projet, le gouvernement fait un pas de clerc. Il laisse se perpétuer une discrimination entre les femmes en couples hétérosexuels et les femmes en couples homosexuels que nous refusons.
Bref, s’il est porteur de progrès, ce projet de loi est insuffisant et je souhaite qu’il soit considérablement enrichi par son passage à l’Assemblée nationale et au Sénat.

 

L’opposition à ce projet est très bruyante. Certains, notamment issus de la droite catholique ont parlé de risque de décadence, de porte ouverte à la polygamie, à la zoophilie… Quel est votre regard sur ces réactions ?

Je conçois que des femmes et des hommes soient opposés au mariage et à l’adoption pour tous. Ils ont le droit de le dire. Quant à ceux qui choisissent d’user de termes humiliants, de propos violents et qui font preuve de sottise, je leur propose de méditer ce proverbe arabe : « Si ce que tu vas dire est moins beau que le silence, alors tais-toi » !
Le risque de décadence de la civilisation était déjà agité au moment du débat sur l’IVG. Or ce qui s’est produit avec l’IVG c’est un pas pour l’émancipation des femmes et en cela pour l’émancipation de l’humanité tout entière.

À l’autre bout de l’échiquier politique, des progressistes jugent incongru à la suite des luttes de 68, le fait de revendiquer le mariage, perçu comme un cadre de domination, un symbole de la société bourgeoise. Que leur dites-vous ?

Soyons clairs : personne n’est pour l’obligation de se marier. C’est un droit dont une partie de la population est privée. Ensuite, un droit, on en use ou on n’en use pas. Par ailleurs, comme la société, le mariage bouge, change. Il n’a plus rien à voir avec le mariage du début des années 1960 qui privait les femmes du droit d’ouvrir un compte ou de signer un chèque sans l’autorisation de leur mari. Aujourd’hui 40 % des mariages hétérosexuels sont ceux de couples qui ont déjà des enfants. Avec le mariage pour tous, cette forme d’union continuera à évoluer.

Vous critiquez l’absence du droit à la procréation médicalement assistée pour les couples lesbiens dans le projet du gouvernement mais des réticences ont été exprimées sur le sujet également dans le groupe où siègent les députés communistes et du Front de gauche à l’Assemblée nationale. Quelle est votre position au juste ?

Il y a longtemps que le Parti communiste s’est prononcé en faveur de la procréation médicalement assistée. En tant que responsable national, je l’ai fait il y a neuf ans. Cette revendication faisait partie des propositions de Marie-George Buffet quand elle fut candidate à l’élection présidentielle de 2007 et elle est contenue dans l’une de ses propositions de loi. Pourquoi une femme en couple hétérosexuel aurait ce droit et pas une femme en couple homosexuel ? Encore une discrimination qui toucherait les femmes, c’est scandaleux. Les plus fortunées continueront d’aller à l’étranger ; quant aux autres, j’en connais beaucoup qui sont contraintes de chercher le géniteur d’un soir pour avoir l’enfant de toute une vie. Il y a une forme de viol moral dans cette situation qu’on leur impose.
Je sais que certains députés du Front de gauche s’interrogent. Je leur demande de réfléchir, de se souvenir du vote de l’IVG. Je leur dis qu’on ne peut pas céder aux sirènes d’électeurs petits-bourgeois quand on a été élu sur une orientation de combats pour l’émancipation humaine.

La procréation médicalement assistée ne pourrait-elle pas ouvrir la voie à la gestation pour autrui, autrement dit à la pratique des « mères porteuses » que les communistes combattent comme une exploitation du corps des femmes ?

Absolument pas. La procréation médicalement assistée pour les couples de femmes, c’est l’élargissement d’un droit existant, qui implique un don de gamètes anonyme et gratuit comme pour les couples hétérosexuels confrontés à des difficultés à avoir un enfant. La gestation pour autrui repose au contraire sur une transaction. C’est un privilège à combattre qui consiste à faire porter un enfant par une femme rémunérée et extérieure au couple. C’est une marchandisation grave du corps que nous refusons. Toutes les associations féministes s’y opposent tout en soutenant l’élargissement du droit à la procréation médicalement assistée. Comme elles, nous disons qu’il s’agit de deux sujets tout à fait distincts, j’ai envie de dire opposés.

Une fois le droit au mariage et à l’adoption pour tous conquis, le combat pour l’émancipation des personnes LGBT sera-t-il achevé ?

Non, parce que la formation de la société pour faire du respect la règle du vivre ensemble est encore devant nous. Ce n’est pas une mince question car pour nous, communistes, c’est le respect et l’épanouissement des différences qui dessinent le devenir heureux de l’humanité.
Par ailleurs, il faut régler la question de la filiation avec la notion de parents sociaux.

Je pense aussi aux personnes trans. Voilà des personnes qui dès l’éveil de leur conscience se sentent d’un genre différent que celui qui leur est imposé au vu de leur apparence physique à la naissance. Il faut arrêter de les stigmatiser et agir pour que l’OMS cesse de les considérer comme des « malades ». Il faut permettre aux personnes trans de ne plus subir le diktat de la psychiatrie et du fric. Nous proposons qu’elles puissent bénéficier d’un accompagnement de professionnels formés pour les aider à construire la transition qu’elles ont décidé d’entreprendre. Leur parcours, pour devenir pleinement elles-mêmes, doit être facilité et gratuit.

À vous entendre, le PCF s’affirme à la pointe de la défense des revendications LGBT, pourtant on dit qu’il a longtemps été en retard sur ce terrain.

Si nous avons été en retard c’est que nous considérions qu’une question comme l’homosexualité relevait de l’intime et qu’il ne fallait donc pas s’en mêler. C’est d’ailleurs l’argument principal qui a conduit les députés communistes en 1960 à être les seuls à rejeter l’amendement Mirguet qui faisait de l’homosexualité « un fléau social ». De grands députés et dirigeants communistes comme Maurice Thorez, François Billoux ou Waldeck Rochet ont tenu bon sur le principe du respect de la vie privée essuyant les quolibets d’autres élus. Mais cette attention portée au respect de l’intime par les communistes ne nous a pas permis de prendre en compte suffisamment la dimension sociale qui implique le combat contre les discriminations et pour l’égalité. Le premier à opérer ce changement d’approche a été Georges Marchais. C’est d’ailleurs sur son impulsion que le bureau politique du PCF a pris la décision au début des années 1990 d’être représenté à la Gay pride, l’ancêtre de la marche des fiertés, par Henri Malberg, premier secrétaire de la fédération de Paris et dirigeant national. Puis Jean-Claude Gayssot a reçu, au nom de la direction du Parti, les associations LGBT et des responsabilités concernant la lutte contre les discriminations homophobes et transphobes ont pu être ainsi créées dans quelques fédérations. Après Georges, il est arrivé que la question soit cantonnée à une forme de lobbying. Mais avec Marie-George Buffet – qui a beaucoup agi dans le domaine – et aujourd’hui Pierre Laurent, le Parti communiste a placé le combat pour l’égalité des droits au rang de ses premières préoccupations.

Quelle place lui fait-il dans son projet ?

Une place déterminante. J’en reviens à Georges Marchais qui liait profondément l’émancipation humaine à l’épanouissement de la personne. Nous ne voulons pas d’un communisme de caserne où tout le monde marcherait du même pas dans la grisaille. Au contraire, notre projet vise la fin de toute exploitation, de toute aliénation et en même temps la reconnaissance des différences qui font la richesse de l’humanité. Le plein épanouissement de chacune et de chacun nécessite la possibilité d’aimer librement, d’avoir le désir, le plaisir, la vie dont on a besoin pour être heureux, pour être soi-même. Bref, le combat pour l’égalité des droits c’est du communisme à l’état pur.

Vous présidez le collectif Fier-e-s et révolutionnaires du PCF, quelle est son histoire ?

Il a acquis en dix ans une respectabilité importante auprès des associations LGBT. Nous avons souvent porté les positions les plus avancées et été les premiers à faire en sorte que nos parlementaires en tant que groupe déposent des propositions de loi sur le mariage pour tous, la filiation… Des maires communistes ont organisé des mariages de couples de même sexe. Le collectif a participé à la quasi-totalité des marches des fiertés. Je suis fier du chemin parcouru et à 62 ans je m’apprête à quitter cette responsabilité. Je suis confiant car beaucoup de jeunes femmes et de jeunes hommes de notre parti sensibles à ces questions, quelles que soient leur orientation sexuelle et leur identité de genre, sont en situation de continuer à faire vivre ce collectif. Mon seul regret est que son travail soit parfois plus reconnu en dehors du Parti qu’à l’intérieur, mais je suis sûr de la capacité des communistes à se l’approprier. Lorsqu’on m’a proposé de prendre cette responsabilité à laquelle je ne connaissais presque rien, j’ai répondu oui après avoir médité deux citations : la première est de Maïakovski, « je plonge en plein communisme parce qu’il n’est pour moi sans lui d’amour » et la seconde est un vers de l’Ode pour hâter la venue du printemps de Jean Ristat, « camarade ne mets pas l’amour en prison », je les livre à tous, elles sont notre bien commun.

 

Entretien réalisé par Léo Purguette

La Revue du projet, n° 24, février 2013

 

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