La revue du projet

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Gagnant-gagnant

La formule a une sonorité étrange, un petit côté gnan-gnan. Elle nous vient des États-Unis, où l'on parle là-bas du win-win, ce qui est déjà un peu plus agréable à l'oreille. Attention : gagnant-gagnant ne veut pas dire que, dans une opération x, une tractation, un échange, je vais gagner deux fois ; ni que dans un face à face, les deux parties vont gagner de manière égale. C'est un peu plus retors. Le « concept », ou plutôt la technique a déjà une longue histoire ; elle a été expérimentée dans le domaine des jeux (à propos de la répartition de gains), de l'éducation (concernant un conflit parents/enfants) et du management (solutionner une lutte sociale).
La notion de gagnant-gagnant, qu'affectionnent le MEDEF ou les politiciens libéraux (et sociaux libéraux), se pare des vertus du partage, de l'équilibre, je gagne et tu gagnes ; en fait, il s'agit d'un partage très inégalitaire, genre pâté d'alouettes (une alouette et un cheval…). Pas question de diviser le gain en deux. Prenons un gâteau. Madame Parisot dira au syndicaliste salarié : à vous la cerise, à moi le gâteau. C'est du gagnant-gagnant dans ce sens où chacun part avec quelque chose, mais il y a là un sens très particulier de la répartition. Le win-win ou le gagnant-gagnant, c'est jamais du 50/50, plutôt du 99/1. Ou encore : à moi le réel, à toi le symbolique ou à moi le fond, à toi la forme.
Quel est alors l'intérêt du win-win ? C'est faire croire, dans un conflit, un face à face, une négociation (salariale, politique, diplomatique), qu'il n'y a pas de perdant. C'est permettre au vaincu de « sauver l'honneur », de garder les apparences d'une non-défaite, c'est soumettre l'autre avec son consentement, c'est abattre l'adversaire en lui laissant croire – et surtout en laissant paraître – qu'il est toujours debout. C'est de l'entourloupe et dans les écoles de formation du patronat, on doit passer pas mal de temps à ce petit jeu : faire en sorte que l'exploité perde la mise mais pas la face…

La Revue du projet, n° 24, février 2013
 

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