La revue du projet

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La Bio entre business et projet de société, Philippe Baqué

Agone, 2012
 

Par Augustin Pallière
Alors qu’une nouvelle PAC se négocie à Bruxelles, la « bio » est à la mode. Il est de bon ton de glisser les trois lettres magiques dans n’importe quel discours ou un programme politique, comme il est de plus en plus recommandé de mettre dans les placards de sa cuisine quelques produits avec l’étiquette « AB ». Mais sait-on au moins de quoi on parle ? Sait-on toujours ce que l’on achète ?
La bio, pour la plupart des consommateurs, c’est d’abord un label, c’est-à-dire un cahier des charges défini à l’échelle européenne. Longtemps confinés à un secteur restreint du marché, les produits étiquetés « AB » intéressent aujourd’hui les multinationales de l’agroalimentaire et de la grande distribution. Elles récupèrent le label pour en faire une nouvelle source de profit. En effet, non seulement les exigences techniques du label sont de plus en plus souples, mais surtout, et depuis l’origine, elles ne contiennent rien au sujet des conditions sociales de production. Le grand mérite de ce livre est de donner à voir, à travers une série de cas d’étude, ce que peut être l’agriculture biologique conduite par les intérêts capitalistes : des ouvrières sans-papiers sous-payées pour récolter les fraises en Andalousie aux plantations que se taillent dans le sang les paramilitaires en Colombie ; on est loin du projet des premiers militants de la bio.
Mais ces dérives ne concernent pas uniquement des pays exotiques et des géants de l’agroalimentaire. Les acteurs historiques de la bio en France sont aujourd’hui à la croisée des chemins : comment sortir la bio de son confinement économique et social sans tomber dans les mêmes contradictions que l’agriculture conventionnelle – l’utilisation de produits chimiques en moins ?
La bio comme « projet de société » c’est d’abord la prise en compte des pratiques agricoles non seulement par leurs aspects agronomiques et écologiques mais aussi sociaux, économiques et politiques. Cette piste ouverte, on reste un peu sur notre faim après la lecture de cette série d’enquêtes. Néanmoins en refermant le livre, on a déjà compris que la voie vers une agriculture nourricière, créatrice d’emploi et respectueuse de l’environnement ne passera pas simplement par la labellisation d’une partie croissante des produits consommés.

La Revue du projet, n° 23, janvier 2013
 

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