La revue du projet

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Construire le collectif communiste du XXIe siècle, Jacques Chabalier*.

Le Parti communiste français a ouvert au tournant des années 2000 une phase entièrement nouvelle de son action et de son développement qui le met, me semble-t-il, davantage en phase avec la période historique que nous sommes en train de vivre. Le nombre important de nouvelles adhésions ces dernières années en est un révélateur important.

Le Parti communiste a décidé de s’engager dans un immense travail de refondation, à la fois sur son projet, sur sa conception du rassemblement mais aussi sur son maillage militant et son ancrage territorial.

Ce travail se fait en appui sur la conscience qui s’est accentuée depuis 2010 que le capitalisme est entré dans une crise systémique profonde démontrant qu’il est incapable de porter le devenir de l’humanité.

Offensive idéologique du néolibéralisme

Sa logique est de plus en plus prédatrice, qui considère comme marchandises aussi bien les hommes que les ressources de la planète, au lieu de considérer ces dernières comme un bien commun de l’humanité. Cette conception, fondée, bien sûr, sur la recherche du profit maximum, entre en contradiction avec les besoins du plus grand nombre mais hypothèque aussi l’avenir de la planète elle-même et des équilibres écologiques. Est ainsi apparu de façon plus nette le lien entre le combat pour l’émancipation humaine et la lutte pour l’environnement, vitale pour la planète et les êtres humains qui l’habitent. Les communistes français ont désormais pleinement intégré ces données nouvelles et ont repensé la dimension civilisationnelle de leur projet.

Ces dernières décennies, le néolibéralisme a popularisé l’idée selon laquelle toute activité humaine peut s’acheter ou se vendre, des repères collectifs se sont émoussés, des oppositions se sont cristallisées. Les années de pouvoir de Nicolas Sarkozy ont été sans doute le moment le plus abouti de cette offensive idéologique. L’extrême droite représentée en France par le Front national a, sur ce terreau, pu progresser et diffuser le poison de la haine et de la division, autour d’une idée terriblement dangereuse : puisque la compétition mondiale montre que l’on ne peut sauver tout le monde, il faudrait choisir entre les uns et les autres. Les dérives de la droite classique, faisant la part de plus en plus belle à ces idées de stigmatisation et de rejet des autres, ont en quelque sorte cautionné et aggravé cette idéologie dangereuse qui, aujourd’hui, parvient à façonner les esprits.

« l’Humain d’abord »

La pertinence du projet communiste est faite d’une opposition radicale à cette conception néolibérale : l’issue n’est pas dans l’exclusion de certains mais dans la protection de tous ; ce ne sont pas les personnes qui sont inutiles, c’est le système à la source de ce gâchis humain qui l’est. Ce que nous projetons donc de changer, c’est la finalité même de la société : le titre du programme du Front de gauche aux élections présidentielle et législatives, « l’Humain d’abord », en résumait, en une formule courte et saisissante, l’ambition et la portée.

Cela nous amène à réfléchir directement à notre organisation elle-même. Les évolutions de la société nous interrogent sur ses modalités de transformation et sur l’outil de cette transformation, le Parti communiste français. 2005 est la première année de progrès de nos effectifs depuis 1981. C’est aussi l’année où se révèle une dégradation de notre organisation. De l’application d’un schéma d’organisation, en dehors des moyens d’animation actuels, a découlé la disparition de nombreuses sections rendant très difficile une connaissance efficace de nos adhérents. À ceci, ajoutons l’émergence de nouveaux territoires (villages en villes et intercommunalités) que nous n’avions pas prévue.
La réorganisation de nos structures en fonction de nos capacités d’animation, et des territoires d’aujourd’hui devient une étape essentielle. Mais comment questionner la structure sans préalablement s’interroger sur la connaissance de nos adhérents ? Un grand nombre de nos adhérents reste en marge de notre activité militante organisée. Comment faire en sorte que notre structuration réponde aux aspirations de changement de nos adhérents et fasse vivre la richesse de notre capacité militante ?

La richesse des adhérents

Aujourd’hui, beaucoup de personnes découvrent notre Parti, sa politique, son humanité. Ils apprécient la démarche du Front de gauche. Avec 6 500 adhésions depuis le début de l’année, l’attractivité du PCF dans cette démarche n’est plus à démontrer. Malgré cela, trop peu de camarades proposent d’adhérer au PCF. Ce constat doit nous interroger sur la nécessité d’un débat sur la question stratégique de notre nombre d’adhérents pour développer notre politique avec plus d’efficacité. Outre le nombre, l’apport de chacun dans le collectif est essentiel. Nous ne pouvons pas nous contenter de demander aux nouveaux adhérents leurs disponibilités sans répondre à leur envie. Nous ne pouvons nous passer d’accueil ou de rencontres avec les nouveaux adhérents, au risque qu’ils aillent exprimer ailleurs leur envie de collectif. Ces gestes mettent à mal les idées reçues et ouvrent de nouveaux possibles. Le problème n’est pas tant le vieillissement de notre parti, mais le trop faible renouvellement de notre corps militant. De nombreux jeunes adhèrent au PCF mais combien sont recontactés, accueillis pour prendre part à nos activités ? Quelle responsabilité leur donne-t-on et quels moyens pour les assumer ? Une partie des réponses aux problèmes que nous nous posons se trouve dans la richesse de nos adhérents. Ces accueils d’adhérents nous posent de nouveaux défis. Comment prendre en compte ces jeunes parents, parfois seuls, dans un militantisme qui nous demande de faire une double journée ? Comment répondre au défi de la participation à la vie politique quand la précarité croissante interroge la participation de tous à la vie publique ?
Le PCF n’échappe pas à ces questions et a l’ambition d’y apporter réponse.  n

*Jacques Chabalier est responsable de la Vie du parti, au sein du comité exécutif national du PCF.

La Revue du projet, n° 22, décembre 2012
 

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