La revue du projet

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Former les adhérents, nouvelles ambitions, Amar Bellal*

Inviter tout nouvel adhérent à approfondir ses connaissances et lui donner les moyens de participer pleinement à la réflexion de tout le Parti.

La formation, c’est avant tout une particularité du PCF. Il faut savoir apprécier à sa juste valeur l’exploit du Parti, qui a su former jusque dans les années 1970 des milliers d’ouvriers à un niveau qu’un étudiant de Science-Po d’aujourd’hui envierait sans doute. Combien de fois a-t-on été impressionné par des personnes âgées qui, officiellement, n’ont même pas le certificat d’études (l’équivalent du CM2…) mais qui, grâce au parti, grâce à ses formations, ont su se forger une solide culture politique ? Sans pour autant refaire l’école de « papa » des années 1950, il faudrait garder cette ambition. Songeons qu’il y avait des stages qui duraient plusieurs mois jusque dans les années 1990 !

Des clés d’analyse pour comprendre le monde

La formation ne fournit pas, selon moi, des « repères théoriques » elle permet d’apprendre à « se repérer ».[...] Il s’agit d’acquérir les connaissances et les méthodes qui permettent de mieux apprécier le pourquoi et le comment des discussions et des choix.
Et d’y prendre goût !
Francette Lazard, Les vérités du matin. Regards croisés sur un engagement

Pouvoir se former reste l’une des premières demandes des nouveaux adhérents. Ce désir de recevoir d’autres clés d’analyse pour comprendre le monde puis le changer porte d’abord sur l’histoire, le marxisme, les propositions du PCF et son articulation autour de son projet. Comment le parti aborde-t-il les questions écologiques ? Quelle stratégie pour le Front de gauche ? Ou tout simplement comment est organisé le PCF ?
L’appréhension de la démarche dialectique reste un moment difficile de cet apprentissage. Alors que l’on a pu être habitué à des visions confortables, unilatérales, simplistes et tranchées, on découvre qu’un même processus peut abriter des mouvements contradictoires… Et puis il y a l’attrait de la nouveauté, la fraîcheur des adhérents qui veulent « tout, tout de suite ». C’est euphorisant, mais source aussi, parfois, de déceptions ou d’incompréhensions. Ainsi, les nouveaux adhérents constatent vite que les prises de décisions peuvent être lentes dans le Parti. On voudrait que ça aille plus vite, on a l’impression de perdre son temps dans des réunions… Cela aussi il faut l’apprendre, apprendre que s’il y a toujours des améliorations possibles, la démocratie avec 130 000 adhérents est beaucoup plus longue à organiser que dans une structure de 1 000 membres. Et prendre le temps d’écouter tout le monde c’est un gage de durabilité qui explique peut-être la longévité du Parti malgré les périodes difficiles qu’il a traversées.

Un enjeu de démocratie

La formation, c’est aussi un enjeu de démocratie. Pour qu’un nouvel adhérent puisse entrer dans un débat de Congrès, il lui faut maîtriser, du mieux possible, les éléments de la discussion, sinon on est assuré de faire un simple sommet, qui se résumerait à un match (amical et fraternel, certes) entre les quelques-uns qui sont au fait des questions et non entre les 130 000 acteurs légitimes du débat, condamnés à rester dans les gradins pour observer la joute…
Parlons, enfin, des pratiques anciennes dont on ne comprend pas immédiatement la pertinence et l’utilité, qu’il s’agisse des cérémonies de remise de cartes, du muguet du 1er Mai, des fonctions de diffuseurs de l’Huma… C’est aussi l’enjeu des formations que de les expliciter, pas tant pour les figer mais pour en comprendre toutes les dimensions, pouvoir les faire évoluer en positif, plutôt que de les rejeter en bloc. Ne l’oublions pas : le PCF, c’est la construction de plus de huit générations de militants et le fruit de leurs innovations successives. Non, le Parti n’est pas un « appareil » lourd et ennuyeux, mais une tentative toujours renouvelée d’organiser la classe ouvrière (au sens large) à travers un processus de prises de décisions démocratiques qui implique des dizaines de milliers de militants. C’est cela qui est parfois difficile à comprendre…
Une demande moins apparente est la formation pour l’animation et la prise de responsabilités : communication orale, écrite, propagande, organisation d’une section, d’une cellule, savoir mener une campagne électorale etc. Elle est pourtant aussi essentielle que la première, et son besoin se fait parfois vite sentir après l’adhésion, tout particulièrement dans une période de fort renouvellement des cadres au sein d’un parti où la démocratie relève d’une volonté mais aussi d’une véritable « ingénierie » dont il faut avoir la maîtrise : savoir animer une assemblée générale, conduire un processus de congrès, veiller à ce que tout le monde se sente respecté et écouté, tout cela demande aussi un savoir-faire.
Notre objectif, affiché doit donc, plus que jamais, trouver les conditions de sa pleine réalisation : « que tout nouvel adhérent puisse recevoir une offre de formation au plus tard 6 mois après son adhésion ». C’est un gage de consolidation, de stabilisation des nouvelles arrivées militantes. On a d’ailleurs l’habitude de dire qu’avec une telle politique, on « sauve » des adhérents, qui parfois peuvent se retrouver « dans la nature », sans contact et sans proposition concrète pendant des mois.
D’où les deux offres de formation, proposées aux fédérations par le secteur Formation du Parti : stage de « base » de deux jours (économie, histoire, philosophie, écologie et PCF) se déroulant régulièrement à la demande des fédérations, et le stage pour les « cadres », d’une semaine, destiné à préparer les animateurs à leurs futurs prises de responsabilités (secrétaire de section, vie du Parti, etc.).
En dehors de ces stages et de l’université d’été, de nombreuses initiatives, sessions, journées de réflexion, conférences-débat sont proposés au niveau local. Par ailleurs, Espaces Marx, la Fondation Gabriel-Péri organisent régulièrement des rencontres et des journées d’études. La formation, c’est aussi l’incitation à la lecture de la presse quotidienne, en particulier (L’Humanité), hebdomadaire (L’Humanité Dimanche), mensuelle (La Revue du projet) et de toutes les revues plus spécialisées (Économie et politique, La Pensée, Les Cahiers d’histoire) et la visite régulière du site du PCF.
Développer l’esprit critique des nouveaux adhérents et leur communiquer une soif de connaissances telle est notre ambition.

*Amar Bellal est responsable adjoint du secteur Formation du PCF.

 

La Revue du projet, n° 22, décembre 2012
 

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