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Cahiers d’histoire, n° 118

« Le corps, territoire politique »

Jean-Baptiste Le Cam
Ce dossier des Cahiers d’Histoire consacré au corps comme « territoire politique » explore la problématique des relations entre le corps et les pouvoirs ou processus de domination. Dans une introduction exigeante dont certaines formulations déroutent parfois, les coordinateurs du dossier précisent leur questionnement : comment les forces de domination s’imposent-elles en s’appropriant les corps ? Quelles sont les résistances à cet asservissement des corps ? La plupart des articles laisse cependant de côté ce second axe.
L’enquête sur les processus par lesquels le politique se saisit des corps fut au cœur des travaux pionniers de Michel Foucault, qui ont stimulé une importante production historiographique, comme le souligne Jérôme Lamy dans son article consacré à une « historiographie sélective des héritages foucaldiens ». Plusieurs articles montrent comment, dans des contextes différents, le corps devient un objet de discours affirmant la légitimité d’instances de pouvoir ou de rapports de domination. Ainsi, Pierre-Henri Ortiz nous apprend que dans l’Empire romain du début du Ve siècle, l’enjeu de la controverse qui oppose Augustin à Pélage à propos des rapports entre ascèse et salut réside dans la désignation du groupe qui doit dominer le nouvel ordre social chrétien et exercer le pouvoir sur les fidèles. Dans un tout autre contexte, celui de la France des XVIIIe et XIXe siècles, on apprend que le discours médical sur le clitoris légitime la domination masculine. Sylvie Chaperon précise en effet que pour remédier au danger du « mépris de l’homme » lié à la fonction érogène du clitoris, les médecins s’attachent à décrire le clitoris comme un organe physiologiquement voué au coït et donc avant tout au service du plaisir masculin. Enfin, dans un article particulièrement stimulant, Philippe Artières s’intéresse à la question des archives du biopolitique. Se focalisant sur la France des XIXe et XXe siècles, il montre comment des processus d’archivage de correspondances entre médecins et homosexuels, d’informations sur les tatouages des bagnards ou de lettres de délation anonyme visant des prostituées sont utilisés par des instances de pouvoir pour identifier, surveiller et punir des individus réfractaires à l’ordre sexuel, militaire ou moral. Mais, à travers l’exemple de bagnards effaçant leurs tatouages, P. Artières souligne aussi que c’est dans un mouvement de réappropriation de leur corps que des individus peuvent résister à la soumission que tente de leur imposer une instance de pouvoir.

La Revue du projet, n° 21, novembre 2011

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