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Côte d'Ivoire 2011. La bataille de la seconde indépendance, Robert Charvin

L’Harmattan, 2011.

Par Augustin Pallière

 

En général, on discute peu de la situation des pays africains. Et quand une crise surgit, il est bien difficile de déceler les faibles voix qui s’élèvent contre le consensus « françafricain ». Rien que pour cela, le livre de ce professeur de droit progressiste est salutaire.
Il analyse la crise ivoirienne et le processus qui a conduit de la tentative de coup d’État à la crise électorale de 2011 et finalement à l’éviction de Laurent Gbagbo de la présidence le 11 avril 2011. Il montre que les forces occidentales en général, la France en particulier, ont usé de toutes les armes – médiatiques, économiques, politiques et militaires – pour imposer leur candidat, Alasane Ouatarra. Les exactions commises par les forces rebelles dans le nord du pays ont toujours été tues alors que les violences du camp présidentiel ont été mises en exergue pour faire du président la figure même du dictateur sanguinaire. Les média français ont participé à l’opération en mettant sur le même plan les plus vagues rumeurs et les informations vérifiées, les victimes civiles et les pertes des groupes armées et en taisant le rôle qu’ont pu jouer directement les soldats français dans la répression des manifestations populaires à Abidjan.
L’auteur discute tout particulièrement la proclamation des résultats des élections de décembre 2010. S’appuyant sur la Constitution ivoirienne et sur les accords qui liaient les différentes parties en présence, il démontre que cette élection a été illégale. Ainsi, l’implication directe de l’armée française pour asseoir Ouattara sur le siège présidentiel est bien un coup d’État, même si il est légitimé par le conseil de sécurité. Cette analyse est l’occasion d’une réflexion sur la démocratie dans les pays de la sphère de domination capitaliste. L’auteur montre comment, alors que les droits les plus basiques sont refusés aux populations africaines, l’élection du président au suffrage universel direct est présentée comme l’aboutissement le plus complet de la démocratie… à condition que les résultats des scrutins ne remettent pas en question les intérêts particuliers du capitalisme.

 

Très convaincant dans le domaine du droit international et des relations internationales, l’auteur l’est un peu moins quand il traite, rapidement, des racines de la crise ivoirienne. Le traitement de l’épineuse question de la nationalité ivoirienne dans un pays qui s’est construit sur l’immigration massive en provenance des pays voisins semble simpliste. Ne reprend-il pas trop à son compte la propagande de Gbagbo sur la question des « étrangers » ?

La Revue du projet, n° 18, juin 2012
 

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