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Pour des olympiades populaires ! Emmanuelle Oulaldj, Nicolas Kssis*

Au regard de ce qui semble un processus irrésistible d'ultra-commercialisation des anneaux, comment penser et concevoir un autre modèle olympique, qui plongerait la signification de ces jeux dans la réalité et la diversité profonde des pratiques populaires du sport à travers le monde ?

L es prochains jeux olympiques vont se tenir à Londres du 27 juillet au 12 août 2012. Cet événement pharaonique qui se transforme toujours plus en une immense kermesse aux sponsors, se déroulera alors que la Grande-Bretagne s'enfonce dans la récession, et que les mesures d'austérité se multiplient au détriment des plus démunis et de services publics déjà largement atrophiés par des décennies de thatchérisme et de blairisme. L'État, la ville et la population vont devoir supporter sur leurs épaules un budget public de près de 13 milliards d'euros, bien loin des 3 milliards annoncés au départ. On peut même parler de 29 milliards si l'on prend en compte les coûts indirects, dont la présence policière et militaire.

Les olympiades populaires
de Barcelone en 1936

Revenons ici sur un fait de l’histoire que peu de gens connaissent. Et pourtant... En 1931, le comité international olympique (CIO) décide de confier l’organisation des JO de 1936 à l’Allemagne nazie. Dans le sport français, seule la FSGT (fédération sportive et gymnique du travail) s’engage et entame une large campagne en faveur du boycott. Elle décide de participer à des olympiades populaires impulsées par le Front populaire espagnol et programmées du 19 au 26 juillet 1936 à Barcelone. L'opinion française est partagée, le gouvernement socialiste qui soutient dans un premier temps les olympiades et les sportifs de la FSGT, décide de ne pas subventionner les athlètes et propose un vote à la Chambre des députés le 9 juillet. La droite vote pour la participation aux Jeux allemands, la gauche s'abstient, seul Pierre Mendes France vote contre. L'histoire retiendra les Jeux de Berlin. Pourtant dès le 14 juillet une délégation de France arrivera à Barcelone, parmi 22 autres pays et 6 000 participants. Mais dans la nuit du 18 au 19 juillet, soit la veille de l'ouverture des Jeux, des premiers coups de feu éclatent. C'est  le coup de force militaire de Franco. Les olympiades populaires n'auront pas lieu. Si une partie des délégations est rapatriée, certains sportifs font le choix de prendre les armes aux côtés des républicains espagnols. L'un d'eux dira « Nous étions venus défier le fascisme sur un stade et l'occasion nous fut donnée de le combattre tout court ».
Si le contexte n’est pas le même, l'exemple des Olimpiada Popular de Barcelone doit nous rappeler notre capacité à résister, à oser et laisse entrevoir encore aujourd'hui des pistes dans cette voie. Il s'agirait d'extirper du sport la rivalité entre nations et grandes puissances, de libérer l'organisation du diktat des sponsors, de lutter fermement contre la discrimination et le racisme et d'émanciper les épreuves des seuls critères compétitifs et des records. Le dopage et toutes les autres dérives liées au sport spectacle seraient évidemment des tentations amoindries.

Inventer de nouvelles règles

La question est aujourd’hui de transformer en profondeur un olympisme qui ne fait qu’épouser la mondialisation économique. Ce ne sont pas de simples aménagements qui permettront de résoudre les contradictions. Elles sont trop fortes. Les règles doivent changer, il faut oser et réinventer. La composition des délégations doit assurer la parité avec autant d’hommes que de femmes. Elle doit être intergénérationnelle, tous les âges de la vie devraient pouvoir participer à des épreuves aux contenus adaptés. Pourquoi ne pas imaginer des équipes internationales et mettre fin une bonne fois pour toute au classement par pays et aux hymnes nationaux ? Une dimension inter-culturelle et festive doit pouvoir associer toute la population à l'événement dans une perspective d'éducation populaire. Pourquoi ne pas imaginer différents lieux d’accueil, sur chaque continent par exemple ? Cela donnerait une taille humaine à ces rassemblements et permettrait d’imaginer des équipements sportifs à dimension raisonnable tournés vers le sport de la population à plus long terme. Les catastrophes écologiques, tels qu’à Sotchi en 2014 où la construction du village olympique, de patinoires et de pistes de ski sont réalisées au détriment d’une région montagneuse et forestière classée au patrimoine mondial de l’Unesco, pourraient ainsi être évitées. Osons enfin interdire les sponsors, la sélection des spectateurs et des participants par l’argent et la privatisation des retransmissions télévisées. Rêvons, imaginons, créons, c’est la seule voie vers l’émancipation. En participant aux jeux sportifs mondiaux de la confédération sportive internationale du travail (CSIT), la FSGT essaie, avec d’autres, de tendre vers cette ambition.

*Emmanuelle Oulaldj est membre de la direction nationale collégiale de la FSGT,
Nicolas Kssis est journaliste sportif.
 

La Revue du projet, n° 18, juin 2012

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