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L'austérité qui vient, Alain Vermeersch

La cure d'austérité en France et en Europe a les faveurs des commentateurs. Même l'élection d'un président de gauche n'effraie pas les spéculateurs !

 

«  C’est à l’État, aux organismes sociaux et aux collectivités locales de faire l’essentiel de l’effort »

 

Denis Kessler dans le Journal du dimanche (08/04) a donné le ton, « La France devrait adopter une seconde règle d'or ». Il critique « La campagne surfe sur les imprécations sur le registre “Indignez-vous!”, les divagations pseudo-révolutionnaires, les accusations psalmodiées, les admonestations répétées, et le manichéisme exalté. On veut "condamner ceux qui s’enrichissent en dormant", thème favori des prédicateurs du Moyen Âge. » Et agite le spectre de la dette « La dette publique représente près d’un an de notre revenu national ! Mais la dette, c’est le symptôme. La vraie maladie, c’est notre incapacité à réformer nos organisations collectives, toutes déficitaires en dépit de prélèvements obligatoires record. Si le nouveau gouvernement se lance dans une politique de dépenses, les spreads de la France vont augmenter, sa note va être dégradée et le coût de la dette va exploser, ce qui rendra encore plus douloureuse, sinon impossible, la réduction du déficit. Nous entrerions alors dans la spirale infernale dans laquelle sont entrées la Grèce, l’Espagne, l’Italie… » Il prône une dose de cheval pour la rigueur « Nous allons connaître cinq à sept années de "désendettement". Ce processus sera douloureux, mais il permettra un retour à la croissance durable. Pour résorber le déficit, il faut privilégier la baisse des dépenses publiques plutôt que de recourir massivement à l’impôt. » Et demande une réforme de l'État « C’est à l’État, aux organismes sociaux et aux collectivités locales de faire l’essentiel de l’effort. Ce sont eux qui sont responsables de la dette. Cela suppose de repenser entièrement l’État, ses missions, ses fonctions, son organisation, ce que nous avons oublié de faire depuis l’après-guerre. Il faudrait que ce soit la même administration qui prélève les impôts et les cotisations et qui distribue les prestations sociales, et qu’elle fasse preuve de la même rigueur lorsqu’il s’agit d’accorder un transfert social que lorsqu’il s’agit de vérifier un impôt. » Anne Cheyvialle (Le Figaro 06/04) insiste « La rigueur n’est pas qu’une simple obligation à l’égard de Bruxelles. C’est une exigence absolue vis-à-vis des marchés. Car si demain l’hexagone n’honore pas ses promesses en matière de réduction de déficits, il n’échappera pas lui non plus à une crise semblable à celle qu’ont connue les pays du sud de l’Europe ».

 

« La campagne fait l'économie de la crise »

 

« Peut-on parler, pour autant, d’une “sortie” de crise ? » se demande Vittorio de Filippis  (Libération 30/03) « Le terme est audacieux. Car il ne s’agit, pour l’instant, que d’une accalmie, tant les mesures adoptées, si elles ont certes permis d’apaiser les marchés, paraissent provisoires. Sur 178 milliards d’émissions prévues en 2012, le Trésor français, par exemple, en a déjà levé une cinquantaine. Mais cet empressement suscite des inquiétudes. À l’égard de l’Espagne, notamment. Les marchés réalisent que la dette publique y augmente rapidement (69% du PIB), malgré l’austérité. Et si Madrid se finance à 5,20% sur 10 ans, soit bien moins que les 7,5% de novembre, le contraste avec la plupart des autres pays de la zone commence à devenir saisissant. À tel point que nombre d’économistes prédisent une nouvelle crise de la dette. » « Quel que soit le prochain président, il devra affronter un coup de semonce des marchés financiers sur notre dette publique ! » L'avertissement vient du banquier Jean Peyrelevade relève Dominique Nora (Nouvel Observateur 12/04) « La France sera attaquée dès le 7 mai ! » avertit Marc Fiorentino, de MonFinancier.com. « Les marchés sont légitimistes, nuance cet autre observateur. Ils savent faire la différence entre promesses de campagne... et décisions effectives. Et attendront la composition du gouvernement et les premières mesures, pour juger de la détermination du prochain président à redresser les finances publiques. Une chose est sûre : les investisseurs scruteront à la loupe les premiers pas de François Hollande, s'il est élu. » Et de souligner « Pourquoi les marchés feraient-ils des cadeaux à celui qui s'est déclaré l'ennemi de la "finance sans visage", veut instaurer une nouvelle tranche d'impôt sur le revenu à 75%, et promet de "renégocier" le traité européen de stabilité budgétaire ? Draghi a expliqué qu'il était “prématuré” d'envisager que la BCE arrête de soutenir les banques de la zone euro. “Il appartient aux décideurs nationaux d'imposer des réformes intérieures, qui renforcent la compétitivité de leurs économies”, a-t-il averti. Quoi qu'il en soit, les Français, eux, savent que les lendemains seront durs. »
Les élections présidentielles françaises auraient-elles plombé le moral des investisseurs européens ? interroge La Tribune (24/04) « Plus que la perspective de voir la gauche revenir aux affaires en France, les investisseurs ont, semble-t-il, sanctionné le score réalisé par le FN. La chancelière allemande Angela Merkel a ainsi jugé que "ce score était préoccupant", si l'on en croit un porte-parole du gouvernement à Berlin. Et la profonde inquiétude des milieux financiers que susciterait la victoire du candidat socialiste lors du deuxième tour des élections présidentielles françaises ? Nombre de spécialistes ne veulent pas y croire. “La gauche risque sans doute de se faire bizuter, dans un premier temps, par la finance sans visage. Mais lorsque l'on y regarde de plus près, vu toutes les réformes fiscales et prudentielles intervenues ces derniers mois, les investisseurs n'ont plus rien à perdre et un gouvernement de gauche ne pourra pas “faire pire”, commente le directeur général d'une banque privée. »

Hollande ne fait pas peur

Bruno Amable dans un point de vue (Libération 24/04) remarque, « Les marchés ont largement anticipé la victoire de François not dangerous Hollande le 6 mai et passé Nicolas Sarkozy par pertes et profits comme en témoignent les articles très négatifs, tant sur lui-même que sur son bilan, qui n’ont cessé de paraître dans la presse spécialisée anglo-saxonne. Mais la question réciproque, savoir si la gauche a peur des marchés, est au moins aussi importante. Après tout, il y a quelques mois, Karine Berger, économiste proche du candidat socialiste, définissait ainsi la ligne de conduite du futur gouvernement : consolider (par l’austérité budgétaire) le "triple A" de la France ou permettre de le retrouver si jamais il était perdu. Oui mais il faudrait encore que l’austérité budgétaire soit "raisonnable", ce dont un grand nombre d’économistes a toujours douté, pensant qu’en déprimant l’activité par l’austérité, on allait aggraver les problèmes au lieu de les résoudre. » Il poursuit « François Hollande a, au cours de sa campagne, progressivement mis en avant sa volonté de renégocier le traité européen de discipline budgétaire et de le compléter par un "pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance". Que pourrait bien être ce "pacte" et comment "les marchés" l’accueilleraient-ils ? On peut se faire une idée de la réponse en lisant un document très instructif. Il s’agit d’une note rédigée par Nicolas Doisy, chief economist de Cheuvreux, la société de courtage européenne du Crédit agricole. Il y est clairement indiqué que pour "les marchés", qui anticipent la victoire de François Hollande, l’essentiel de la politique économique de la nouvelle présidence sera, outre la réduction des dépenses publiques, la question de la mise en œuvre du "big bang structurel" sur le marché du travail et notamment la fin du "fameux CDI". Les marchés et les partenaires européens forceraient le nouveau président français à mettre en œuvre les réformes néolibérales auxquelles toute l’Europe est supposée devoir se soumettre. L’austérité est un moyen pour augmenter la pression sur les dirigeants européens et, comme le disait récemment Guy Verhofstadt, chef du groupe libéral au Parlement européen, les amener à faire les "réformes nécessaires", c’est-à-dire, flexibiliser le marché du travail et diminuer la protection sociale. »

Europe : « Austérité et croissance, le coût de la douleur »

 

L'éditorial du Monde (22/04) ne s'y trompe pas « Dans le débat "croissance ou austérité" qui tourmente économistes et gouvernants depuis qu'ils luttent contre la crise de la dette, la pensée dominante, de ce côté-ci de l'Atlantique, était, jusqu'à tout récemment, du côté de l'austérité. L'annonce, par le très respecté Mario Monti, d'un retard de l'Italie sur son retour à l'équilibre budgétaire, après que le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, eut supplié en vain l'Union européenne de lui laisser un peu de souplesse budgétaire pour faire face à la récession, a replongé les esprits dans la crise. Non seulement le pire n'est pas derrière nous, mais nous ne sommes plus absolument certains d'avoir emprunté le bon chemin. Les partisans de mesures de relance de la croissance pour accompagner l'austérité ont donc repris de la voix. Les dirigeants des deux grandes institutions financières internationales, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, se sont joints à leurs arguments cette semaine. Le raisonnement est simple : plus les économies se contractent, moins les États collectent de taxes et moins ils ont de revenus. Les marchés eux-mêmes commencent à s'inquiéter des effets économiques et sociaux d'une overdose de rigueur. Le moment est donc venu d'assouplir, pour certains pays et sous certaines conditions, la politique budgétaire afin de ne pas étouffer la croissance. » La Tribune (10/04) nous apprend « Pour se remettre sur les rails définis par l'Union européenne, Madrid a présenté un budget qui prévoit quelque 27 milliards d'euros d'économie. Mais le gouvernement espagnol entend également redéfinir les dépenses des régions, notamment en matière de santé et d'éducation, afin de réduire le déficit public ; et a évoqué une participation aux frais de santé en fonction des revenus. Et chacune des institutions internationales y va de ses conseils. Le rapport publié hier sur la consolidation budgétaire par l'OCDE part d'un constat sans concessions : “Il faudra un resserrement budgétaire important et durable dans presque tous les pays pour ramener la dette à des niveaux prudents.” L'Organisation juge que « pour restaurer une marge de sécurité susceptible de protéger contre les futurs chocs négatifs, il est opportun de ramener la dette publique à environ 50 % du PIB ». L'exercice prendra fatalement beaucoup de temps et est compliqué par la fébrilité des marchés financiers. Les pays qui sont en ligne de mire des investisseurs « pourraient devoir opérer un assainissement plus important et plus rapide que ce qui serait optimal si le principal enjeu était la vigueur de la reprise. Conséquence : il ne faut pas tarder à engager la discipline budgétaire sous peine de devoir sacrifier la croissance sur l'autel d'une austérité trop brutale dictée par la pression de la spéculation ». (Les Echos 13/04).

Stiglitz et Krugman s'en prennent à l'Allemagne

 

Les partisans de la rigueur allemande n'ont pas eu la tâche facile lors du séminaire, organisé du 12 au 14 avril à Berlin, de l'Institute for new economic thinking, un organisme financé par George Soros. Il y a d'abord eu Angel Gurria, secrétaire général de l'OCDE « Nous ne ramènerons pas la confiance et la croissance seulement en imposant l'austérité ». Joseph Stiglitz a été encore plus clair. « L'instabilité globale est autant, voire davantage, le résultat du comportement des pays qui ont un excédent commercial que des pays qui ont un déficit commercial. » Paul Krugman estimait dans le New York Times du 15 avril que « les leaders européens sont en train de provoquer le suicide économique de l'ensemble du Continent » (Le Monde 21/04).

 

La Revue du Projet, n° 17, Mai 2012

 

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L'austérité qui vient, Alain Vermeersch

le 30 mai 2012

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