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Comment vaincre le vote utile ? Lydie Benoist*

Ce n’est pas l’idée du vote utile qui est contestable, mais le contenu idéologique qui vise à le réduire à la seule alternative entre deux candidats, en l’occurrence jusqu’ici ceux du PS et de L’UMP.

L’idée de vote utile s’inscrit en apparence dans une logique d’efficacité politique où l’électeur est sommé de « rentabiliser » son vote en choisissant un candidat crédible qui, dans le cadre d’institutions favorisant la bipolarisation, peut prétendre gagner l’élection présidentielle. Média et partis dominants jouent bien évidemment de l’argument dans la bataille idéologique, laissant entendre qu’il serait inefficace de voter pour des « petits partis » qui ne peuvent prétendre à la victoire finale. Cette idée n’est pas sans force puisque tout électeur est  soucieux de traduire politiquement ce qui lui semble utile pour influencer par son suffrage les événements et, ainsi,  changer la donne politique. Le vote pour Jean-Luc Mélenchon,  candidat du Front de gauche, a une utilité réelle même si on pense qu’il ne sera pas qualifié au deuxième tour.

Le vote du premier tour détermine les rapports de force politique

 

À ceux qui redouteraient l’émiettement des candidatures à gauche comme en 2002, on rappellera que la situation présente est bien différente : si Le Pen devait éliminer un candidat, ce serait Sarkozy, et nul ne doute que Hollande sera bien présent au second tour.  On peut donc au 1er tour voter «  vraiment » pour ses idées ! Voilà pourquoi il est important de débattre avec les gens sur cette question décisive pour marquer des points dans cette lutte des idées qui a jusqu’ici contribué à rabougrir la vie politique française. Il faut donc bien convaincre les électeurs que le vote Front de gauche a une légitimité : faire valoir «  l’Humain d’abord » n’est pas  contradictoire  avec la préoccupation politique de créer les conditions d’avoir un président de gauche.

On ne rappelle jamais assez qu’au premier tour on choisit, que ce premier vote détermine les rapports de forces politiques et qu’ensuite, au second tour, on vote pour le candidat de la gauche le mieux placé, et ce à toutes les élections au scrutin uninominal majoritaire ! Vouloir le rassemblement à gauche n’implique pas de passer sous les fourches caudines du candidat socialiste  dès le 1er tour mais,  bien au contraire, un vote de classe  permettra que notre influence progresse, modifiant de facto les rapports de forces à l’intérieur de toute la gauche.

Dynamiser la gauche de transformation

 

Si l’enjeu est de « virer » Sarkozy, le vote PS suffit ; si l’enjeu est en plus la mise en place d’une politique de gauche vraiment de gauche, alors le vote PS ne suffit pas. Ce qui est alors vraiment utile au premier tour, c’est bien de dynamiser la gauche en élargissant l’influence de celle qui se réclame de la transformation sociale. D’ailleurs  la lecture des sondages montre que la dynamique actuelle profite au Front de gauche comme au Parti socialiste sans que la progression de l’un se fasse au détriment de l’autre, les électorats apparaissant complémentaires. La candidature de Jean-Luc Mélenchon permet de rassembler au premier tour des gens qui n’ont pas envie de voter Parti socialiste au premier tour (abstentionnistes, syndicalistes, électeurs écologistes ou du Nouveau Parti anticapitaliste) et qui contribueront à un plus grand succès de la gauche au second tour.
Aucune contradiction donc à vouloir battre le candidat de l’UMP en élisant un président de gauche qui sera d’autant plus à gauche que le Front de gauche aura fait un bon score.

Il faut s’approprier audacieusement l’idée du vote utile. En conséquence tout devient utile : le vote au premier tour pour le candidat qu’ont choisi les communistes renforce l’utilité du vote au second tour pour élire un président de gauche qui le soit vraiment. On ne manque donc pas d’arguments pour déjouer le piège du vote utile en montrant que la véritable utilité n’est pas là où on l’attend à grands renforts médiatique. Rompre avec les politiques d’austérité pilotées par le libéralisme ne pourra être envisageable sans une modification des  rapports de forces à gauche. Nous devons démontrer aux femmes et aux hommes avec qui nous dialoguons  que  voter pour notre candidat le 22 avril ou pour  nos candidat(e)s au scrutin législatif,  ce sera œuvrer à l’élargissement tous azimuts de la colère, de la résistance, de la radicalité.
Osons affirmer que chaque voix comptera pour avoir de meilleurs rapports de forces, y compris pour discuter avec nos partenaires sur les exigences quant aux chantiers à ouvrir pour que change la vie. Il nous faut aller chercher des millions de voix pour faire élire  davantage d’élu(e)s « utiles » dans l’hémicycle et sur le terrain et qu’enfin soient créées les conditions d’une nouvelle mandature bien ancrée à gauche car, d’expérience,  les député(e)s communistes seront demain comme hier aux côtés des travailleurs, présents dans les mouvements sociaux, promoteurs de lois…

À nous d’informer, de rassurer, de conforter les électeurs qui ont envie de solutions novatrices et transformatrices à gauche mais qui doutent encore  du bien-fondé de voter pour nous. 

 

*Lydie Benoist est membre du comité exécutif national du PCF, responsable aux élections.

 

La Revue du Projet, n° 16, avril 2012
 

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