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MARIAGE D'UN COUPLE D’HOMMES à VILLEJUIF EN TOUTE (L)éGALITé, Claudine Cordillot*

«Fabrice, Alexis, je vous déclare unis par les liens du mariage ! » C'est par ces mots que s'est conclue la cérémonie de mariage entre deux hommes que j'ai célébrée, en tant que Maire de Villejuif (94), le 11 février dernier. Des mots simples, entendus chaque samedi dans toutes les mairies de France par des couples amoureux. Des mots et des instants de joie encore interdits aux couples de même sexe, discriminés par la législation actuelle sur le mariage. En présence de tous les média nationaux, de responsables politiques (Pierre Laurent, Clémentine Autain, Ian Brossat), associatifs (Nicolas Gougain, porte-parole de l’Inter LGBT) et du Collectif PCF Fier-e-s et révolutionnaires, les « mariés de Villejuif » se sont pourtant dit « oui ! ».

 

Dans l’émotion de ces moments de bonheur des époux et de leurs proches, des paroles fortes et militantes ont été prononcées lors de l’échange des alliances : « Je te donne cet anneau en signe de notre combativité » (Alexis), « Je te donne cet anneau, non pas pour faire comme les autres, mais pour avoir des droits comme les autres » (Fabrice).L’histoire commence quelques semaines plus tôt, quand le couple, citoyens engagés de Villejuif, m'invite à célébrer ses dix ans de pacs. « J’ai mieux à vous proposer : je peux vous marier, si vous le souhaitez...» leur ai-je répondu, alors que j'avais été sollicitée à cette même période, comme tous les maires communistes du Val-de-Marne, par l’ADECR 94 qui lançait l’opération « Aimer en toute (l)égalité ». Ce projet, mené notamment par Stéphane Coloneaux, conseiller municipal PCF de L'Haÿ-les-Roses (94), portait la revendication d’ouverture du droit de se marier pour les couples de même sexe, en célébrant des mariages de couples d’hommes et de femmes à l’approche de la Saint-Valentin.Cette revendication a été défendue à l’Assemblée nationale par les députés communistes. En février 2010, Marie-George Buffet et le groupe communiste déposent une proposition de loi visant à ouvrir le droit au mariage à tous les couples sans distinction de sexe ni de genre. En novembre 2011, les mêmes députés déposent une proposition de loi visant à lever les discriminations reposant sur le sexe, le genre et l'orientation sexuelle en matière de filiation (droit à l’adoption, statut du second parent).

 

L’histoire d’amour de Fabrice et Alexis est celle de deux combattants et rejoint la lutte pour l’égalité des droits au mariage et à la parentalité menée par les communistes et leurs élus. Elle rejoint également l’opinion d’une majorité de Français, qui se déclarent dans le sondage BVA/Le Parisien (14/01/2012) favorables à 63% au mariage des couples de même sexe et à 56% pour leur droit à la parentalité.

 

À droite et à l'UMP, rien de nouveau, si ce n’est la persistance dans une homophobie structurelle qui s’amplifie dans sa stratégie actuelle d’extrême-droitisation. On se souvient de Christian Vanneste, député UMP, déclarant à l’été 2011 que le mariage homosexuel est une « aberration anthropologique » ou de la députée UMP Brigitte Barèges et de son fameux : « Et pourquoi pas des unions avec des animaux ? ». Ni l’un ni l’autre n’ont été sanctionnés à l’époque par leur parti.Le président-candidat Sarkozy vient de se déclarer (Figaro Magazine 11/02/12), le jour même du mariage de Villejuif, contre le mariage des couples de même sexe car, dit-il,  « en ces temps troublés où notre société a besoin de repères, je ne crois pas qu'il faille brouiller l'image de cette institution sociale essentielle qu'est le mariage ». Rappelons quand même que le même Sarkozy s’est déjà marié… trois fois. Le premier ministre Fillon lui avait bien préparé le terrain en déclarant le 2 février dernier : « L’institution du mariage a un objectif qui est celui de la sécurisation des enfants. C’est un objectif qui ne me paraît pas compatible avec les couples homosexuels ». Les 350 000 familles homoparentales en France apprécieront, elles qui justement vivent dans une terrible insécurité juridique du fait de l’absence de droit au mariage et à la filiation pour les couples de même sexe.

 

À l'horizon d'une majorité de gauche pour laquelle nous œuvrons toutes et tous en 2012, et dans laquelle les parlementaires communistes porteront haut nos valeurs progressistes et humanistes, l'égalité des droits en matière de mariage et de parentalité devra être une réalité inscrite dans la loi, sans délais. Plus de 13 ans après le pacs – qui ne garantit ni la même reconnaissance sociale que le mariage, ni les mêmes droits, notamment en termes de pensions de réversion – les attentes sont fortes chez les couples concernés qui ne comprennent pas le retard de la France dans ce domaine, par rapport à d'autres pays européens pourtant réputés conservateurs. Il en va de l'égalité républicaine entre les citoyens, à laquelle les communistes sont si fortement attachés.Le mariage symbolique que j'ai célébré à Villejuif y aura, je l'espère, contribué favorablement, en montrant tout simplement que l'amour n'a pas de sexe et que chacun peut, s'il le souhaite, célébrer son bonheur partagé dans la « Maison commune », quelle que soit son orientation sexuelle, en toute (l)égalité. 

 

*Claudine Cordillot est maire PCF de Villejuif.

 

La Revue du Projet, n° 15, mars 2012

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